Le rapprochement inattendu de la Grande-Bretagne et Israël

Dimanche 15 janvier, la Grande-Bretagne, qui avait un statut de simple observateur et qui n’était représentée que par une délégation de faible rang protocolaire, a refusé de signer la déclaration finale de la Conférence de Paris pour la paix au Proche-Orient, alors que la France avait poussé les ministres des affaires étrangères à adopter des conclusions évoquant l’unité de la communauté internationale en faveur d’une solution politique négociée en vue de la coexistence entre « deux Etats, Israël et la Palestine, vivant côte à côte, en paix et en sécurité ». Le ministre britannique Boris Johnson, appuyé par ses collègues hongrois, croate, bulgare et tchèque, n’a pas validé le texte. La haute représentante pour la politique étrangère, Federica Mogherini, a donc décidé de ne pas inscrire formellement ce point à l’ordre du jour.

Cette décision, qui semblait alors inattendue, marque un véritable rapprochement entre la Grande-Bretagne et Israël. Dans les faits, il ne s’agit pas de la première main tendue des Britanniques. Le soutien à Israël est répandu dans les rangs des conservateurs actuellement au pouvoir, contrairement aux critiques incessantes d’Israël émises par plusieurs poids-lourds de l’opposition travailliste, dirigée par Jeremy Corbyn. David Cameron a été l’un des amis les plus chaleureux d’Israël en Europe et a soutenu publiquement le pays à plusieurs reprises. Le 29 décembre 2015, la première ministre conservatrice Theresa May a pris ses distances de façon inédite avec le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, qui avait fortement critiqué dans un discours « la dérive de la droite israélienne » et le « développement de la colonisation ». « Nous ne pensons pas que se concentrer sur un seul sujet, en l’occurrence les colonies, soit le moyen de parvenir à la paix. Il est clair que le conflit entre les Israéliens et les Palestiniens est extrêmement complexe », a déclaré son porte-parole dans un communiqué. « Nous ne pensons pas non plus qu’il est juste de s’attaquer à un gouvernement qui a été élu démocratiquement », a-t-il ajouté.

Theresa May est largement perçue comme une amie d’Israël. Elle s’y est rendue pour la première fois en 2014 pour rencontrer notamment des experts israéliens en cyber-sécurité. Elle est également proche de la communauté juive anglaise. Dans une série de discours qu’elle avait donnée suite aux attentats terroristes de Paris l’année dernière, elle avait déclaré, de la même façon que l’ancien Premier ministre Manuel Valls : « je n’aurai jamais pu imaginer le peuple juif être trop effrayé pour rester en Grande-Bretagne ». Sans ses juifs, avait-elle dit, « la Grande-Bretagne ne serait plus la Grande-Bretagne. » Elle avait alors alloué 13,4 millions de livres sterling (15,86 millions d’euros) pour financer la sécurité de la communauté juive en mars 2016.

Le positionnement de la Grande-Bretagne vis-à-vis d’Israël s’inscrit également dans une volonté de resserrer les liens avec les Etats-Unis, son allié privilégié. La « relation particulière » revendiquée par Londres avec Washington constitue effectivement un atout dans le débat politique britannique, encore plus depuis le Brexit.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.