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Soupçons de corruption et de faveurs sexuelles contre Effi Naveh, l’avocat le plus influent d’Israël (Piotr Smolar – Le Monde)

Des allégations de faveurs sexuelles, accordées au président de l’Association du barreau israélien, Effi Naveh, dans l’espoir d’une promotion, provoquent une tornade dans la magistrature.

Les répliques politiques des révélations seront mesurables dans les jours prochains. Mercredi 16 janvier, la police a procédé à l’arrestation d’Effi Naveh, l’avocat le plus influent d’Israël. A la tête de l’Association du barreau depuis quatre ans, il est soupçonné d’abus de confiance et de corruption. Effi Naveh aurait accepté de favoriser la promotion d’une juge en échange de relations sexuelles, un schéma répété avec l’épouse d’un autre juge, qui n’a, lui, pas été promu par la suite.

Au sein de l’association, Effi Naveh est membre permanent du comité judiciaire en charge de toutes les promotions et nominations dans la magistrature. C’est un allié notoire, en son sein, de sa présidente, la ministre de la justice, Ayelet Shaked, figure montante de la droite nationaliste religieuse.

Selon la presse israélienne, le procureur général, Avichaï Mandelblit, s’est récusé pendant l’enquête, en raison de ses relations amicales avec le principal suspect, qui devait être présenté devant un tribunal de Tel Aviv en début de soirée. Les investigations se trouvent donc sous la supervision du procureur d’Etat, Shai Nitzan. Confiées à l’unité Lahav 433, elles ont débuté il y a deux semaines et demeurent placées sous un « gag order » (« obligation de silence »), une décision judiciaire limitant drastiquement les révélations. Les journalistes israéliens ont donc été condamnés pendant la journée de mercredi à des contorsions artificielles, à base de suggestions, alors que le nom du principal suspect apparaissait sur Twitter et sur des sites à l’étranger.

Influencer les nominations

Une perquisition a eu lieu mercredi matin dans les locaux de l’Association du barreau israélien. Son président, Effi Naveh, s’est mis en retrait devant le scandale. Il a déjà défrayé la chronique ces dernières semaines, inculpé pour avoir tenté de faire passer illégalement, par le portail automatique de l’aéroport Ben-Gourion, une femme qui l’accompagnait au cours d’un voyage à l’étranger, en octobre 2018. Il a expliqué par la suite qu’il se trouvait en pleine procédure de divorce et voulait cacher à son épouse, et à d’éventuels détectives privés, la présence de cette femme à ses côtés.

Effi Naveh a été élu à la tête de l’Association en juin 2015. Il s’agit de l’une des plus influentes organisations professionnelles en Israël, regroupant près de 60 000 avocats et jouant un rôle-clé dans la magistrature par sa présence au sein du Comité judiciaire qui fait ou empêche les carrières.

Le comité est composé de neuf membres, dont deux députés, un autre ministre à part Ayelet Shaked, deux représentants de l’ordre des avocats et trois juges de la Cour suprême. C’est grâce à l’alliance tactique conclue avec le barreau que la ministre de la justice a pu mener à bien son grand projet de renouvellement de la magistrature, pour imprimer une ligne plus conservatrice. A la Cour suprême, elle a pu imposer ses choix pour six nouveaux juges sur quinze, dont les sièges étaient vacants.

Le scandale agite la classe politique

Plus généralement, Ayelet Shaked se félicite d’avoir nommé ou promu près de 330 juges et greffiers depuis son entrée en fonction en 2015. Représentante du parti nationaliste religieux Le Foyer juif, qu’elle a quitté début janvier avec son chef de file, Naftali Bennett, pour créer une nouvelle formation, elle a mené une offensive pour restreindre le champ d’intervention de la Cour suprême face aux pouvoirs exécutif et législatif. « C’est une journée difficile pour moi comme ministre de la justice et comme femme », a-t-elle reconnu mercredi, lors d’une conférence à Tel Aviv.

Ayelet Shaked, ainsi que le ministre des finances, Moshe Kahlon, et la présidente de la Cour suprême, Esther Hayut, qui siègent avec elle au Comité, devraient être entendus par les enquêteurs. Les investigations en cours risquent de susciter un débat sur la légitimité des nominations décidées ces dernières années. Les soupçons de faveur s’arrêtent-ils à des relations sexuelles ? Combien de promotions seraient concernées ? Qui avait entendu parler, au ministère, de possibles ententes illicites ?

En pleine campagne en vue des élections législatives du 9 avril, ces questions ne manqueront pas d’agiter la classe politique. La nouvelle chef de file de l’opposition parlementaire, Shelly Yachimovich, a ouvert les hostilités, en déclarant que le comité travaillait « dans la terreur et la corruption, sous la direction destructrice de la ministre de la justice ». Dénonçant un « scandale d’un niveau sans précédent », la députée travailliste Stav Shaffir a indiqué les deux seules options se présentant, selon elle, à la ministre de la justice : « Dire toute la vérité ou démissionner. »