Les projets israéliens d’annexion en Cisjordanie rapprochent le Hamas et le Fatah, au moins sur la forme (Louis Imbert – Le Monde)

Les deux formations ennemies, dont la rupture remonte à 2007, cherchent à se coordonner contre les ambitions territoriales de Benyamin Nétanyahou.

Les deux grands partis palestiniens, le Fatah et le Hamas, ont pris un rare engagement à « l’unité nationale », jeudi 2 juillet, face à la menace commune que représente le projet d’annexion israélien d’une partie de la Cisjordanie occupée. Si cette déclaration reste de pure forme, elle pose le principe d’une coordination des actions de terrain des deux mouvements, qui demeurent incapables de surmonter leurs divisions, depuis leur rupture, en 2007.

« Nous mettrons en place tous les mécanismes pour assurer l’unité nationale » contre le projet israélien, a affirmé le secrétaire général du Fatah, Jibril Rajoub, ancien cadre de sécurité, aux côtés de Saleh Al-Arouri, numéro deux de la branche politique du Hamas, qui s’exprimait en visioconférence de Beyrouth. Peu après, le chef du mouvement islamiste, Ismaïl Haniyeh, s’est félicité de cette « étape majeure (…), qui reflète un sens de la responsabilité nationale ».

La dernière rencontre de cet ordre remontait à janvier, lorsque le président, Mahmoud Abbas, avait réuni l’ensemble des factions afin qu’elles rejettent de concert le « plan Trump » pour le Proche-Orient, sur lequel s’appuie le projet d’annexion israélien. Depuis lors, cette manifestation d’unité avait paru demeurer sans suite.

Un haut responsable du Fatah assiste depuis Ramallah à une réunion avec le chef adjoint du Hamas (à l’écran de Beyrouth), le 2 juillet.

Cette nouvelle étape, négociée depuis plus d’une semaine, est un message adressé aux militants des deux partis à coopérer en Cisjordanie et à Gaza. Il s’agit d’y mener « des manifestations communes et pacifiques, sans drapeaux [des factions] », et de donner au Hamas une place dans les comités locaux de Cisjordanie, affirme Moustafa Barghouti, opposant démocrate à Ramallah, qui a facilité ce dialogue.

Un tel choix représenterait un changement de stratégie pour l’Autorité palestinienne, qui n’a eu de cesse depuis 2007 d’effacer, en bonne intelligence avec Israël, toute présence institutionnelle du Hamas hors de la bande de Gaza, dont il est maître. Ce choix approfondirait la rupture de la coopération sécuritaire avec l’Etat hébreu, dont M. Abbas a déjà annoncé la fin en mai, et qui s’est réduite sur le terrain.

Menace voilée

M. Rajoub a pris soin d’affirmer jeudi qu’il s’était entretenu avec M. Abbas avant sa prise de parole, et que des moyens « pacifiques » de résistance seraient bien privilégiés en cas d’annexion. Mais cette déclaration commune représentait aussi une menace voilée adressée à Israël. Dans un premier temps, Ramallah paraît ainsi utiliser le Hamas comme un moyen de pression sur ses partenaires étrangers et sur l’Etat hébreu.

Quant au Hamas, il entend profiter d’une ouverture, mais il se refuse à endosser au passage la stratégie purement diplomatique de M. Abbas, qu’il juge en fin de course. « C’est une tout autre histoire. Nous coopérons sur une plate-forme commune, mais cela ne veut pas dire que nous avons la même politique. Vous ne trouverez d’ailleurs rien dans les statuts du Fatah qui nie le droit des Palestiniens à la résistance armée », précise Bassem Naïm, cadre du mouvement à Gaza.

Les deux partis, incapables de mettre en œuvre un accord de réconciliation, avaient fini par ouvrir en 2019 des démarches préliminaires pour organiser de nouvelles élections (les premières depuis 2006). La menace du plan Trump puis le confinement dû à l’épidémie de Covid-19 ont porté le coup de grâce à ces efforts. Face à la menace d’annexion, M. Abbas a dénoncé en mai les accords existant avec Israël. Il signale son intention d’organiser une autosuffisance de l’Etat palestinien en devenir tout en risquant d’organiser sa faillite, en refusant le reversement de taxes dues par Israël (170 millions d’euros par mois). Ce sont là des réponses désordonnées et tardives, plus qu’un programme concret d’action.

Le Hamas quant à lui considérerait l’annexion comme « une déclaration de guerre », et a relancé des manifestations à Gaza, qui incluaient, mercredi 1er juillet, d’autres factions palestiniennes. Malgré des tirs limités de roquettes depuis l’enclave, le Hamas s’efforce depuis des mois de modérer les risques de confrontation avec Israël. Il a privilégié des négociations indirectes, espérant obtenir un accord de long terme pour alléger le blocus de l’enclave et y cimenter son pouvoir. Ces efforts ont paru s’épuiser faute de partenaire, tandis qu’Israël enchaînait trois élections législatives depuis avril 2019.