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Rachat de Mobileye par Intel : la puissance technologique israélienne à l’oeuvre

Le géant américain des puces électroniques Intel a décidé de se renforcer dans le secteur de la voiture autonome avec le rachat annoncé lundi 13 mars de Mobileye, société israélienne spécialisée dans les systèmes anticollisions, pour plus de 15 milliards de dollars. L’opération chiffrée approximativement à 15,3 milliards de dollars par Intel est présentée en Israël comme un record pour le rachat d’une société israélienne de haute technologie par un partenaire étranger. « Cet accord démontre de manière spectaculaire que notre vision est en train de se matérialiser », a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahou lors d’un appel de félicitations au directeur général de Mobileye Ziv Aviram. « Israël est en train de devenir un centre technologique mondial, non seulement dans le domaine de l’électronique, mais aussi de l’automobile », a-t-il ajouté.

En effet, en fort peu de temps, Israël s’est fait un nom en matière de progrès et d’innovation même si pendant longtemps, les ressources humaines israéliennes n’ont pas eu d’autre choix que de se consacrer à la défense de l’État. Le secteur florissant des hautes technologies a valu a Israël le surnom de « Silicon Wadi » grâce à la présence de nombreuses entreprises technologiques à proximité de pôles de R&D de renommée mondiale tels que l’Institut des sciences Weizmann à Rehovot, et le Technion- Institute of Technology – à Haïfa. Le pays a attiré des multinationales  comme Intel[1], IBM, Microsoft et Motorola qui gèrent des centres d’ingénierie importants et détient la plus forte concentration d’entreprises de haute technologie dans le monde, juste après les États-Unis.

Ce succès est le produit à la fois des circonstances particulières qui marquent l’histoire et la géographie d’Israël, et d’une politique de libéralisation qui a ouvert l’économie d’Israël au monde. En un quart de siècle, l’économie israélienne a connu de profondes mutations. Caractérisée à ses débuts par un État-providence qui a permis de bâtir les fondations du pays, intégrer les vagues successives d’immigrés, financer les lourdes dépenses militaires, elle s’est engagée dans un mouvement de libéralisation et de privatisations dans les années 1980 qui lui ont permis d’entrer dans la compétition mondiale. Au début des années 1990, l’essor des technologies de pointe devient un facteur d’intégration. L’arrivée de plus d’un million de ressortissants d’ex-URSS dont un grand nombre avait une formation d’ingénieur a été un formidable moteur de son expansion. Le programme Yozma, l’initiative gouvernementale, a permis d’injecter 100 millions de dollars au sein de 10 nouveaux fonds de capital risque, créés entre 1992 et 1997 et qui gèrent aujourd’hui près de 3 milliards de dollars.

L’État a multiplié les ponts entre les entreprises, les investisseurs privés et le monde universitaire et les scientifiques sont encouragés à devenir des entrepreneurs. 4,11% du PIB est investi dans la R&D[2].

Toutefois, rares sont les entreprises high-tech israéliennes qui se transforment en acteurs mondiaux[3]. Nombre d’entre elles préfèrent jouer la carte de la sécurité et plutôt que de croître pour devenir des multinationales, elles participent à des transactions de fusions et acquisitions bien plus tôt que leurs homologues européennes ou américaines. Faut-il en conclure pour autant qu’Israël a atteint ses limites ? Cela n’est pas certain. Le record de 4,5 milliards de dollars de capitaux levés par des start-up israéliennes en 2015 a été dépassé de près de 20% en 2016. Le domaine de la fintech compte à lui seul 400 start-up, un chiffre en constante augmentation.

Israël s’est érigé en leader de la high tech car il intègre un mélange de patriotisme, de motivation, de conscience de l’adversité, de curiosité et de Hutzpah (audace), qui prend ses racines dans l’histoire juive et israélienne. Actuellement confronté à de nombreux défis – dont celui de la fuite des cerveaux – le pays doit trouver les clés afin de pouvoir conserver l’originalité de son système et maintenir son avancée technologique.


[1] Intel a ouvert son premier centre de R&D en Israël en 1974 et y est très bien implanté. En avril 2014, le groupe a annoncé un investissement de 4,1 milliards d’euros pour moderniser son usine de microprocesseurs à Kiryat Gat, dans le sud d’Israël.

[2] Israël est le second centre de R&D du géant Apple après celui de Californie s’y trouve par exemple. C’est là que l’iPhone 8sera conçu.

[3] Teva, un des leaders mondiaux des génériques, est sans doute le mastodonte le plus connu

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.