Libérer le Liban du Hezbollah est dans l’intérêt de tous

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Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez revenir sur l’accord-cadre signé le 26 juin dernier entre les États-Unis, Israël et le Liban.

Bonjour Ilana,

Il y a une tentation qui guette toujours les chancelleries occidentales dans ces moments-là : celle du minimum. Obtenir un cessez-le-feu, souffler, et remettre à plus tard les questions qui fâchent. C’est précisément ce que risque de produire cet accord pourtant historique, si la communauté internationale ne s’y engage pas avec une fermeté sans concession.

Pour la première fois depuis des décennies, les conditions sont réunies pour traiter le problème libanais en s’attaquant à sa cause profonde : l’emprise armée du Hezbollah sur l’État libanais. L’organisation terroriste est affaiblie comme elle ne l’a jamais été. Son parrain iranien est exsangue après la guerre. La Syrie, qui servait de corridor logistique, a verrouillé sa frontière. Et à Beyrouth, le gouvernement fait preuve d’une fermeté inédite.

Cet accord n’est pas une fin. C’est une fenêtre. Et les fenêtres se referment. Alors ne la gâchons pas.

Arié, d’autant que se débarrasser du Hezbollah est d’abord la volonté du peuple libanais…

Absolument. Pour les Libanais, c’est une question de survie nationale.

Aucun État ne peut fonctionner avec, sur son sol, une milice qui surclasse son armée régulière et confisque les décisions de paix ou de guerre. Le Hezbollah a paralysé l’élection présidentielle pendant des années, terrorisé la magistrature chaque fois qu’elle cherchait à lui demander des comptes, et précipité le pays dans le chaos et des guerres dévastatrices pour assouvir ses ambitions génocidaires contre Israël.

Démanteler cette organisation parasitaire, c’est rendre aux Forces armées libanaises le monopole de la violence légitime. C’est restaurer une démocratie parlementaire réelle. C’est aussi liquider l’économie parallèle du Hezbollah – son réseau bancaire clandestin, ses circuits de contrebande et de narcotrafic – qui asphyxie le pays et le met au ban des nations.

L’émancipation de la tutelle de la République islamique permettrait au Liban de retrouver son espace géopolitique naturel, avec, dans le cadre des Accords d’Abraham, une potentielle normalisation des relations avec Israël – une véritable résurrection économique et politique pour le pays, qui pourrait redevenir un hub majeur au cœur d’un Levant interconnecté.

Arié, démanteler le Hezbollah aurait aussi des bienfaits importants pour les Européens… 

Exactement, c’est pourquoi ils doivent se greffer sur cet accord et le soutenir.

L’Europe a longtemps regardé le Liban comme un dossier lointain, à traiter par l’humanitaire et la nostalgie historique. C’est une erreur.

D’abord pour des raisons migratoires : si l’État libanais s’effondre sous le poids du Hezbollah, l’exode qui suivra frappera Chypre et la Grèce en première ligne, puis toute l’Union européenne par capillarité. Or l’Europe ne connaît que trop bien le coût politique des crises migratoires.

Sur le plan sécuritaire, le Hezbollah opère depuis longtemps sur le sol européen : blanchiment de capitaux, diffusion du Captagon dans nos réseaux criminels, cellules terroristes dormantes activables par Téhéran en cas de crise. Ces dernières années, plusieurs réseaux ont d’ailleurs été démantelés en Allemagne et à Chypre. C’est une menace permanente.

Sur le plan énergétique, la stabilité de la Méditerranée orientale conditionne l’accès européen aux gisements gaziers de Léviathan et Karish notamment. Tant que le Hezbollah exercera un chantage militaire sur la région, les investissements énergétiques resteront fragilisés.

Après la guerre contre l’Iran, c’est un nouveau test de crédibilité qui se présente aux Européens.

Enfin, Arié, cet accord est aussi dans l’intérêt du monde arabe et des États-Unis…

Pour le monde arabe, le calcul est tout aussi limpide. Le Hezbollah est le terminus méditerranéen du corridor d’influence iranien. Le briser, après la fermeture de la frontière syrienne, c’est achever l’encerclement de Téhéran et mettre fin à l’hégémonisme chiite qui menace les monarchies du Golfe depuis quarante ans. C’est aussi désarticuler la tête pensante des milices houthies et irakiennes – le Hezbollah étant leur centre d’instruction et de commandement. Et c’est rouvrir la voie aux investissements arabes massifs au Liban, indispensables à la reconstruction du pays.

Pour les États-Unis enfin, l’enjeu est celui de la crédibilité globale. Permettre au Hezbollah de survivre politiquement et militairement à cette séquence, ce serait valider, sous les yeux de Moscou et Pékin, l’efficacité de la guerre asymétrique et de l’usure hybride contre l’Occident. La libération du Liban permettrait également de relancer la dynamique des Accords d’Abraham, en pause depuis le 7 octobre 2023.

Aujourd’hui, la convergence est inédite. Israël, le Liban, les États-Unis, l’Europe, le monde arabe : chacun a des raisons objectives, mesurables et immédiates de vouloir que cet accord aboutisse à un démantèlement réel du Hezbollah. Tout ce qui manque désormais, c’est du courage et des moyens pour appuyer cette mesure de salubrité géopolitique, qui apportera à chacun des dividendes stratégiques tangibles.

L’histoire jugera si cette opportunité exceptionnelle aura été saisie ou gaspillée.