Haine d’Israël, des Juifs, de la République : un combat de chaque instant

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Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez revenir sur l’annulation d’une conférence anti-israélienne prévue à l’ENS Paris-Saclay. 

Bonjour Ilana,

Le 2 février dernier devait se tenir à l’ENS Paris-Saclay une énième tribune de propagande contre Israël visant à promouvoir le boycott de ses universités. Cette initiative, présentée comme académique, n’était rien d’autre qu’une entreprise politique de délégitimation dans la lignée du mouvement BDS.

Alertés en amont, nous nous sommes immédiatement mis en ordre de bataille avec notre réseau citoyen afin de tirer la sonnette d’alarme jusqu’au plus haut niveau de l’État. La liberté académique ne saurait en aucun cas servir de paravent à des appels à la haine fondés sur l’origine nationale. Pas plus que l’argent public ne saurait être utilisé pour financer, héberger ou légitimer une campagne visant une démocratie et un allié de la France – Israël en l’occurrence.

Grâce à une mobilisation exceptionnelle, la réponse des pouvoirs publics a été rapide et efficace, et nous les en remercions. Mais une fois encore, le constat est préoccupant : notre système politique et universitaire semble frappé de paralysie, ne se réveillant que lorsque le scandale devient trop visible pour être ignoré.

Lorsqu’on laisse une université se transformer en théâtre d’une haine rance, ce sont à la fois l’intégrité du savoir et celle de la démocratie qui se trouvent sacrifiées.

Arié, comment expliquez-vous la difficulté de l’État à réagir ?

Parce qu’une immense confusion règne aujourd’hui dans l’ensemble du monde occidental.

Dès que des Juifs sont concernés, on s’enferme mécaniquement dans le piège sémantique de « l’antisémitisme ». Comme si seuls les Juifs étaient visés et concernés, et que le reste de la société pouvait se contenter d’un simple soutien moral, extérieur au combat.

Or c’est faux. Et profondément dangereux.

Nous savons parfaitement que les islamistes, et en particulier les Frères musulmans, utilisent la cause palestinienne comme un cheval de Troie pour avancer leurs pions dans nos démocraties. C’est écrit noir sur blanc dans le rapport déclassifié du ministère de l’Intérieur sur l’islam politique en France. En attaquant Israël, ils avancent masqués, gagnent du terrain dans les esprits, infiltrent les universités, les associations, les syndicats.

Et ils ont trouvé, dans une partie de l’extrême gauche, un allié de circonstance qui complète sur le sol européen le combat mené par les terroristes palestiniens et l’axe iranien au Moyen-Orient.

L’incapacité de l’État à nommer clairement l’ennemi produit de l’inaction. Et cette inaction ouvre des brèches dans lesquelles s’engouffrent ceux qui veulent à la fois la destruction d’Israël et la mort de notre République.

Ce combat concerne tout le monde. Juifs, chrétiens, athées, musulmans refusant la soumission. Femmes et hommes attachés à l’universalisme, à la laïcité, à la liberté. Ce qui est attaqué, ce n’est pas une communauté. C’est un modèle de société. Israël et les Juifs ne sont pas la fin de ce combat, mais le prétexte pour l’étendre à l’ensemble de nos sociétés.

Et le problème, c’est que l’État français est lui-même schizophrène sur ce sujet. D’un côté, il répète que l’antisémitisme est intolérable et agit pour faire annuler une conférence appelant au boycott d’Israël dans une grande école. Mais de l’autre côté, il participe aussi à la haine des Juifs en organisant le boycott d’Israël dans des salons internationaux comme Eurosatory ou Euronaval ou même celui du Bourget. C’est pourtant exactement la même logique. Celle de l’intifada globale : punir Israël – et donc les Juifs – pour avoir osé se défendre dans une guerre qui vise à leur extermination.

Arié, que devrait faire l’État selon vous ?

Il faut cesser la politique du pansement et s’attaquer enfin au mal à la racine.

Des initiatives existent pour lutter contre la haine des Juifs et d’Israël, comme la proposition portée par Caroline Yadan. Elles sont utiles et bienvenues. Mais l’appareil législatif est trop lent, trop lourd, face à une menace mouvante, agressive et en constante adaptation.

Entre l’islamisation des esprits, la libanisation de nos débats publics et la mexicanisation de certains pans de notre territoire, la passivité de l’État devient insupportable.

Nous évoluons dans une dynamique qui rappelle dangereusement l’Iran de 1979 : une majorité silencieuse, une élite aveugle, et une minorité islamiste déterminée, appuyée par une extrême gauche qui lui sert de relais idéologique.

Il est impératif que le ministère de l’Intérieur émette une circulaire claire, ferme et applicable partout sur le territoire, afin de prévenir systématiquement ces manifestations de haine avant même qu’elles ne s’organisent. Il ne doit plus revenir aux citoyens que nous sommes de faire la police dans les institutions de la République et les universités.

Quand les pouvoirs publics sont saisis, ils réagissent. Preuve qu’ils savent. Alors assez des indignations de salon et place à l’action méthodique. Il est temps que l’État redevienne le protecteur de nos valeurs universelles, car il en va de la survie de la République.