Dans plus de 31 000 communes — soit près de 90 % des municipalités — le scrutin a été plié dès l’ouverture des enveloppes au 1er tour, souvent faute de concurrence ou par la reconduction immédiate de maires sortants (la plupart sans étiquette dans les villages et communes rurales). Ce dénouement précoce signifie que sur les 48,7 millions d’électeurs inscrits, environ 32 millions n’avaient plus à se rendre aux urnes pour le second tour, leur conseil municipal étant déjà au complet. Le 22 mars ne concernait donc qu’un « archipel » de 1 580 communes en ballottage, mais c’est précisément dans ce périmètre restreint, où se concentrent les plus grandes métropoles et les enjeux de pouvoir les plus inflammables, que les stratégies d’alliances les plus opportunistes ont vu le jour.
1.Les chiffres saillants du second tour et l’évolution par rapport à 2020
Sur environ 9,8 millions de suffrages exprimés au second tour, soit 57.7% de participation :
- Les Républicains et Divers Droite (LR/DVD) : 2,8 millions de voix (env. 28,5 %).
La droite classique reste la première force territoriale. Elle domine le scrutin en volume grâce à son hégémonie dans les villes moyennes et les préfectures de province. La droite et ses alliés au centre et divers détient désormais 56% des mairies au total, record qui s’explique par la réélection quasi systématique des maires sortants dans les petites strates. Pour les communes de plus de 3500 habitants, la droite passe de 395 à 482 communes. La droite administre à l’échelle municipale l’équivalent de 18 millions d’habitants.
- Divers Gauche et Parti Socialiste (DVG/PS/Écologistes) : 1 750 000 voix
(env. 17,8 %). Le PS survit grâce à ses maires sortants, mais son score national est dopé par des figures comme Emmanuel Grégoire à Paris et Benoit Payan à Marseille. Les écologistes conservent Lyon avec l’appui de LFI. Le maire sortant socialiste de Lille est réélu. Néanmoins, elle perd dans des villes plus moyennes au profit de la droite, comme à Limoges, Brest, ou Poitiers.
Pour les communes de plus de 3500 habitants, la gauche passe de 358 à 312 communes. La gauche administre à l’échelle municipale l’équivalent de 16,7 millions d’habitants. Elle est seule force politique à avoir un solde négatif dans les villes de cette taille.
- Rassemblement national & UDR (Union des Droites) : 1 150 000 voix (env. 11,7 %). C’est une percée majeure. La victoire à Nice du fait des circonstances locales particulières (victoire d’Éric Ciotti, très implanté localement) et les victoires dans le Sud et le Nord font exploser leur compteur habituel pour des municipales. Le RN, seul, gagne 61 villes de France. Il en avait 14 en 2020 et les a toutes conservées. 1,6 million d’habitants sont désormais sous l’administration municipale du RN et de ses alliés.
- Renaissance, Modem et Horizons (Bloc central) : 1 350 000 voix (env. 13,8 %). Le parti présidentiel reste à la traîne, sauvé seulement par des alliances locales ou des victoires isolées importantes (Bordeaux, Annecy, Versailles), mais commence à s’ancrer dans des mairies de villes moyennes. Le bloc central augmente son solde dans les villes de plus de 3500 habitants, de 114 à 156 communes, soit l’équivalent de 7,2 millions d’habitants.
- La France Insoumise (LFI seule) : 650 000 voix (env. 6,7 %). Ce chiffre semble bas car LFI est souvent diluée dans des listes d’union. LFI revendique 3200 conseillers municipaux sur l’ensemble du territoire national, soit 1500 de plus qu’en 2020. Plus de 60% de ces conseillers siègent dans des communes de plus de 30 000 habitants. LFI, seul, gagne 25 villes, dont Roubaix, Saint-Denis, Sarcelles et Venissieux, contre 4 en 2020. Près de 600 000 habitants vivent dans ces 25 villes.
- Environ 82% des maires sortants candidats sont réélus, tendance moins marquée dans les villes de plus de 100 000 habitants où 8 maires sur 12 conservent leur camp.


2.Répartition des villes : Les grandes métropoles pour la gauche socialiste et écologiste, les villes moyennes pour la droite, les villes périphériques pour le RN et la percée de LFI dans les banlieues et les conseils municipaux des métropoles.
Le paysage municipal traduit l’archipellisation territoriale de la société française et une sociologie électorale marquée :
- La Gauche conserve l’essentiel de ses métropoles malgré des échecs : Emmanuel Grégoire, ancien Premier adjoint de la maire sortante Anne Hidalgo (PS) conserve Paris en rose avec 50,5 % des voix ; Benoît Payan (DVG) triomphe à Marseille avec 55 % face au RN. Grégory Doucet (Écolos) sauve Lyon (50 ,6 %) au prix d’une fusion technique contestée avec LFI, tout comme la maire sortante de Nantes et la candidate écologiste de Grenoble.
La candidate PS alliée au centre durant l’entre-deux-tours, Catherine Trautmann, récupère la ville de Strasbourg contre la maire sortante écologiste alliée à LFI. Les écologistes, sensation de l’élection 2020 dans les grandes villes, perdent également Bordeaux mais conservent donc Lyon et Grenoble.
- La droite consolide son ancrage local dans les villes moyennes et chefs-lieux : elle récupère Metz, Clermont-Ferrand ou Nancy. Elle conserve Troyes, Angers, Limoges, Cannes, Toulon, ses bastions dans les Hauts-de-Seine ou le Val-de-Marne… Elle maintient son emprise sur 395 grandes communes, et dirige 141 mairies sur les 263 villes de plus de 30 000 habitants. Elle conserve Toulouse, seule grande métropole sous son fief, dans des circonstances de second tour très politiques, par l’effet d’une mobilisation d’ampleur contre LFI.
- Le Centre prend Bordeaux et Annecy : la grande victoire de Renaissance concerne la ville de Bordeaux où Thomas Cazenave inflige une défaite à l’écologiste Pierre Hurmic avec 50,95 %. Edouard Philippe, soutenu par la droite, conserve sa mairie du Havre, tout comme Gérald Darmanin à Tourcoing. Le centre progresse dans certaines villes où Emmanuel Macron et ses députés réalisent de bons scores, mais reste une force locale de second plan, la plupart du temps alignée à la droite locale et à son ancrage.
- Le RN et ses alliés conquièrent Nice, exception parmi les grandes villes, et s’ancrent dans la France périphérique : Éric Ciotti, sous les couleurs de l’UDR alliée au Rassemblement National, fait tomber Christian Estrosi. C’est la première fois qu’une métropole de cette taille bascule dans l’escarcelle d’une alliance incluant le RN ou ses alliés.Après avoir conservé Perpignan au premier tour, le RN conquiert Carcassonne et Menton, ainsi que des petites villes périphériques comme Vierzon, Montargis ou Amilly. Dans les communes sédimentées, loin des centres métropolitains, le RN s’implante, confirmant son statut de parti des « bourgs » tout autant que sa force électorale dans le sud de la France. Il entre assez massivement au Conseil de Marseille.
Hormis Marseille, le RN et ses alliés restent néanmoins en échec dans les grandes métropoles où ils sont sous-représentés, (1,5% à Paris, 9% à Lille, 7% à Lyon). Le parti connaît un échec retentissant dans des villes comme Toulon ou Nîmes où il avait investi des candidats de premier plan, fragilisé par le maintien de la droite au second tour, notamment à Nîmes (victoire communiste en triangulaire).
- LFI : entre victoires seul en banlieue, échec relatif des alliances techniques et intégration des conseils municipaux des métropoles : LFI et ses alliés (candidats DVG de banlieues soutenus par le parti) conquiert 25 villes françaises alors qu’elle n’en avait que quatre après les élections 2020 : dont deux finalement perdues en 2026.Lorsque la gauche s’allie avec LFI au second tour, elle perd l’essentiel des villes : Toulouse, Brest, Strasbourg, Limoges, Avignon ou Tours, mais conserve, au sein d’une fusion dite technique, les villes de Nantes, Lyon et Grenoble où LFI intègre les majorités municipales.
Seul, LFI s’impose nettement à Roubaix ainsi que dans les banlieues des métropoles, dont Saint-Denis, La Courneuve, Sarcelles ou Le Blanc-Mesnil, où la sociologie électorale est marquée par une très forte abstention (62,5% à Roubaix, 58% à Saint-Denis). L’approche ethno-représentative adoptée par LFI dans ces banlieues, actant la fin du « porte-parolat » que Rima Hassan appelait de ses vœux, a fonctionné avec des élections très nettes bien que peu représentatives sur le plan purement électoral (très fortes abstentions).

3.Des stratégies électorales opportunistes d’entre-deux-tours qui varient selon les circonstances locales particulières
Le second tour des municipales de 2026 restera comme le laboratoire d’un opportunisme électoral asymétrique. La gauche, fragmentée au premier tour, a opéré des choix de fusion avec La France Insoumise (LFI) dans la plupart de ses bastions métropolitains, dictés non par une cohérence idéologique nationale, mais par une arithmétique de survie locale.
1. L’alliance par nécessité : Une stratégie de « supplétif », LFI en appui à la gauche
Dans plusieurs métropoles, la gauche dite municipale (PS/EELV) a intégré LFI comme force d’appoint pour sécuriser une victoire ou compenser une érosion du bloc central. Cette stratégie a été payante là où LFI a accepté une position de partenaire minoritaire derrière une figure social-démocrate ou écologiste installée :
- Nantes : Johanna Rolland (PS) a scellé l’union pour s’assurer une majorité confortable, neutralisant la concurrence sur sa gauche.
- Lyon : Grégory Doucet (EELV) a utilisé l’apport des voix LFI pour compenser la poussée du bloc de droite et du centre, l’emportant d’une courte tête (50,6 %).
- Grenoble : La continuité de l’axe écologiste-insoumis a permis de sanctuariser la ville malgré une usure du pouvoir. Laurence Ruffin (Écologistes) est réélue.
À l’inverse, à Paris (Emmanuel Grégoire) et Marseille (Benoît Payan), la puissance des maires sortants, la configuration sociologie électorale, les stratégies de campagne (communautariste pour le maire de Marseille) et la dynamique propre de leurs listes (intégration dans la liste de gauche à Paris de certains transfuges de la France insoumise) leur ont permis de se passer d’une alliance formelle ou contraignante avec LFI, préservant ainsi leur image de « gauche de responsabilité » auprès des classes moyennes. Même cas à Rennes ou à Lille, où les socialistes étaient en ballotage direct avec les Insoumis au second tour dans des triangulaires, et se sont facilement imposés.
2. L’effet « Épouvantail » : Quand l’alliance s’avère perdante
La stratégie d’union a produit un effet inverse là où elle a été perçue comme un basculement vers la radicalité et la compromission. L’intégration de LFI (et parfois du NPA) a agi comme un catalyseur pour l’électorat modéré, provoquant un réflexe de défense républicaine au profit de la droite :
- Limoges, Brest et Strasbourg : Dans ces bastions, l’alliance a cristallisé une opposition frontale, permettant à la droite, au centre, voire à la gauche républicaine (Catherine Trautmann à Strasbourg) de l’emporter en captant les déçus du socialisme municipal et l’électorat de gauche social-démocrate.
- Toulouse : Le cas le plus emblématique. Malgré un score historique en volume pour la liste de gauche unifiée, la fusion a créé un plafond de verre infranchissable.
3. Cas pratique : Le « Modèle Toulousain » ou le front anti-LFI
Toulouse constitue une anomalie politique majeure : quatrième ville de France, traditionnellement ancrée à gauche lors des scrutins nationaux, elle demeure la seule des vingt plus grandes agglomérations (hors le cas particulier de Nice-UDR) dirigée par la droite traditionnelle (LR).
La mécanique de l’explosion du vote Moudenc : Le second tour a été marqué par une mobilisation exceptionnelle dite « de protection ». Face à la liste de François Piquemal (LFI-PS-NPA), Jean-Luc Moudenc a opéré une spectaculaire remontée :
- Explosion du volume : Passant de 58 500 voix au premier tour à 92 152 voix au second, Moudenc a largement augmenté son capital, sans disposer pourtant d’une réserve électorale importante (faiblesse du RN à Toulouse, pas de candidat macroniste).
- Le report des « Orphelins » : Il a capté la quasi-totalité des voix du bloc central et, fait crucial, une part significative des électeurs socialistes modérés horrifiés par la perspective d’une mairie sous influence insoumise et anticapitaliste, dans une ville où l’innovation et l’industrie comptent, tout autant que la mémoire face à l’islamisme
- Le Paradoxe des Chiffres : Si la gauche unie réalise 47 % (un niveau jamais atteint pour une liste incluant LFI à Toulouse), elle échoue car elle a provoqué, par sa composition, la réunion de toutes les autres forces politiques contre elle.
4. Quelles leçons pour 2027 ?
Les municipales de 2026 ont servi de répétition générale : la politique n’est pas tant une affaire de principes, mais une activité sociale de la conquête du pouvoir, définie par sa nature conflictuelle (Julian Freund). Si le second tour de la présidentielle semble promis au Rassemblement national, l’identité de son adversaire et les alliances qui en découleront redéfinissent l’avenir de la France.
D’autant plus que le seuil de qualification pour le second tour risque d’être très faible en 2027, à l’instar de 2002 (entre 13 et 20%), ouvrant un panel de possibilités importantes pour la victoire finale.
De plus, le candidat arrivé deuxième affrontera un Rassemblement national déjà battu trois fois dans cette configuration « de mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours » qu’est l’élection présidentielle. Avec seulement deux candidats qualifiés au second tour (pas de triangulaire possible), le RN devra, pour l’emporter, réunir plus de 50% des voix au second tour, ce qu’il n’a jamais réussi à l’échelle nationale.
Rappelons par ailleurs que ce mode de scrutin avait, dès 1962 et l’instauration de l’élection présidentielle au suffrage universel, pour objectif de marginaliser les partis dits tribuniciens (PCF à l’époque). Qualifié au second tour, le RN a jusque-là toujours été assez largement battu, en 2002, 2017 et 2022, suscitant un vote de rejet plus ou moins massif.
Néanmoins, la base du RN (35% crédités dans tous les derniers sondages) n’a jamais été aussi importante. Relativement dédiabolisé, il reste l’un des principaux favoris de l’élection 2027, d’autant plus dans une configuration de duel face à Jean-Luc Mélenchon, épouvantail rejeté par les Français (12% d’opinions positives, ELABE), voire même face à la gauche socialiste.
1. La Gauche : L’Union quoi qu’il en coûte
Le scrutin municipal a validé un axiome : la gauche se rangera derrière le plus fort, quel qu’il soit. Les fusions « scélérates » de l’entre-deux-tours (Lyon, Toulouse, Nantes) prouvent que l’étiquette LFI n’est pas et n’a jamais été un obstacle rédhibitoire pour le PS ou les Écologistes, dès lors que le pouvoir est à portée de main. Derrière la comédie « anti-LFI », l’adversaire de la gauche reste, de façon tautologique, la droite, le libéralisme économique et la politique régalienne d’autorité, notamment en matière d’immigration. À l’opposition de façade contre LFI se substitue une autre comédie, celle de « l’antifascisme », pour justifier l’unité de la gauche au second tour, comme on l’a vu à Toulouse ou ailleurs face à des candidats de droite.
- Le facteur Mélenchon : Malgré sa diabolisation, y compris par les socialistes, Jean-Luc Mélenchon reste le moteur électoral de la gauche. Ses scores de 2017 et 2022, couplés aux nouveaux exécutifs locaux conquis par LFI (Roubaix, Saint-Denis, etc..) et aux contingents de conseillers municipaux élus en 2026, lui offrent une machine de guerre militante inégalée qu’il n’hésitera pas à mobiliser par une stratégie communautariste, celle de la « Nouvelle France ». Celle-ci se veut faire la jonction de classes éduquées et diplômées des métropoles ou autres étudiants, animées par le ressentiment social (voir étude de l’économiste Yann Algan), et des populations de banlieues issues de l’immigration afro-arabo-musulmane, que LFI tente par-dessus tout d’attirer par sur les thèmes du palestinisme, de l’islamisme et de l’anti-impérialisme.
- La Variable de la question juive : La question de la haine des Juifs et du rapport à Israël, bien que brûlante à Toulouse ou Paris, risque de devenir une variable d’ajustement de la gauche classique. Même un candidat comme Raphaël Glucksmann, s’il veut transformer ses sondages en qualification pour le second tour, pourrait être contraint au silence ou au compromis face à l’hégémonie insoumise dans les quartiers populaires, sacrifiant la clarté morale sur l’autel de l’unité.
Au second tour, face à l’ennemi historique du RN, qui est le véritable adversaire de la gauche, chacun se rangera naturellement derrière le candidat de gauche qualifié au second tour.
2. Le Duel LFI / RN : Le scénario de la rupture des cordons sanitaires.
Si aucune ville n’a offert un duel pur LFI / RN en 2026, la présidentielle pourrait l’imposer. Dans cette configuration :
- La gauche ferait bloc derrière Mélenchon par « réflexe antifasciste ».
- La droite classique (LR) se retrouverait face à un dilemme existentiel : le Pacte de Gouvernement avec le RN, qu’il soit tacite, avant ou après le second tour en cas de victoire du parti de Jordan Bardella. À Nice, Éric Ciotti a montré que ce verrou a sauté, soutenu parfois à demi-mot par François-Xavier Bellamy, David Lisnard ou Bruno Retailleau qui ont établi une équidistance entre sa candidature et celle du candidat Horizons, Christian Estrosi, pourtant officiellement soutenu par le parti LR.
En cas de duel LFI/RN, il semble ainsi acquis qu’une partie majeure de la droite choisira la préférence nationale à la « révolution » insoumise, même à la gauche socialiste, actant la fin du cordon sanitaire.
3. La Droite et le Centre : La stratégie du recours
La division entre les héritiers du macronisme (Édouard Philippe) et la droite républicaine (LR) au premier tour est une quasi-certitude.
La stratégie de second tour dépendra de l’ordre d’arrivée :
- Configuration Philippe / RN : C’est le scénario de la continuité, aujourd’hui l’un des plus probables dans les sondages, assis par la victoire finalement assez confortable du maire sortant du Havre.La droite LR, par peur du chaos, s’entendra probablement avec Édouard Philippe pour un pacte de gouvernement qui lui assurera des postes de gouvernement et une majorité à l’Assemblée nationale après dissolution.
Le « modèle Moudenc » à Toulouse (union du centre et de la droite contre la gauche radicale) deviendrait alors la matrice nationale, avec le RN en rôle d’épouvantail et l’électorat de gauche et de droite en force de bascule. Cette stratégie pourrait néanmoins se heurter à l’anti-macronisme qui règne dans le pays, après deux mandats et une usure que Philippe, ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron et un des principaux artisans de la crise des Gilets jaunes, incarne.
- L’élimination du Centre : Si le bloc central et de droite échoue à se qualifier du fait de sa division (candidature de Gabriel Attal ?), la droite LR devra choisir entre se dissoudre dans l’alliance UDR-RN ou tenter une survie autonome qui semble, au vu des chiffres de 2022 et de 2024, de plus en plus illusoire. La dernière chance de la droite réside ainsi dans la qualification autonome de Bruno Retailleau au second tour, qui passera par le nécessaire siphonnage des voix du RN au premier tour.
Ce siphonnage pourrait être le résultat d’une campagne droitière sous le modèle de Nicolas Sarkozy en 2007, bien que le rapport de force a priori entre la droite et ladite extrême-droite soit extrêmement différent du contexte de l’époque. D’autant que les candidatures de David Lisnard et d’Eric Zemmour, quasi actées, ont globalement pour effet de diviser l’électorat conservateur-bourgeois qui constitue le socle de LR, relayé à moins de 5% lors de la dernière présidentielle.
4. Le pivot : Une candidature unique allant du Centre à la Droite
Pour éviter l’effritement de l’électorat modéré, l’hypothèse d’une candidature unique de la droite et du centre s’impose comme un ultime rempart : c’est le souhait porté par Laurent Wauquiez et David Lisnard, celui d’une primaire « allant de Gabriel Attal à Sarah Knafo ».
Dans ce scénario, les Républicains (LR), les composantes du centre (Horizons, MoDem), voire Reconquête actent une alliance de raison dès le premier tour autour du candidat choisi lors de la primaire ouverte. Ce dernier dispose alors d’une chance majeure de se qualifier au second tour puis de gagner l’élection.
Néanmoins, de nombreux obstacles viennent heurter ce scénario : celui de la trop grande amplitude de candidats, qui refuseront de se ranger en bloc sur le candidat choisi à l’issue de la primaire. Une primaire nécessite par nature une forme de consentement et un socle commun de valeurs politiques, ce qui n’existe assurément pas entre l’ensemble des candidats proposés.
Le risque d’une telle manœuvre serait le déversement d’une partie de l’électorat « battu » durant la primaire vers le candidat « aux pôles » (Glucksmann du côté centriste (exemple à Paris avec une partie importante de l’électorat de Bournazel déversé sur Grégoire), Bardella du côté le plus droitier).
Enfin, le principe de réalité appelle la lucidité : ni Edouard Philippe, ni Bruno Retailleau ne s’accordent sur une primaire pour désigner un candidat unique de la droite et du centre. Ils ont d’ores-et-déjà annoncé et réaffirmé leur candidature, tout comme Éric Zemmour, figure d’épouvantail siphonnant des voix de l’électorat de droite, et David Lisnard.
L’exemple parisien : Le spectre de la division
Cette stratégie d’union est désormais dictée par la peur d’un « syndrome parisien ». À Paris, les échecs passés de la droite et du centre illustrent parfaitement ce risque : la multiplication des listes (souvent nées de rivalités personnelles entre figures de proue) a historiquement conduit à une dispersion des voix, offrant la victoire sur un plateau à la gauche.
La pseudo union de fortune d’entre-deux-tours à Paris, résultat de la fusion des listes de Bournazel et de Dati (à laquelle le candidat d’Edouard Philippe ne faisait finalement plus partie), et du retrait de celle de Knafo, n’a pas permis à Rachida Dati de rattraper son retard du premier tour. Partir divisé ne se rattraperait donc pas, bien que l’élection présidentielle revêt des rapports de force électoraux bien différents que ceux de Paris, capitale où la gauche est électoralement sur-représentée par rapport au reste du pays.
