Réponse d’ELNET au discours du Premier ministre lors du 40ème dîner du CRIF : pour un diagnostic juste sur la haine des Juifs contemporaine et une cohérence entre la parole et les actes

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À la suite du discours prononcé par le Premier ministre lors du dîner du CRIF, nous avons choisi de lui adresser une réponse claire et argumentée.

Dans un moment de tension internationale marqué par la guerre préemptive contre le régime tyrannique des Mollahs et la recomposition stratégique du Moyen-Orient, la France ne peut se contenter d’incantations.

Comme le disait Camus : « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur de ce monde. » Il est temps de nommer le mal et de poser un diagnostic sans concessions : La montée de l’islamisme et du palestinisme sont les matrices idéologiques de la haine contemporaine des Juifs en Europe.

Notre réponse interroge la cohérence entre les paroles et les actes, entre la dénonciation des slogans et l’orientation diplomatique de notre pays, qui s’est fourvoyé depuis la reconnaissance unilatérale d’un État palestinien.

Parce que l’avenir de la République se joue aussi dans la clarté du diagnostic, nous vous invitons à lire, partager et porter ce texte.


 

Paris, le 03 mars 2026

Réponse au discours du Premier ministre à l’occasion du 40ème dîner du CRIF

Monsieur le Premier Ministre,

À l’occasion du 40ème dîner du CRIF, le jeudi 19 février 2026, vous avez prononcé un discours à destination des associations juives, témoignant de l’amitié du Gouvernement et de l’engagement constant de la République à endiguer le fléau de « l’antisémitisme ». Vous avez dressé de façon salutaire un lien direct entre la haine des Juifs et l’appel à la destruction de l’État d’Israël et exprimé votre engagement à inscrire la proposition de loi de la députée Caroline Yadan à l’ordre du jour du Parlement.

Si vos intentions sont louables, elles se heurtent néanmoins à l’épouvante des faits et aux errements de l’inaction du gouvernement, tant chaque année, les discours des Premiers ministres se succèdent dans une dialectique du constat qui dit davantage de l’impuissance publique que de votre capacité à vaincre l’hydre de « l’antisémitisme », phénomène de dénonciation confortable qui ne correspond néanmoins plus à la réalité du XXIème siècle.

Nous sommes en effet de ceux qui pensons que l’inefficacité du Gouvernement en matière de lutte contre la haine des Juifs est due à une erreur manifeste de diagnostic, une incompréhension des dynamiques socio-culturelles, une regrettable défection de l’État dans la lutte contre l’islamisme et l’immigration venue de pays où la haine des Juifs est prégnante, ainsi que d’une politique étrangère qui sert l’intérêt de ceux qui abhorrent Israël pour s’en prendre aux Juifs, et dont l’agenda est la désintégration de la République.

J’aimerais revenir, point par point, sur ce qui me semble être ces erreurs de diagnostic et d’appréciation, mais aussi sur les contradictions entre votre discours et l’action des gouvernements au sein desquels vous siégez successivement depuis 2017.

Vous avez affirmé, en prélude de votre discours : « L’antisémitisme ne disparaissait pas pour autant. Religieux. Politique. De droite. De gauche. Il traversait la société (…) Il est revenu en une génération ».

Penser le phénomène de la haine des Juifs au XXIème siècle à partir des paramètres de l’antisémitisme des XIXème et XXème siècles est en soi une lacune historique qui nous fera inévitablement manquer notre cible.

L’antisémitisme est une idéologie politique ayant émergé en Europe à la fin du XIXème siècle, réactionnaire à l’émancipation des Juifs, acquis de la Révolution française et des idéaux des Lumières. L’antisémitisme est une idéologie raciste, maquillée d’un pseudo vernis scientiste, qui prétendait exclure les Juifs de la société française en les affublant de caractéristiques sociales, politiques et physiologiques infamantes. Cette idéologie identifie les Juifs comme des étrangers incompatibles avec la civilisation européenne, reprenant en partie les tropes de l’antijudaïsme chrétien par un effet de sédimentation. L’antisémitisme a infusé en Europe jusqu’à son acmé exterminatrice, la Shoah.

L’antisémitisme n’est pas une haine religieuse stricto sensu, c’est un racisme d’origine politique et sociale qui tire ses sources de l’antijudaïsme chrétien. Matrice idéologique de l’extrême-droite, l’antisémitisme a agrégé les tenants d’un nationalisme intégral, au sein des partisans d’une France et d’une Europe qui voulaient prendre leur revanche sur l’histoire de la Révolution française. À gauche, l’antijudaïsme politique a trouvé un écho social et économique autour des penseurs Blanqui, Proudhon, Toussenel ou Marx ayant investi la question juive à travers le rejet du capitalisme industriel, reprenant, eux aussi, les mythes fondateurs de cette haine ancestrale qui associe le Juif à l’argent et à l’errance. Cette idéologie a continué après la guerre, à l’extrême-droite, avec le négationnisme et les nostalgiques du régime de Vichy, principalement rassemblés autour de Jean-Marie Le Pen, du Front national et des groupuscules violents d’ultra-droite. Mais comme vous l’avez rappelé, le devoir de mémoire, les lois Pleven et Gayssot, ont banni l’antisémitisme au rang des idées rances, en les punissant du glaive de la Loi.

Il convient ainsi d’admettre que l’antisémitisme est un des épisodes de la longue histoire de la haine des Juifs, de nature purement européenne, réactionnaire, nationaliste et raciste. Bien que latent dans notre société, et dont les codes ont été récupérés en partie par « les nouveaux antisémites », il reste inassumé et se fond dans l’intimité coupable. Aucune formation politique ne peut se revendiquer aujourd’hui légitimement et légalement de l’idéologie antisémite, quand celle-ci était un marqueur politique revendicatif, d’abord jusqu’à la découverte de l’abomination du génocide des Juifs, puis de façon inavouée mais prégnante chez le FN jusqu’au travail de « dédiabolisation » des dix dernières années.

Au fond, dresser un continuum entre l’antisémitisme européen, l’Affaire Dreyfus, la Shoah et la haine des Juifs contemporaine en Europe, produit essentiel de l’islamisme et du palestinisme contemporain, est un non-sens et un confort intellectuel.

En reprenant ce terme, qui ne renvoie qu’à l’expérience douloureuse des Juifs d’Europe, vous semblez agiter le poison scellé de l’antisémitisme, que la République est justement parvenue à achever durablement, pour mieux éviter de combattre l’islamisme et le palestinisme, deux idéologies mortifères qui, en sus de s’en prendre aux Juifs, ont pour ambition de déliter les fondations de nos sociétés occidentales, avec l’appui politique d’une extrême-gauche révolutionnaire.

Cette extrême-gauche, qui se revendique de l’antiracisme, ne peut par ailleurs être honnêtement accusée d’antisémitisme au sens strict, tant elle se réclame légitimement d’une tradition révolutionnaire et antiraciste qui pense les citoyens comme des égaux juridiques, sans distinction d’origine. C’est d’ailleurs toute sa défense dialectique, à partir de laquelle elle justifie son innocence dans les tribunaux malgré ses outrances et ses appels indignes à la conflagration, à travers la lutte palestinienne et l’apologie du terrorisme islamiste.

La haine des Juifs qu’elle promeut est politique : elle n’est pas raciste. Elle s’inscrit a contrario dans le paradigme d’un antiracisme dévoyé, devenu accusatoire, vêtu des oripeaux du décolonialisme tiers-mondiste, qui honnit Israël en tant que projet paroxystique occidental de domination des populations d’un Sud global qu’elle perçoit comme monolithique.

C’est parce que la cause palestinienne est son firmament révolutionnaire et qu’elle croit que l’islam politique est la religion de son prolétariat de substitution, elle qui a perdu les classes populaires « blanches » des périphéries, qu’elle a remis la question juive au centre de son projet politique.

Cette haine des Juifs porte aujourd’hui un nom, qui est l’impensé de votre discours : l’islamo-palestinisme tel que l’a conceptualisé le philosophe Pierre-André Taguieff. Ce rejet des Juifs et d’Israël est indissociable de celui projeté contre la République et la France.

Cet islamisme que vous n’avez daigné prononcer à une seule reprise dans votre discours, est bien celui qui a tué Mireille Knoll, Sarah Halimi, François-Michel Saada, YoavHattab, Philippe Braham, Yohan Cohen, Jonathan, Arié et Gabriel Sandler, Myriam Monsonego, Ilan Halimi et Sébastien Selam au cours de ces vingt-cinq dernières années en France, mais aussi les journalistes de Charlie, le public du Bataclan, les Parisiens des terrasses, les Niçois de la Promenade des Anglais, Samuel Paty, Dominique Bernard et les plus de 300 victimes et 1000 blessés du terrorisme islamiste en France. La résurgence de la haine des Juifs s’inscrit dans cette guerre globale menée par les islamistes contre nos démocraties : elle n’est pas le produit de l’antisémitisme rance d’une France pétainiste, mais des effets délétères d’un fanatisme religieux issu de la civilisation arabo-musulmane.

Cette civilisation qui a perçu la création de l’État d’Israël en 1948 comme une déclaration de guerre, une catastrophe, une Nakba en arabe. Ce terme, bien avant de renvoyer au sort des populations arabes de Palestine, dont l’histoire a été instrumentalisée et déformée, signifiait purement et simplement l’effroi de la défaite des États arabes coalisés contre le retour de la souveraineté juive dans ce qu’ils considèrent terre d’islam, mais qui est pourtant la terre ancestrale du peuple juif.

Ce récit n’a jamais été déconstruit dans le monde arabo-musulman, le juif dhimmi, devenu souverain, a été spolié, expulsé, massacré et contraint de se réfugier en Israël et en Europe en l’espace d’une génération. Cette guerre totale, menée en premier chef par les islamistes palestiniens – inspirés par le mufti Mohammed Amin Al-Husseini, allié de Hitler dans les années 1930 et dont l’Autorité palestinienne se réfère comme étant le père fondateur du nationalisme palestinien – aux côtés des marxistes arabes, s’est déversée sur l’Europe sous l’effet d’une immigration de masse venue de pays où les Juifs ont été durablement chassés jusqu’à l’extinction, et où la haine d’Israël est un aphrodisiaque, pour reprendre les propos du roi Hassan II.

Pendant que l’Europe se dénazifiait avec succès, le monde arabe reprenait à la fois les tropes de l’antijudaïsme européen, en les superposant à son vieil antijudaïsme coranique, qui a pris une forme politique avec le palestinisme et la haine d’Israël.

Le 7 octobre n’a pas été un pogrom, terme européen renvoyant aux massacres des masses de l’Empire russe au cours du XIXème siècle ou de la nuit de Cristal, mais une razzia djihadiste. Cessons de penser la haine des Juifs contemporaine avec l’histoire et la sémantique européennes (« antisémitisme, pogrom »), quand elle doit se comprendre davantage dans le psyché oriental et islamique.

Aujourd’hui, l’islamisme et le palestinisme, son cheval de Troie, submergent l’Europe et l’Occident dans un climat qui, à terme, s’il n’est pas conscientisé et combattu frontalement par les responsables politiques, finira par évincer l’Europe de ses Juifs comme le monde arabe s’en est vidé.

Si vous avez justement appelé à la fin de l’impunité face aux appels à la destruction d’Israël, et dénoncé l’inversion accusatoire de l’accusation de génocide qui vise à « déposséder les Juifs de leur Histoire », nous constatons avec une forme d’effarement le décalage entre votre discours, la diplomatie française et l’action du président de la République.

Devons-nous vous rappeler, Monsieur le Premier Ministre, que lors de votre première séance de QAG en tant que chef du Gouvernement à l’Assemblée nationale, vous n’aviez pas contredit la présidente du groupe LFI Mathilde Panot sur l’emploi de ce terme scélérat qui est une insulte à la raison, à l’histoire et à la décence commune ?

Ministre des Armées, vous avez donné votre aval pour murer les entreprises israéliennes au Salon du Bourget – contre les assurances que vous aviez données – après les avoir interdites aux salons Eusatory et Euronaval. Israël était alors contraint à une guerre existentielle après le 7 octobre, tandis que le soutien de la France sérodait dès le deuxième mois suivant les massacres innommables.

Nonobstant les prises de position et les mots graves du président de la République durant ces deux années de « solitude », la France n’a cessé de vouloir s’affirmer comme l’appui principal de l’Autorité palestinienne et de la cause qu’elle défend, jusqu’à reconnaître unilatéralement et sans conditions, le 22 septembre 2025, un État palestinien qui n’existe pas alors que les otages israéliens croupissaient encore dans les tunnels du Hamas.

Cette reconnaissance a été perçue par les Juifs de France, et surtout par une majorité de Français conscients de cette dérive, comme un terrible désaveu. La diplomatie française, aux côtés d’une Autorité palestinienne qui pratique la politique du pay for slay et qui finance le terrorisme avec l’argent public européen, a laissé une image d’abandon et de désarroi que nul discours ne pourra durablement réparer.

Vous ne pouvez aujourd’hui appeler à l’interdiction du slogan « From the River to the Sea, Palestine will be free », quand vous soutenez une Autorité palestinienne qui en a fait son slogan politique, sa raison d’être, et qui le promeut dans les actes depuis sa création.

Cette Autorité palestinienne, dirigée par un négationniste, n’a cessé de violer les Accords d’Oslo en refusant toutes les solutions politiques qui lui ont été proposées, en continuant à financer le terrorisme et en contournant l’esprit de négociation avec Israël qui devait présider à tous ses efforts diplomatiques.

Dans le clair-obscur des Nations unies, toutes les positions de la diplomatie française coagulent avec celles du Qatar, de l’Algérie, de la Russie et de la Corée du Nord lorsqu’il s’agit de stigmatiser Israël et d’en faire le Juif des Nations.

Les condamnations systématiques et zélés contre ce que la diplomatie française nomme « colonisation » ou « occupation », se fondant sur des résolutions votées dans une Assemblée générale composée presque en majorité de dictatures anti-occidentales, nourrissent ce sentiment d’hostilité permanent que ressentent les Juifs de France, à qui l’on semble demander de se désolidariser d’Israël s’ils veulent être acceptés dans notre pays. Ce terme de colonisation pour désigner les territoires de la zone C, régis par les Accords d’Oslo qui y organisent l’administration légale d’Israël, est vécu au mieux comme une incompréhension, au pire comme une falsification historique tant ces territoires de Judée – d’où provient l’appellation même du mot « juif » – ne peuvent être considérés comme étrangers à leur histoire et à leurs souvenirs les plus profonds.

La diplomatie française n’a cessé, depuis le 7 octobre 2023, d’alimenter ce narratif anti-israélien sans le tempérer via une politique alignée sur les intérêts de la France, contre les tenants d’un islamisme guerrier qui considère Israël et la France comme leurs mêmes ennemis. Même l’appel élémentaire à la démission de Francesca Albanese aux Nations unies n’a pu se concrétiser, tant notre diplomatie est tenue par des intérêts contre-nature, et par une posture pseudo-impérialiste d’un autre temps qui feint de ne pas voir que les ennemis d’Israël sont aussi ceux de la France.

Si vous souhaitez vraiment lutter contre la haine des Juifs en France, il faudra davantage que des discours, mais des actes fermes contre l’islamo-palestinisme : renforcement de la police des cultes face à l’islamisme, rétorsion de l’immigration venue de pays où la haine des Juifs est culturelle, expulsion des étrangers qui rejettent l’existence d’Israël, pénalisation de l’antisionisme et du palestinisme vindicatifs, désalignement de notre politique étrangère sur celle du Qatar qui doit cesser d’être une puissance de déstabilisation en France, encouragement des Accords d’Abraham et alliance stratégique avec Israël autour des innombrables intérêts convergents, coalition diplomatique contre l’Iran des Mollahs en tant que mandant du terrorisme international.

Ce régime tyrannique est aujourd’hui sur le point de disparaître.

La France a  une opportunité historique de retrouver sa place au Moyen-Orient, autour de ses partenaires arabes et de ses alliés israélo-américains.

Contre la République islamique qui asservit et martyrise son propre peuple, tout en menaçant la sécurité du monde et les intérêts de l’Europe. En soutenant l’opération préemptive des États-Unis et d’Israël lancée ce 28 février 2026, que le monde sunnite a appelé de ses vœux, elle retrouvera son rang de conscience universelle parmi les nations.

Monsieur le Premier Ministre, nous n’y arriverons que par ces efforts qui engagent notre pays sur les prochaines décennies. Cela ne concerne pas seulement l’avenir des Juifs de France, mais avant tout celui de la République et de la France.

Je vous prie de croire, Monsieur le Premier Ministre, en l’expression de mes sentiments les meilleurs.

 

Arié Bensemhoun
CEO ELNET France