Arié Bensemhoun, le 4 septembre, Jean-Noël Barrot affirmait que la France était le pays ayant « le plus fait pour la cause palestinienne depuis le 7 octobre ». quelle est votre réaction ?
Bonjour Ilana.
Mais de quelle cause parle-t-on, et surtout, quel bilan célèbre-t-on ? Se féliciter d’avoir « tant fait pour la cause palestinienne » depuis le jour où le Hamas a commis les pires crimes contre l’humanité de notre siècle — en massacrant, violant et enlevant des centaines d’innocents, dont nos propres compatriotes — est profondément choquant.
Cette phrase n’est pas une simple maladresse diplomatique. Elle révèle un alignement moral et idéologique. Elle dit surtout la faillite de la politique étrangère française sous Emmanuel Macron.
La France parade désormais aux côtés de l’Espagne et de l’Irlande, mais aussi, et c’est plus grave, dans le sillage de puissances comme la Turquie, le Qatar, l’Iran ou la Russie, qui menacent la paix du monde.
Et pour quel résultat ?
La reconnaissance unilatérale d’un État de Palestine a été présentée comme une avancée historique vers la solution à deux États. Mais quelles avancées concrètes ont suivi ? L’Autorité palestinienne a-t-elle été réformée ? Les rentes versées aux familles de terroristes ont-elles cessé ? L’incitation à la haine dans les écoles a-t-elle disparu ? Des élections libres ont-elles été organisées ? Le Hamas s’est-il rendu ?
Rien de tout cela. C’est une capitulation et un abandon de la relation historique entre la France et Israël.
La France veut désormais sanctionner les produits issus des implantations en Cisjordanie. Que cela dit-il de la relation avec Israël ?
C’est une faute historique, un contresens stratégique et une profonde hypocrisie.
D’abord, cessons cette sémantique technocratique qui parle exclusivement de « Cisjordanie », appellation héritée de l’occupation jordanienne entre 1948 et 1967. Je parle de Judée-Samarie parce que cette réalité géographique et historique existe, et que l’effacer du vocabulaire revient à effacer une part essentielle de l’histoire juive.
Quant au boycott économique des implantations, il est à la fois hypocrite et inefficace. Il risque de frapper des milliers de Palestiniens qui travaillent dans des entreprises israéliennes et dépendent de ces emplois. L’affaire SodaStream avait déjà montré les conséquences très concrètes de ce type de campagne.
Surtout, la France applique à Israël un double standard manifeste. Pourquoi cette obsession punitive contre l’État juif, alors que la Turquie occupe près de 40 % de Chypre, État membre de l’Union européenne ? Pourquoi tant de déclarations contre Israël quand des dizaines de territoires demeurent occupés, disputés ou annexés ailleurs dans le monde ?
La France a progressivement adopté le « palestinisme » comme grille de lecture unique du conflit. Faire de la délégitimation systématique d’Israël une politique étrangère ne l’est pas. Et lorsque cette idéologie rencontre l’islamisme, c’est-à-dire dans l’immense majorité des cas, elle devient une menace pour nos propres démocraties.
La relation entre Paris et Jérusalem traverse une crise majeure. La France s’est-elle exclue du jeu au Proche-Orient ?
Il faut mesurer ce que représentait cette relation depuis 1949 : une alliance singulière, fondée sur une compréhension historique, une coopération stratégique face au terrorisme et des valeurs communes issues de la Résistance et de l’idéal républicain.
Aujourd’hui, cet héritage est piétiné. Le Quai d’Orsay semble mesurer l’influence de la France à la distance qu’il affiche avec Israël. C’est précisément le marqueur de notre déclassement international.
L’intérêt de la France n’est pourtant pas de faire la leçon à un pays allié menacé sur plusieurs fronts par un terrorisme islamiste soutenu et financé par un régime totalitaire, la République islamique d’Iran, qui proclame sa volonté de détruire Israël.
Notre intérêt est de reconstruire un partenariat digne avec Israël : technologique, militaire, stratégique et commercial. Plusieurs de nos partenaires européens l’ont compris, notamment l’Allemagne, l’Ukraine, la Grèce et la Finlande.
Il est encore temps pour le président de la République de réparer les dégâts considérables causés par sa politique étrangère et de rétablir une confiance profondément abîmée.
Mais qu’on se le tienne pour dit : une diplomatie qui préfère la posture morale et l’aveuglement idéologique au principe de réalité finit toujours par être rattrapée par les conséquences de ses choix.