Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine marque les trois ans du 7 octobre, et vous souhaitiez faire un point sur cette séquence historique que nous vivons depuis.
Bonjour Ilana,
Trois ans.
Il faut d’abord dire ce chiffre. Le laisser peser un instant avant toute analyse. Car c’est du pire massacre de Juifs du XXIe siècle que découle tout le chaos auquel nous assistons – en Israël, au Moyen-Orient, mais aussi dans tout l’Occident, où des lieux d’enseignement sont désormais incendiés par ceux qui ont fait du drapeau palestinien leur étendard.
Mais avant de prendre sa dimension planétaire, ce conflit est d’abord celui du petit État juif face à un système régional qui désire son extermination – un axe structuré, financé et armé par la République islamique d’Iran, mais aussi par la Turquie et le Qatar.
Le bilan, trois ans plus tard, est d’abord un succès militaire sans précédent.
Le Hamas a perdu l’essentiel de sa capacité de nuisance depuis Gaza, avec 4 000 des 6 000 participants à la razzia génocidaire éliminés. Le Hezbollah, jadis considéré comme la force paramilitaire la plus puissante du Moyen-Orient, a vu sa direction décapitée et ses forces saignées à blanc. La Syrie de Bachar el-Assad, pilier logistique de cet axe depuis quarante ans, s’est effondrée. Et l’Iran lui-même a vu son programme nucléaire frappé, ses capacités balistiques entamées, sa marine détruite, sa chaîne de commandement décimée – et se retrouve aujourd’hui dans une spirale de crises internes qui pourrait bien venir à bout du régime.
Arié, pourquoi estimez-vous que cette séquence ne peut pas s’arrêter là ?
Parce qu’une victoire inachevée dans cette région n’est pas une victoire, simplement du sursis.
Le Hamas, même affaibli, conserve une importante capacité de régénération idéologique, et tant que Gaza ne sera pas démilitarisée et déradicalisée en profondeur – comme l’a été l’Allemagne nazie –, il renaîtra sous une forme ou une autre. Le Hezbollah, aussi diminué et humilié soit-il, conserve des armes et tire profit des hésitations de la communauté internationale à parachever son démantèlement. Et l’Iran, surtout, conserve intacts son obsession nucléaire, balistique et son dogme islamo-révolutionnaire.
La République islamique a toujours cru que le temps jouait en sa faveur, que l’Occident se lasserait avant elle. C’est tout le danger du moment que nous traversons. Arrêter cette guerre maintenant – se satisfaire d’un Hamas survivant, d’un Hezbollah affaibli, d’un Iran convalescent – ne ferait que programmer le prochain 7-Octobre avec un ennemi reconstitué, instruit de ses erreurs et plus virulent encore.
L’histoire contemporaine du Moyen-Orient démontre que les trêves prématurées n’ont été que des incubateurs de guerres plus destructrices. La signature des accords d’Oslo en 1993 a amené la mafia palestinienne de l’OLP ; le retrait du Liban en 2000, le Hezbollah et l’Iran ; et le retrait de Gaza en 2005, le Hamas. À chaque fois, pas de solution, juste une illusion préparant les drames de demain.
Et puis Arié, ces succès ont aussi exigé un tribut humain et social immense pour Israël…
Un tribut colossal.
Les victimes civiles, les otages, les soldats tombés ou blessés au combat, les familles brisées, les enfants traumatisés, les dizaines de milliers de réservistes mobilisés : de tels sacrifices imposent un devoir de résultat absolu. La mémoire des disparus et la survie même des générations futures exigent une défaite totale, définitive et sans appel de l’axe islamiste, tant chiite que sunnite.
C’est la condition indispensable pour rebâtir le Moyen-Orient. Seules la démonstration de force et l’implacable clarté stratégique d’Israël permettront de ranimer et d’élargir la dynamique des Accords d’Abraham.
Imaginez un Moyen-Orient libéré de la pieuvre de Téhéran, de l’entrisme de Doha et des ambitions d’Ankara : une région substituant l’alliance technologique et la prospérité partagée au culte de la mort. Ce changement de paradigme historique est à portée de main, à condition de ne montrer aucune faiblesse.
Face à cette urgence, l’aveuglement de l’Occident, singulièrement de l’Europe et de la France, donne le vertige. Il faut un sursaut immédiat. Depuis trois ans, nos dirigeants refusent d’admettre que cette guerre se joue aussi dans nos rues. Ils se laissent gangrener par le tiers-mondisme, vassaliser par le palestinisme et intimider par une extrême gauche alliée à l’islamisme, prête à imposer son dogme à la majorité par le chaos, le feu et le sang.
Israël est plus que jamais l’avant-garde du monde libre. Notre diplomatie doit cesser de se tirer une balle dans le pied avec sa posture d’hostilité permanente envers l’État juif. La France doit retrouver le chemin du courage et regarder la réalité en face. C’est la condition absolue pour garantir la sécurité internationale, notre stabilité énergétique, la survie de nos démocraties et, in fine, la paix civile sur notre sol.