Tribune d’Arié Bensemhoun publiée dans Actu J.
Dimanche soir, depuis l’Élysée, Emmanuel Macron a eu cette formule stupéfiante : « Rien ne le justifie, rien ne l’explique, rien ne l’excuse ». Sur la justification et l’excuse, nul ne le contredira. Sur l’explication, il se trompe lourdement.
Près de deux mille quatre cents interpellations, un millier de policiers et de gendarmes blessés, une mairie incendiée à Limoges, la résidence d’un préfet attaquée à Bordeaux : ce n’est pas un orage soudain dans un ciel bleu. C’est le fruit de quarante ans de renoncements et d’aveuglements.
Le lendemain, le président s’envolait pour les Émirats. Officiellement, pour sécuriser du carburant. Pendant ce temps, Paris, Lyon, Bordeaux ou Marseille découvraient le couvre-feu. Le sens des priorités d’Emmanuel Macron.
La colère contre la vie chère est authentique. Mais une mobilisation légitime ne dégénère pas ainsi par hasard. Elle bascule dans le chaos lorsque des réseaux de délinquance organisée, des groupuscules en ordre de marche et des professionnels de la politique flairent une bonne occasion. La vie chère est le prétexte. Le terreau, lui, est ancien.
Depuis les Minguettes, chaque président a eu ses émeutes, et chacun y a été de son plan. On a repeint les façades mais on a laissé pourrir ce qu’il y avait derrière. La France n’apprend rien. Elle récidive.
Il y a d’abord la délinquance, que l’on a cessé de nommer pour ne plus avoir à la combattre. Le pillage d’un samedi n’est que la vitrine d’un quotidien que l’on tolère.
Il y a ensuite l’islamisme, qui prospère là où la République s’est retirée et exploite sans vergogne la « cause » palestinienne. Il ne brise pas les vitrines : il s’engouffre dans le vide. Lorsque Macron entend depuis trois ans sous ses fenêtres les cris « globalize intifada », de quoi s’étonne-t-il ?
Et puis, il y a cette force politique qui a compris le parti qu’elle pouvait tirer du chaos. La France insoumise ne lance pas les pavés, elle fabrique le narratif. Quand on rebaptise les émeutes « révoltes populaires », on ne relate pas la colère, on l’organise. À six mois de la présidentielle, le chaos n’est pas un accident de parcours. C’est une stratégie.
Emmanuel Macron promet de « tirer toutes les leçons ». Encore faudrait-il accepter la première : ce que l’on refuse d’expliquer, on se condamne à le revivre. En pire.
Arié Bensemhoun



