Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine vous souhaitiez nous parler de votre dernier livre, alors que se tiendra une soirée événement autour de celui-ci le 9 septembre prochain.
Bonjour Ilana,
Le 9 septembre, à la Maison de la Chimie, alors que s’ouvre officiellement la campagne présidentielle, nous organisons une grande soirée de réflexion et d’action autour de mon livre, disponible en librairie : « État de Palestine : Solution ou Illusion ? », que l’ancien Premier ministre Manuel Valls m’a fait l’honneur de préfacer.
Le timing n’est pas anodin. Cela fait un an que la France a reconnu un État palestinien qui, dans les faits, n’existe toujours pas. Nous avons publié une analyse-bilan détaillée de cette reconnaissance sur le site elnetwork.fr. Et au-delà du contrat moral violé par une Autorité palestinienne qui n’a tenu aucun de ses engagements, au-delà de l’affaiblissement de la position stratégique de notre pays sur la scène internationale, cette décision insensée a pourri notre climat intérieur.
Aujourd’hui, la question palestinienne est devenue le symptôme d’une faillite morale qui ronge notre société. Depuis le 7 octobre 2023, elle est plus que jamais le cheval de Troie du totalitarisme islamiste qui nous a déclaré la guerre avec les collabos de l’extrême gauche.
Et dans une France en faillite budgétaire, dans une République qui vacille, les candidats à la présidentielle auront beau surenchérir dans les promesses : tant que nous ne traiterons pas cette urgence en face, tout le reste restera vain. Il est impossible de penser l’avenir de notre pays en laissant prospérer ce poison.
Arié, quelle est la thèse centrale de votre ouvrage ?
Cette thèse va à l’exact opposé de la dynamique de reconnaissance qui a saisi tant de pays occidentaux, dans l’espoir de forcer une solution à deux États.
Cette reconnaissance d’un État de Palestine est une illusion géopolitique, déconnectée des réalités du terrain. Un État ne se décrète pas, il se constate selon des critères stricts : territoire, population, gouvernement. Il exige des institutions légitimes, l’abandon du terrorisme, une acceptation mutuelle régionale – des critères aujourd’hui totalement absents côté palestinien. Reconnaître un État qui n’a ni les moyens ni la volonté d’exister comme tel, ce n’est pas de la diplomatie. C’est une capitulation qui récompense le terrorisme.
Je reviens en détail sur toutes les occasions manquées des Palestiniens d’obtenir un État. Et on ne peut pas comprendre l’impasse actuelle sans regarder l’histoire en face. Depuis un siècle, chaque offre de partage territorial a été rejetée par la partie arabe ou palestinienne. La Commission Peel en 1937, qui offrait pourtant 80 % du territoire mandataire à l’ouest du Jourdain. Le plan de partage de l’ONU en 1947. Les trois non de Khartoum en 1967. Camp David en 2000, où Arafat a refusé une offre englobant la totalité de Gaza, 94 % de la Cisjordanie et Jérusalem-Est comme capitale, pour déclencher la seconde Intifada. Annapolis en 2008. Le plan Trump en 2020.
L’objectif profond des dirigeants palestiniens n’a jamais été de bâtir un État aux côtés d’Israël, mais d’obtenir l’élimination de la souveraineté juive. Je consacre également un chapitre entier aux deux « proto-États » qui existent déjà – l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et le Hamas à Gaza – pour montrer concrètement ce que donnerait une souveraineté palestinienne pleine et entière. Et le tableau n’est pas encourageant : kleptocratie, endoctrinement scolaire, programme de rémunération des terroristes, théocratie totalitaire.
Arié, quelle est votre conclusion face à cette situation ?
Ma conclusion inverse volontairement le paradigme dominant.
La paix ne découlera pas de la création prématurée d’un État palestinien. C’est l’inverse : c’est une paix régionale préalable, couplée à une déradicalisation profonde de la société palestinienne – un processus que je compare, avec toute la gravité que cela suppose, à la dénazification de l’Allemagne d’après-guerre – qui pourra permettre, à terme, l’émergence d’une entité étatique viable. Imposer un État sans fondations pacifiques, c’est institutionnaliser la guerre, pas y mettre fin.
C’est pourquoi j’appelle à la réversibilité de cette reconnaissance. Reconnaître un État palestinien était une erreur. Non seulement l’Autorité palestinienne a violé son contrat moral avec la France, mais le bilan coût-avantage de cette politique affiche un déficit insoutenable pour la puissance publique. Nous avons consenti à un désarmement stratégique majeur pour des dividendes nuls.
Le seul paradigme aujourd’hui porteur de stabilité au Moyen-Orient, celui qui a fait ses preuves, ce sont les Accords d’Abraham. C’est la consolidation d’une architecture régionale liant l’État d’Israël aux puissances du Golfe et du Levant qui imposera, par effet de tenaille géopolitique, la déradicalisation structurelle des institutions et de la société palestiniennes. Ce n’est qu’au terme de cette maturation – et à la stricte condition que des garanties sécuritaires irréversibles soient acquises pour Israël – que pourra advenir, non par un décret performatif parisien mais par la réalité du terrain, une solution pour une entité palestinienne viable et pacifiée à l’ouest du Jourdain.