Plan de paix israélo-palestinien: la plupart des pays arabes affichent un silence gêné (Georges Malbrunot – Le Figaro)

Seuls les Émirats arabes unis l’approuvent, les autres pourront-ils s’y opposer?

Ni approbation, ni condamnation, mais plutôt un silence gêné. Les pays arabes attendaient mardi soir de connaître les détails du plan américain pour se prononcer. Mais pourront-ils aller au-delà de leurs réserves affichées ces derniers mois, voire même d’un mutisme dont pourrait se satisfaire Washington?

L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Jordanie et l’Égypte sont alliés des États-Unis, certains même tributaires de leur aide financière, et tous partagent l’hostilité d’Israël envers l’ennemi commun iranien, à l’origine d’un discret rapprochement avec l’État hébreu, ces dernières années.

«Avant de commenter le plan, j’aimerais en voir les détails. Notre position est claire: nous voulons une solution à deux États dont un État palestinien dans les frontières de 1967», confiait, quelques heures avant l’annonce de Donald Trump, le chef de la diplomatie saoudienne, Adel al-Jubeir, à une délégation d’hommes d’affaires français à Riyad. Si le plan Trump n’inscrit pas la création d’un État palestinien viable dans tous les territoires arabes perdus lors de la guerre de 1967, il ne l’exclut pas pour autant. L’énoncé de grands principes par Trump permet de maintenir les alliés arabes de Washington dans un certain attentisme. L’Arabie et les Émirats arabes unis étant, dans l’esprit américain, les principaux bailleurs de fonds de ce plan, leur réaction était particulièrement attendue.

Un appui saoudien marqué au plan Trump passerait mal parmi la population dont une bonne partie est conservatrice

Un expert du Golfe

Théoriquement, l’opposition saoudienne devrait se nourrir des insuffisances des propositions Trump sur Jérusalem. La Ville sainte est le troisième lieu le plus sacré de l’islam, après les villes saoudiennes de La Mecque et Médine. Comment le roi Salman, gardien des Lieux saints de l’islam, pourrait-il accepter l’idée de Trump de garder «Jérusalem capitale indivisible de l’État d’Israël?» C’est au nom de la préservation de la Jérusalem musulmane que le vieux monarque a, plusieurs fois, rappelé à l’ordre son fils, le prince héritier Mohammed Ben Salman, beaucoup plus enthousiaste à l’idée de se rapprocher d’Israël.

Pour n’offenser ni l’Arabie, ni la Jordanie, qui a une responsabilité sur la mosquée al-Aqsa de Jérusalem, Trump a pris soin de rappeler que l’accès au site sacré musulman serait préservé. Sera-ce suffisant pour lever les réticences arabes? «Un appui saoudien marqué au plan Trump passerait mal parmi la population dont une bonne partie est conservatrice», observe un expert du Golfe. Lundi, Riyad a démenti avoir donné son aval à l’accueil de citoyens israéliens, comme l’avait annoncé la veille un ministre israélien.

Ayant été les premiers du Golfe à avoir noué des relations secrètes avec Israël, les Émirats arabes unis – dont l’ambassadeur était présent à la cérémonie avec ceux de Bahreïn et d’Oman – ont été les seuls à saluer le plan Trump, «important point de départ» pour des négociations selon leur ambassadeur à Washington Youssef al-Otaïba dans un communiqué diffusé sur Twitter. Parce qu’ils sont les seuls à avoir signé la paix avec l’État hébreu, la Jordanie et l’Égypte sont dans des positions encore plus délicates.

Comme le diable se cache dans les détails, attendons de voir ce que cela veut dire

Un diplomate égyptien

«L’Égypte est prête à soutenir tout plan de paix, mais cela dépendra de la question de Jérusalem et du Sinaï», confiait récemment un diplomate égyptien. Il faisait allusion à une idée parfois évoquée qu’une partie du désert du Sinaï soit cédée à la bande de Gaza, tenue par les islamistes palestiniens du Hamas. «Si cette condition-là fait partie du plan ou si Jérusalem n’est pas reconnue comme la capitale de la Palestine, on ne soutiendra pas le plan de paix», ajoutait le diplomate égyptien. «Mais comme le diable se cache dans les détails, attendons de voir ce que cela veut dire», soupire maintenant ce diplomate égyptien. Le Caire accepterait-elle que la «capitale» d’une Palestine évoquée par Trump soit une banlieue de Jérusalem? Bref: au Caire aussi, l’option est entre le silence et l’expression de quelques critiques, même si l’Égypte bénéficie de l’aide américaine et si les relations entre Trump et le maréchal Sissi sont bonnes.

C’est en Jordanie que le malaise risque d’être le plus palpable. Au-delà des réserves sur Jérusalem et la viabilité d’un futur État palestinien mité par les colonies et réduit à 70 % environ de la Cisjordanie, Amman avait une autre raison de s’inquiéter: l’annexion israélienne de la vallée du Jourdain, que le plan américain avalise. Peu après l’annonce de Trump, Ayman Safadi, ministre jordanien des Affaires étrangères, a clairement mis en garde Israël contre «les conséquences dangereuses de mesures unilatérales israéliennes, imposant une nouvelle réalité sur le terrain», référence à l’annexion de la vallée du Jourdain qui anéantirait toute perspective d’un État palestinien.

«Capitulation»

Or, c’est l’une des priorités de la Jordanie, dont plus de la moitié de la population est composée de réfugiés palestiniens. Même si, là encore, la Jordanie, sans pétrole ni ressources naturelles, survit grâce à l’aide américaine et des pays du Golfe et bénéficie d’une coopération sécuritaire avec Israël, qui a traversé les crises entre les deux rives du Jourdain.

Bref, la pilule Trump aura du mal à passer parmi les dirigeants arabes. Mais rejetteront-ils formellement son plan ou finiront-ils par l’avaler, contraints et forcés? Le risque étant que leur rival iranien, les islamistes du Hamas et les djihadistes de Daech ou d’al-Qaida dénoncent auprès de la rue une «capitulation».