Le cirque des flottilles pour Gaza

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Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez revenir sur les flottilles pour Gaza qui se multiplient…

Bonjour Eleonore,

Des militants qui dansent, le poing levé et le sourire aux lèvres, comme s’ils partaient en vacances. Des selfies héroïques face au grand large, des stories Instagram léchées, des filtres et des bandes-son soigneusement choisies… On rit, on trinque, on se met en scène.

La croisière s’amuse, Eleonore.

Ces gens ne naviguent pas vers Gaza ; ils naviguent vers leur propre glorification. La cause palestinienne n’est ici qu’un prétexte, une toile de fond commode pour donner à leur escapade maritime le vernis de l’engagement historique. Ce sont des touristes de la rébellion, des révolutionnaires de salon qui, dans quinze jours, retrouveront le confort de leurs beaux appartements, tout en racontant au monde à quel point leur petit périple a été « difficile », mais combien ils ont été braves.

Mais c’est là que réside toute l’imposture. Car face à Israël, ils savent qu’ils ne risquent rien. Ils ne tenteraient jamais de forcer le blocus d’un port houthi au Yémen. Ils ne s’enchaîneraient pas à un cargo en route pour la Corée du Nord. Ils n’organiseraient aucune flottille festive vers l’Iran en soutien aux civils qui y sont massacrés. Pourquoi ? Parce que là-bas, les conséquences seraient réelles et tragiques. Leur courage performatif s’arrête exactement là où commence le véritable danger.

Arié, derrière la mise en scène, ces flottilles ont aussi un but politique…

Oui, et c’est précisément ce qui rend tout ce cirque dangereux.

Cette imposture narcissique serait presque anodine si elle ne concernait que des adultes en mal de sensations fortes. Mais ces expéditions s’inscrivent dans une stratégie de diabolisation et de délégitimation d’Israël parfaitement huilée, dont bon nombre sont financées et pilotées par des organisations islamistes en Europe, voire par des individus directement liés au Hamas.

Aujourd’hui, le scénario est bien rodé. On affrète un navire avec une cargaison symbolique, trop dérisoire pour changer la donne humanitaire, mais idéale pour servir de prétexte. On embarque quelques figures médiatiques pour garantir la couverture presse. On provoque l’interception, on filme, on habille la séquence d’une musique dramatique, et on diffuse. Face à cela, la marine israélienne ne se laisse pas faire, comme le ferait n’importe quelle force souveraine pour faire respecter son blocus militaire. Mais même en le faisant avec retenue et sans jamais faire de victimes, cela n’empêche pas cette meute haineuse de grimer Israël en État barbare alors qu’il est dans son bon droit.

Car voilà le véritable objectif. Il n’a jamais été question d’humanitaire. Gaza dispose de points d’accès terrestres par lesquels transitent d’importants convois d’aide depuis plus de deux ans. Ce mauvais spectacle n’est qu’une opération de propagande orchestrée par des militants dont le mépris abyssal pour les Gazaouis – dont ils instrumentalisent la souffrance – n’a d’égal que leur haine d’Israël.

L’indignation sélective a sa géographie bien précise. Et toutes ses routes convergent vers le seul État juif du monde.

Arié, à quel point ces flottilles représentent-elles une menace réelle pour Israël ?

Si les flottilles peuvent faire rire par leur ridicule, ce qu’elles révèlent ne l’est pas. Parce qu’elles participent à une dynamique mortifère que le peuple Juif n’a que trop bien connue à travers l’Histoire.

Cela commence toujours par des mots, des mensonges répétés jusqu’à devenir des évidences. Par une rhétorique qui, progressivement, installe dans les esprits l’idée que les Juifs – et aujourd’hui leur État – sont la source de tous les malheurs du monde. La mécanique est identique à celle du siècle dernier, et l’on sait comment cela s’est terminé.

Aujourd’hui, cette rhétorique a retrouvé droit de cité. Des rues de Paris aux bancs de l’Assemblée nationale, elle se retrouve même chez un Premier ministre et un ministre des Affaires étrangères qui, toute honte bue, veulent sanctionner une démocratie alliée, car elle refuse de se faire dicter sa loi par des militants qui se croient tout permis.

Quand la haine d’Israël s’installe au sommet des États, elle se normalise et finit par rendre possibles, légitimes et applaudies des flottilles dont le seul véritable objectif est de dénier à l’État juif le droit d’exister et de se défendre.

C’est cette banalisation qui est mortifère. Non pas les bateaux eux-mêmes – Israël saura les gérer –, mais le terreau moral et politique toxique qui les produit, et que personne dans notre société, notre classe dirigeante n’ose plus affronter.

Face à ce basculement, les candidats à l’élection présidentielle de 2027 portent désormais une responsabilité historique. Il leur faudra affirmer haut et fort que la France ne sera pas, une seconde fois, la nation qui a regardé les Juifs être livrés à la vindicte populaire sans élever la voix. Israël ne sera pas le bouc émissaire de nos échecs, le Juif des nations. Et ceux qui s’y emploient devront en répondre devant l’Histoire.