Relations franco-israéliennes sous la Cinquième République : une évaluation stratégique israélienne pour l’Europe

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Dr Jonathan Ghariani

Résumé exécutif

D’un point de vue stratégique israélien, les relations franco-israéliennes sous la Cinquième République révèlent un dilemme récurrent : la France a souvent reconnu la valeur d’Israël en tant que partenaire régional capable, mais a tenté à plusieurs reprises de limiter la politique de sécurité israélienne afin de préserver sa propre marge de manœuvre diplomatique dans le monde arabe. Ce schéma a commencé avec le partenariat de défense étroit jusqua l’embargo sur les armes de 1967. Il est ensuite réapparu sous différentes formes et ce jusqu au 7 octobre2023. Pour Israël, la leçon est claire : la coopération avec la France représente une valeur, mais la fiabilité politique française ne l’est pas.

Malgré la volatilité des relations historiques, Israël ne devrait pas voir la France uniquement à travers le prisme de la déception. La France reste une grande puissance européenne, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, acteur méditerranéen, et un État doté d’actifs militaires, de renseignement, technologiques et diplomatiques très importants et avancés. Lorsque Paris considère Israël comme un partenaire stratégique plutôt que comme un problème à gérer, les deux parties en bénéficient. La période Sarkozy et certaines parties du premier mandat de Macron ont démontré que la coopération dans la lutte contre le terrorisme, la défense aérienne, la cyber defense, l’énergie et la sécurité régionale peuvent servir les intérêts israéliens et européens.

Le problème est structurel. La politique française a souvent séparé les préoccupations sécuritaires d’Israël des ambitions régionales de la France, en supposant que la distance symbolique par rapport à Jérusalem achètera de l’influence dans les capitales arabes. L’histoire israélienne suggère le contraire : une telle distance modère rarement les acteurs hostiles, mais elle réduit l’influence française en Israël. Une approche israélienne envers la France doit donc être ferme mais non méprisante : préserver les canaux stratégiques, diversifier les partenariats, résister aux embargos politisés et montrer clairement que l’influence européenne dépend de la pertinence opérationnelle et de la confiance.

Recommandations politiques

  • Préserver le dialogue, éviter la dépendance. Israël devrait maintenir ouverts des canaux de haut niveau avec Paris tout en veillant à ce qu’aucune capacité de défense critique ne dépende de l’approbation politique française.
  • Présenter Israël comme un atout de sécurité européen. La diplomatie israélienne devrait mettre l’accent sur les contributions pratiques à l’Europe : renseignement, lutte antiterroriste, défense aérienne, cyberprotection, guerre par drones, résilience énergétique et stabilité méditerranéenne.
  • Réagir à la politique symbolique d’embargo. Israël devrait contester les exclusions discriminatoires tout en évitant des ruptures inutiles avec les institutions françaises qui soutiennent une coopération à long terme.
  • Utiliser des coalitions régionales pour façonner les choix français. La coopération avec la Grèce, Chypre, le Maroc, les partenaires du Golfe et les États des Accords d’Abraham montrent à la France que l’engagement avec Israël renforce – plutôt qu’il l’affaiblit – la posture régionale de l’Europe.
  • Séparer le désaccord du partenariat stratégique. Israël devrait accepter que la France continuera à critiquer certaines de ses postions politiques , mais devrait insister pour que ce désaccord ne devienne pas une délégitimation ou une exclusion des entreprises industrielles de défense.
  • Dialogue ouvert avec les parlementaires français. Israël devrait engager les députés français de tout le spectre politique, sauf les partis d’extrême gauche, tels que La France Insoumise, le Parti communiste français et les Verts. Il devrait également inviter des figures polites de premier plan et des candidats potentiels à la présidence, dont Marine Le Pen, Édouard Philippe, Bruno Retailleau et Gabriel Attal.

1. L’intimité stratégique et la leçon israélienne de la vulnérabilité

La Cinquième République,a ses debuts ,a hérité d’une relation franco-israélienne particulièrement étroite. La France a fourni des armes avancées, y compris des avions de combat, et les deux ministeres de la défense ont coopéré étroitement sur les tactiques, l’approvisionnement et la planification stratégique. Pour un jeune État entouré de voisins hostiles, cette relation n’était pas seulement diplomatique , elle faisait partie de l’architecture de survie nationale d’Israël. De Gaulle a d’abord maintenu ce partenariat et a même décrit Israël comme un ami et un allié lors de la visite de David Ben-Gourion à Paris en 1961.

Du point de vue de Jérusalem, cependant, la fin de la guerre d’Algérie a eu un impact dramatique sur les priorités françaises. Une fois que la France n’a plus eu besoin de subordonner sa politique arabe au conflit algérien, Paris a cherché à restaurer son influence dans le monde arabe et à se positionner comme une puissance méditerranéenne indépendante. Bien qu’Israël ai compris ce changement, il ne pouvait pas accepter que l’ambition régionale française limite sa liberté d’action en cas de crise. La contradiction s’est accentuée alors que la France cherchait à maintenir sa parenté militaire avec Israël tout en rétablissant ses liens avec Le Caire, Bagdad, Amman, Beyrouth et Riyad.1

Israël voyait d’abord de la valeur a la double politique française. L’accès français aux capitales arabes pouvait, en théorie, aider à freiner l’escalade ou ouvrir des canaux indirects. Mais le modèle reposait sur la reconnaissance d’Israël par la France comme un acteur stratégique souverain, et non comme un client censé se conformer aux préférences françaises. Au milieu des années 1960, cette illusion avait disparu. La diplomatie française mettait de plus en plus l’accent sur les partenariats arabes, le commerce et le positionnement régional. Aux Nations Unies, la France est devenue plus encline à condamner les opérations frontalières israéliennes, tandis que la coopération nucléaire a été progressivement supprimée. La leçon israélienne était simple : même un partenaire européen proche peut redéfinir l’amitié lorsque ses intérêts régionaux changent.

2. 1967 : L’embargo et la naissance de la diversification stratégique israélienne

La crise de 1967 reste le tournant décisif dans les relations franco-israéliennes. La fermeture du détroit de Tiran par l’Égypte, la mobilisation régionale et la désinformation soviétique sur les prétendues déploiements israéliens près de la Syrie ont été perçus à Jérusalem comme des signaux d’alerte existentiels. La tentative de De Gaulle d’internationaliser la crise à travers un cadre à quatre puissances, et son avertissement que la France condamnerait l’État qui tirerait en premier, n’ont pas répondu au problème stratégique immédiat d’Israël. Pour Israël, le blocus n’était pas un litige juridique abstrait, mais plutôt une menace pour la dissuasion, le commerce et sa survie.

L’embargo sur les armes français, formellement appliqué à tous les belligérants, a touché Israël de la manière la plus directe. Il visait à limiter la liberte d action israélienne et, plus tard, à limiter l’usage de la force israélienne après la victoire. En pratique, il a convaincu Israël que la dépendance stratégique envers la France était intenable. Israël a remporté la guerre puis a accéléré son virage vers les États-Unis et la production intérieure de materiel de défense. L’influence française a décliné précisément parce que Paris avait transformé l’approvisionnement en materiel de défense en levier politique.

Cet épisode reste important aujourd’hui pour la politique israélienne. La résolution 242, le débat sur le l interpretation du mot retrait, et plus largement par la France des concessions territoriales, ont renforcé le scepticisme israélien envers les formules imposées de l’extérieur qui ne tiennent pas pleinement compte des frontières défendables et des garanties de sécurité.2La description ultérieure par de Gaulle des Juifs comme « un peuple d’élite, sûr de lui et dominateur » a approfondi la rupture politique et émotionnelle. L’opération Gift, où Israël a attaqué l’aéroport de Beyrouth en représailles à des attaques terroristes répétées contre sa compagnie aérienne nationale, et l’embargo plus large de 1968 ont complété la rupture.3 La leçon israélienne n’était pas l’isolationnisme, mais plutôt la diversification : ne jamais permettre à un fournisseur ou à un gouvernement européen d’exercer un levier décisif sur la sécurité israélienne. En conséquence, Israël a commencé à diversifier ses sources d aprovisionement en’armes, achetant du matériel militaire avancé aux États-Unis, notamment des chars M48 Patton et des chasseurs A-4 Skyhawk. La neutralisation de la menace égyptienne restait la priorité principale d’Israël, tandis que la source de son armement devenait secondaire.4

3. De Pompidou à Chirac : continuité dans la politique arabe française

Après de Gaulle, Israël ne s’attendait pas à une restauration complète de l’alliance d’avant 1967. Pompidou maintint l’embargo et continua de courtiser les pays arabes, dont la Libye, à qui la France vendait des avions Mirage. L’affaire des vedettes lance-missiles de Cherbourg devint un symbole israélien de nécessité : Jérusalem avait déjà payé pour des navires essentiels à sa sécurité navale, et tandis quel’echelon politique bloquait la livraison, Israël agissait pour les récupérer. Cette affaire a nuit à la confiance, mais renforça la doctrine israélienne d’autonomie en matiere de defense.

Sous Valéry Giscard d’Estaing, la France a poursuivi sa ligne d’orientation arabe, ouvert la voie à la représentation diplomatique de l’OLP et exprimé des réserves sur le cadre des accords de Camp David. Du point de vue d’Israël, cela a créé un déséquilibre bien connu: la France a accueilli favorablement les retraits territoriaux israéliens tout en restant réticente à reconnaître la profondeur des préoccupations sécuritaires israéliennes. François Mitterrand a adopté un ton plus chaleureux, et son discours à la Knesset a eu une importance symbolique, mais son soutien à une patrie palestinienne et a ses canaux vers l’OLP ont montré que la sympathie pour Israël n’a pas fondamentalement modifié l’architecture diplomatique française.5

Jacques Chirac a aiguisé la méfiance israélienne, notamment pendant la Seconde Intifada et du fait de sa relation étroite avec Yasser Arafat. Pourtant, Israël a aussi dû distinguer entre la rhétorique, le symbolisme et les changements stratégiques. La reconnaissance par Chirac de la responsabilité de la France de Vichy dans la déportation des Juifs a eu une grande importance pour l’histoire juive et pour le règlement de comptes moral intérieur a la France. Plus tard, après l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri et la détérioration des relations franco-syriennes, Paris s’est rapproché du point de vue de Washington sur la souveraineté libanaise et a soutenu la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU sur le retrait des troupes syriennes du Liban. Pour Israël, cela a démontré que la politique française pouvait changer lorsque ses propres intérêts entraient en collision avec des acteurs régionaux déstabilisateurs.

4. Sarkozy, Hollande et Macron : Opportunité mais sans illusions

La présidence de Nicolas Sarkozy a montré aux Israéliens qu’une approche française différente était possible. Il a cherché à améliorer les relations, mis l’accent sur la coopération sécuritaire et traité Israël moins comme une nuisance diplomatique que comme un partenaire confronté à des menaces communes. Israël ne s’attendait pas à ce que la France abandonne son soutien à l’État palestinien, mais il a accueilli favorablement un langage politique qui sépare le désaccord sur le territoire de la reconnaissance de la légitimité stratégique d’Israël. Sarkozy a également effectué la première visite officielle en Israël d’ un président français depuis douze ans.6 Lors de son discours à la Knesset, il a obtenu une certaine reconnaissance pour avoir qualifié la naissance de l’État d’Israël de miracle.

Sarkozy, cependant, était fréquemment en désaccord avec le Premier ministre Netanyahou et s’est parfois opposé directement à lui, le qualifiant apparemment de menteur.7 Il a également soutenu l’adhésion de l’Autorité palestinienne à l’UNESCO, provoquant une forte opposition tant d’Israël que des États-Unis. Sur le conflit arabo-israélien plus large, Sarkozy a finalement maintenu la position traditionnelle française, soutenant une solution à deux États avec Jérusalem-Est comme capitale d’un futur État palestinien.8

Les relations ont commencé sur des bases solides sous la présidence de François Hollande, comme en témoigne sa visite en Israël en 2013. Lors de cette visite, Hollande a fait écho à la déclaration précédente de de Gaulle à Ben-Gourion en affirmant qu’il resterait à jamais l’ami d’Israël.9 Son administration a maintenu des liens chaleureux avec Israël et adopté une position ferme sur le programme nucléaire iranien. La France a initialement rejeté le premier accord nucléaire intérimaire, tandis que le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a averti que la France n’accepterait pas un accord naïf dans les négociations.10 La coopération militaire et de renseignement s’est non seulement poursuivie sous Hollande, mais s’est considérablement étendue.11

Cependant, d’importantes divergences persistaient, notamment concernant le soutien constant de la France à une solution à deux États et sa condamnation répétée de la construction israélienne en Judée-Samarie, que Paris continuait de considérer comme territoire occupé – position qu’elle maintenait depuis 1967. Sous Hollande, la France a continué d’appuyer des résolutions anti-israéliennes à l’Assemblée générale et au Conseil de sécurité de l’ONU, y compris la controversée résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui condamnait la présence israélienne en Judée-Samarie comme une violation du droit international. Pour la première fois, l’administration Obama a choisi de ne pas utiliser son veto et s’est abstenue, tandis que la France a voté en faveur de la résolution.12

Durant le premier mandat de Macron, les responsables israéliens avaient des raisons pour un optimisme prudent. Macron soutenait la coopération en matiere de haute technologie, s’exprimait fermement contre l’antisémitisme et reconnaissait l’antisionisme comme une forme d’antisémitisme dans le contexte politique de la France contemporaine. La coopération en matière de défense s’est également développée par des exercices de l’armée de l’air, des canaux antiterroristes, un dialogue cybernétique et une coordination en Méditerranée orientale. L’inquiétude partagée concernant l irredentisme turque et les possibilités régionales créées par les accords d’Abraham ont également donné à la France et à Israël un agenda concret au-delà du dossier palestinien.13

La coopération en matière de défense s’est également nettement améliorée : l’Armée de l’air française a participé à l’exercice biennal Blue Flag d’Israël, déployant des avions Mirage 2000D puis des chasseurs Rafale en entraînement aux côtés de chasseurs F35 de cinquième génération de l’Armée de l’air israélienne, tandis que les deux pays ont mené des exercices bilatéraux de l’armée de l’air en Corse impliquant des F-15 israéliens et des Rafales français.14,15

Pourtant, du point de vue israélien, cette ouverture restait incomplète. La France n’avait pas pleinement intériorisé Israël comme pilier de la sécurité régionale européenne. La coopération dépendait trop du ton présidentiel et trop peu de la doctrine institutionnelle. Cela rendait la relation vulnérable à la crise, à la pression des militants, à la politique intérieure et à la tentation française de signaler son indépendance en critiquant publiquement Israël. Le 7 octobre a révélé la fragilité de ces progrès.

5. Après le 7 octobre : Sécurité israélienne et coût de la signalisation européenne

Les attaques du 7 octobre ont confronté Israël à un choc stratégique et moral : une attaque terroriste de masse, la prise d’otages, et la nécessité de démanteler les capacités militaires du Hamas à Gaza. Macron a initialement proposé une coalition internationale contre le Hamas et a exprimé sa solidarité avec Israël. À mesure que la guerre s’intensifiait, la politique française s’est orientée vers des critiques publiques plus virulentes, des appels à des restrictions sur les armes utilisées à Gaza, et des tentatives d’exclure les entreprises de défense israéliennes d’expositions telles qu’Eurosatory et Euronaval.16 Faisant écho au basculement de de Gaulle en 1967, Macron a publiquement condamné les opérations de Tsahal à Gaza et à Rafah comme disproportionnées.17 Fin 2024, Macron a lancé un appel explicite à un embargo international sur les armes offensives utilisées à Gaza et au Liban, suscitant un vif réprimande publique de la part du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.18

Pour Israël, cela ressemblait moins à un équilibre de principe qu’à un retour à la politique d’embargo. La France utilisait à nouveau la relation défense-industrielle comme moyen de pression politique à l’instant où Israël se voyait comme menant une campagne existentielle contre le Hamas et le Hezbollah, l’Iran et d’autres acteurs hostiles. Les tribunaux ont ensuite contesté ou annulé certains aspects des exclusions d’exposition pour des motifs de non-discrimination, mais le mal diplomatique était déjà fait. Les entreprises, responsables et planificateurs de la défense israéliens se sont vu rappelér que la coopération européenne peut devenir conditionnelle dans les moments de vulnérabilité maximale israélienne.

Le moment charnière dans la détérioration des relations franco-israéliennes a été la décision unilatérale du président Macron en juin 2025 de reconnaître un État palestinien. Du point de vue d’Israël, cette démarche manquait de légitimité juridique, puisque l’État palestinien ne peut être imposé en dehors d’un cadre négocié et doit finalement être validé par les mécanismes internationaux concernés. La reconnaissance de la France a ensuite été suivie par le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie. Dans son discours à l’ONU, Macron a présenté la reconnaissance comme « la seule solution qui apportera la paix à Israël », tout en insistant sur le fait que tout État palestinien devrait être accompagné de garanties de sécurité, de la libération des otages, du désarmement complet du Hamas et d’une force internationale de stabilisation mandatée par l’ONU à Gaza.19

Israël et les États-Unis ont fermement condamné la décision unilatérale de la France. D’un point de vue stratégique israélien, la décision de Macron a ravivé le réflexe gaulliste post-1967 : sacrifier la confiance opérationnelle et le levier bilatéral avec Jérusalem au profit de la courtisance sur le monde arabe et l’opinion internationale plus large. En contournant les négociations directes, le gouvernement israélien a vu la déclaration comme un geste politique récompensant l’agression du Hamas du 7 octobre sans changer la réalité sur le terrain.

Plus récemment, la France a interdit le survol de son espace aerien par les avions transportant des munitions et des pièces détachées à destination d’Israël, ce qui a poussé Israël à suspendre tout approvisionnement en défense en provenance de la France.20

Compte tenu de la nature capricieuse de la politique de la France, la réponse israélienne doit être mesurée. Israël ne devrait pas abandonner la France ou l’Europe ; cela céderait un espace stratégique à des récits hostiles et réduirait la capacité d’Israël à avoir son mot à dire dans la politique européenne. Cependant, Israël devrait insister sur la réciprocité. Si l’Europe veut avoir de l’influence sur les décisions israéliennes, elle doit rester stratégiquement pertinente. L’exclusion, l’embargo et la distanciation publique réduisent cette pertinence. La coopération opérationnelle, l’échange de renseignements et la construction de coalitions régionales l’augmentent.

Conclusion : Une stratégie israélienne pour la France et l’Europe

Pour Israël, l’histoire des relations avec la France sous la Cinquième République n’est pas une histoire de trahison seulement. C’est un cas d’étude sur la manière dont la diplomatie des puissances moyennes, l’ambition régionale, la politique intérieure et le langage moral peuvent remodeler un partenariat stratégique. La France a déçu Israël à des moments critiques, mais elle a aussi apporté accès, légitimité, poids diplomatique et coopération opérationnelle. La politique israélienne devrait donc être celle de la realpolitik : ni dépendance ni rejet impulsif.

Une approche israélienne devrait présenter un argument de manière cohérente : l’autonomie stratégique de l’Europe ne devrait pas être un obstacle pour Israël. Le pays est une puissance méditerranéenne dotée de capacités de renseignement très avancées, d’expérience sur le champ de bataille, d’innovations technologiques, de pertinence énergétique et de résilience démocratique. La France et l’Europe ont besoin d’accéder à ces actifs à une époque d’expansion iranienne, de perturbations russes, de pénétration chinoise, de terrorisme islamiste, de cyberconflits, de guerre par drones et de sécurité maritime.

Par conséquent, Israël doit engager la France en tant que partenaire stratégique tout en se protégeant de la volatilité politique. Il doit construire des coalitions avec des États qui comprennent déjà la valeur des capacités israéliennes, approfondir les alternatives industrielles de défense et maintenir les canaux diplomatiques ouverts même en cas de conflits publics. Le message vers Paris doit être clair : la critique est légitime, mais l’exclusion coûte stratégiquement cher. La France gagne en influence lorsqu’elle collabore avec Israël en tant que partenaire souverain. Par conséquent, elle perd de l’influence lorsqu’elle tente de discipliner Israël à distance. Comme l’a dit Ronald Reagan lors des pourparlers sur le contrôle des armements avec le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev : « Faites confiance – mais vérifiez. »


Notes

  1. Cohen, S. (1974). De Gaulle, les gaullistes et Israël, p. 95 ↑
  2. Rosenne, M. (23 mai 2002). Comprendre la résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU. Centre de Jérusalem pour les affaires publiques. https://jcfa.org/requirements-for-defensible-borders/security_council_resolution_242/ ↑
  3. Couve de Murville, M. (1971), p.474 ↑
  4. Heimann, G. (2010). De l’amitié au patronage : relations France-Israël, 1958-1967. Diplomatie et diplomatie, 21(2), 240–258. https://doi.org/10.1080/09592296.2010.482472 p. 254 ↑
  5. Figeac. (2021). p. 182 ↑
  6. Bureau du Premier ministre. (23 juin 2008). Allocution du Premier ministre Ehud Olmert lors de la session de la Knesset en l’honneur du président de la France, Nicolas Sarkozy. Portail du gouvernement israélien. https://www.gov.il/en/pages/speechsarkozy230608 ↑
  7. ABC News. (8 novembre 2011). Sarkozy à Obama : Netanyahu est un menteur. ABC News. https://abcnews.com/International/sarkozy-obama-netanyahu-liar-israel/story?id=14903750 ↑
  8. NBC News. (2008, 20 juin). Sarkozy affirme qu’Israël doit partager Jérusalem. https://www.nbcnews.com/id/wbna253338 ↑
  9. France 3. (17 novembre 2013). François Hollande renforce ses liens avec Israël [Archives vidéo]. Institut National de l’Audiovisuel (INA Mediaclip). https://mediaclip.ina.fr/en/5138385001006-francois-hollande-strengthens-ties-with-israel.html ↑
  10. Harris, D. (16 août 2015). Sur l’Iran, soyons sérieux. Comité juif américain. https://www.ajc.org/news/on-iran-lets-get-serious ↑
  11. Agence télégraphique juive. (10 juin 2012). Le président français Hollande souhaite des liens plus profonds avec Israël. The Times of Israel. https://www.timesofisrael.com/french-president-hollande-wants-deeper-ties-with-israel/ ↑
  12. Conseil de sécurité des Nations Unies. (2016). Résolution 2334 (2016) (S/RES/2334). https://docs.un.org/en/s/res/2334(2016) ↑
  13. Daniel, R. (29 juin 2022). Macron a réprimé, La France en crise : implications pour Israël. Institut d’études sur la sécurité nationale. https://www.inss.org.il/publication/macron-in-embarrassment-france-in-crisis/ ↑
  14. RFI. (18 novembre 2016). Des avions israéliens s’entraînent sur l’île française de Corse. https://www.rfi.fr/en/middle-east/20161118-israeli-planes-train-french-island-corsica ↑
  15. Réseau Aviation Week. (27 novembre 2017). Drapeau bleu : Manifestation de la force en Israël. https://aviationweek.com/defense/blue-flag-showing-force-israel ↑
  16. Elmas, D. S. (16 octobre 2024). La France interdit aux entreprises israéliennes de la défense de participer à l’exposition Euronaval. Globes. https://en.globes.co.il/en/article-france-bars-israeli-defense-firms-from-euronaval-exhibition-1001492062 ↑
  17. France 24. (27 mai 2024). Netanyahu qualifie la frappe meurtrière d’Israël contre le camp de tentes de Rafah de « tragique erreur ». https://www.france24.com/en/middle-east/20240526-%F0%9F%94%B4-live-israel-launches-deadly-strike-near-rafah ↑
  18. BBC News. (s.d.). Macron appelle à l’arrêt des livraisons d’armes à Israël dans la guerre de Gaza. https://www.bbc.com/news/articles/cjr3zd4d8y5o ↑
  19. Macron, E. (22 septembre 2025). Allocution du Président de la République française à l’Assemblée générale des Nations Unies. Palais de l’Élysée. https://uk.diplomatie.gouv.fr/en/france-recognizes-state-palestine ↑
  20. Bob, Y. J., & Stein, A. (31 mars 2026). Israël suspend le commerce de défense avec la France, invoquant une « attitude hostile », selon des sources du « Post ». The Jerusalem Post. https://www.jpost.com/israel-news/article-891742 ↑