La déchéance de l’ONU

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Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez évoquer la corruption au sein de l’ONU.

Bonjour Ilana,

Il fut un temps où le sigle « ONU » suffisait à clore un débat. Ce que disait l’ONU était vrai. Ce que publiait l’ONU avait du poids. Cette époque est hélas révolue.

L’Organisation des Nations Unies, bâtie sur l’ambition d’être le sanctuaire universel de la paix et du droit international, est aujourd’hui en état de décomposition avancée.

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022 – où un membre permanent du Conseil de Sécurité a déclenché une guerre de conquête contre un autre État souverain sans que l’institution ne puisse rien y faire – et plus encore depuis le 7 octobre 2023, le masque est tombé.

L’ONU, dont la majorité des États membres sont désormais des régimes en contradiction systématique avec sa Charte, n’est plus qu’une lourde machine administrative, bonne à protéger les agresseurs, à accabler les démocraties, et à offrir aux pires tyrannies du globe une tribune et une légitimité qu’elles n’auraient jamais dû obtenir.

Arié, cette dérive est particulièrement visible dans la guerre à Gaza…

Il y a une phrase qui dit tout. En août dernier, Catherine Russell, directrice de l’UNICEF, a été interrogée sur la fiabilité des chiffres qu’elle publiait sur Gaza. Sa réponse ? Qu’il était « obscène » de débattre de méthodologie plutôt que de s’indigner des morts.

En clair : « Fichez-moi la paix avec la vérité, l’important c’est l’émotion ». Voilà où nous en sommes. Une institution internationale où vérifier les faits est devenu un obstacle moral à l’indignation. Et depuis le début de la guerre à Gaza, ce processus de blanchiment de la propagande du Hamas, en place depuis des années, n’a jamais été aussi clair :

Une agence onusienne, comme l’OCHA par exemple, relaie des données provenant du ministère de la Santé de Gaza – sans jamais préciser qu’il est contrôlé par le Hamas. Ces données sont ensuite reprises dans d’autres documents officiels de l’ONU, qui ne citent plus que l’agence initiale comme source, effaçant toute trace de l’origine. Enfin, les médias, les gouvernements et les diplomates du monde entier diffusent ces chiffres en les attribuant à l’ONU, créant l’illusion qu’ils émanent d’une source neutre et vérifiée.

La propagande est blanchie. Et elle devient une vérité universelle.

Arié, cette compromission morale dépasse largement le dossier gazaoui…

C’est global, et c’est précisément ce qui rend la situation aussi dramatique.

Le dernier rapport d’UN Watch publié le 26 mai jette une lumière crue sur la corruption généralisée qui règne au sein de l’ONU, et notamment au sein de son Conseil des droits de l’homme.

On y découvre un schéma systématique de biais idéologique, de conflits d’intérêts financiers, et de comportements qui mettraient fin à n’importe quelle carrière dans n’importe quelle autre institution, mais que l’ONU tolère sans broncher.

Leur enquête révèle que de prétendus « experts indépendants » et rapporteurs spéciaux ont totalement abandonné leur impartialité. Pire encore, elle démontre que certains de ces hauts mandataires ont accepté des millions de dollars de financements opaques de la part de dictatures et de régimes autoritaires – notamment la Chine, la Russie et le Qatar. En échange, ces agents onusiens ferment les yeux sur les exactions de ces régimes, tout en ciblant de manière obsessionnelle et disproportionnée les démocraties occidentales.

Tout ceci n’a plus rien de marginal. C’est l’institution tout entière qui est compromise. Des régimes autoritaires ont compris que le multilatéralisme et le droit international pouvaient être retournés comme une arme contre ceux qui les ont construits – et ils le font méthodiquement, depuis des années, sous nos yeux, avec notre argent.

Arié, que devraient faire les démocraties face à cela ?

Déjà, désacraliser l’ONU. Cesser de la traiter comme une institution intouchable. L’ONU n’est plus neutre. C’est devenu un champ de bataille idéologique où la majorité des États membres utilisent les institutions pour attaquer les démocraties et blanchir leurs propres violations.

Ensuite, utiliser le levier financier. Les 38 pays de l’OCDE financent 80 % de l’ensemble du système des Nations Unies. Il est légitime de conditionner ces contributions à des standards stricts de transparence et d’objectivité – et de geler les budgets des agences qui trahissent leur mandat, à commencer par l’UNRWA.

Enfin, il faut oser inventer la suite. Réformer l’ONU de l’intérieur est une illusion, les démocraties y sont minoritaires. L’avenir appartient désormais à de nouvelles coalitions de confiance entre nations libres, capables de coopérer sur les plans humain et juridique, à l’abri du chantage des dictatures.

La belle promesse de 1945 est morte. Elle a été liquidée par ceux-là mêmes qui squattent aujourd’hui ses tribunes. Les démocraties n’ont pas besoin de détruire l’ONU. Elles doivent simplement cesser de se laisser paralyser par la révérence qu’elles lui vouent encore, et aller construire l’avenir ailleurs.