La France au bord du gouffre

5 novembre 20264 min de lecture
La France au bord du gouffre

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La France au bord du gouffre

La chronique d’Arié Bensemhoun – écoutez l’épisode

Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez évoquer l’avenir trouble de la France au crépuscule de la présidence d’Emmanuel Macron.

Bonjour Ilana,

La France affronte sa crise structurelle la plus profonde depuis soixante ans. La VeRépublique, bâtie par le Général de Gaulle sur le principe d’un président fort dominant le désordre parlementaire, est brisée.

Pour comprendre la dérive du pays, il faut comprendre un homme et sa peur.

En 2017, Emmanuel Macron surgit telle une comète. Plus jeune président de l’histoire, ancien banquier et ministre sans passé électif, il balaie les partis traditionnels avec la promesse disruptive de régénérer la nation. Mais il sous-estime la nature explosive du peuple français.

Le basculement s’opère dès 2018 avec les Gilets jaunes. Pour la première fois, le président éprouve la fragilité physique du pouvoir et la terreur d’être balayé par la foule. Ce traumatisme dictera la suite.

Quand le Covid frappe en 2020, cette panique ressurgit. Pour conjurer la révolte, Emmanuel Macron impose le fatal « quoi qu’il en coûte ». Alors que d’autres nations prônent la rigueur, la France ouvre grand les vannes. Terrifié par l’agitation sociale, le pouvoir achète la paix civile à coups de milliards, quitte à achever de ruiner les finances publiques.

Sa réélection de 2022 n’est alors qu’une victoire en trompe-l’œil. Après une campagne minimale, portée par le choc de l’invasion russe en Ukraine et le traditionnel front républicain contre Marine Le Pen, il perd aussitôt sa majorité absolue. Piégé, sans marge financière ni mandat clair, l’exécutif entame une lente retraite.

 

Comment cette retraite s’est-elle matérialisée, Arié ?

Aux abois pour financer des déficits béants, Emmanuel Macron renie ses promesses. Lui qui jurait en 2017 d’en finir avec les privilèges du Qatar capitule devant les monarchies du Golfe. Qualifiant Doha « d’ami » et vantant de prétendues « valeurs communes » avec Riyad, il accueille l’émir en mai 2022 avant de négocier dix milliards d’investissements fin 2023. Le prétendu disrupteur est devenu tributaire des capitaux du principal parrain des Frères musulmans et de l’islamisme.

Cette vulnérabilité éclate en 2023. Aux défilés massifs contre la réforme des retraites succèdent les violentes émeutes nées de la mort de Nahel. Mairies brûlées, commerces pillés et commissariats attaqués illustrent l’effondrement de l’autorité dans les banlieues. Cet été-là n’était que la bande-annonce de ce que nous vivons.

Puis survient la razzia génocidaire du 7-octobre en Israël. La fracture intérieure devient une guerre idéologique. Jean-Luc Mélenchon et la gauche radicale font un choix d’un cynisme absolu : refuser de qualifier le Hamas d’organisation terroriste, et adopter une rhétorique agressive, tiers-mondiste et palestiniste pour courtiser l’électorat des banlieues issu de l’immigration.

Pris en étau entre la peur de la rue et l’essor de l’islamisme par la démographie, l’État choisit l’apaisement à tout prix. Emmanuel Macron renonce à marcher contre l’antisémitisme par crainte de « stigmatiser ». L’inversion morale triomphe : appliquer la loi devient oppression et l’émeute s’excuse comme justice sociale. Pour acheter le calme, l’exécutif multiplie les concessions : boycott d’Israël, reconnaissance sans condition d’un État palestinien – commerecommandé par un rapport officiel « pour apaiser les frustrations de la communauté musulmane ». Mais ces renoncements n’achètent aucune paix ; ils étalent nos faiblesses et nos ennemis en profitent.

 

Arié, vers quoi tout cela nous mène-t-il ?

Le chaos actuel n’aurait jamais pris une telle ampleur sans la dissolution insensée de juin 2024, décidée dans la panique au soir du triomphe du RN aux européennes. Ce suicide institutionnel a figé le Parlement en trois blocs hostiles inconciliables. S’accrochant au pouvoir malgré sa déroute électorale et sans assise parlementaire, Emmanuel Macron a usé ses Premiers ministres à la chaîne, spectateur impuissant d’une France qui décline par sa faute.

Son héritage est un champ de ruines : violences, colères accumulées et faillite civique. Il laisse une nation surendettée, fracturée, sourde aux urgences budgétaires comme aux périls géopolitiques, perfusée à la dépense publique et incapable du moindre sursaut collectif.

La présidentielle de 2027 s’annonce comme une impasse. D’un côté, Marine Le Pen, immunisée contre les tempêtes judiciaires et politiques, capitalise sur l’aspiration à l’ordre et semble seule capable de lever une majorité absolue pour débloquer le pays. De l’autre, profitant de la guerre des égos mal-placés à droite comme au centre, Jean-Luc Mélenchon galvanise une gauche radicale qui prépare ouvertement l’insurrection en cas de défaite.

La véritable tragédie tient au fait que ce vote ne résoudra rien de lui-même. Après une décennie d’amateurisme, d’arrogance, de déni et de faux-semblants, la République est acculée à choisir entre la chienlit ingouvernable et le choc autoritaire, suspendue à l’espoir que les Français osent enfin réinventer leur destin.

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