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Note de synthèse : Durban IV, procès implicite de l’Occident ?

ELNET fait partie des organisations ayant alerté les autorités politiques françaises et européennes sur les intentions réelles de la conférence de Durban IV qui s’est tenue le 22 septembre dernier aux Nations unies. Là où Durban I avait clairement montré un biais antisémite et antisioniste, Durban IV a élargi la haine d’Israël à celle de l’Occident, grand absent à cet événement. La mobilisation a été un vrai succès diplomatique puisque 38 pays (au rang desquels les États-Unis, Israël, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne) ont boycotté la conférence. Que peut-on en retenir ?

Dans le sillage de la 76e session de l’Assemblée générale des Nations unies, un nombre réduit de chefs d’états et de représentants se sont rassemblés le 22 septembre 2021 pour commémorer le 20ème anniversaire de la Déclaration de Durban et de son Plan d’action, adoptés en septembre 2001 et supposés servir de support d’encadrement à la lutte antiraciste et contre toutes les formes de discrimination dans le monde. Les images d’un hémicycle réduit à peau de chagrin ont davantage donné l’impression d’un entre-soi de régimes dictatoriaux et autres démocraties plus ou moins respectueuses des droits de l’homme que d’un réel mouvement de solidarité internationale, pourtant présenté comme tel.

La session de clôture, sensée dresser le bilan de ces vingt dernières années et animée par Abdullah Shahid, Président de l’Assemblée générale des Nations unies, a fait se succéder à la tribune les porte-paroles des deux groupes de travail : Naledi Pandor, Ministre des relations internationales et de la coopération  de l’Afrique du Sud, Pacôme Moubelet Boubeya, Ministre des Affaires étrangères du Gabon, et s’est conclue sur le discours d’Ilze Brands-Kheris, Sous-Secrétaire générale des Nations unies aux droits de l’homme.

Un focus sur les discriminations endurées par les personnes d’origine africaine

Plusieurs thèmes sont revenus dans les discussions. Toutefois, l’omniprésence des discriminations spécifiques endurées par les personnes d’origine africaine pour des raisons historiques et systémiques (colonisation, esclavage, traite atlantique), au niveau interne comme institutionnel, a révélé le poids des pays africains comme groupe majoritaire parmi les participants et l’engagement plus général des Nations unies en faveur d’une reconnaissance spécifique pour les populations d’origine africaine[1]. L’apparente vertu des pays africains et caribéens avec leurs efforts affirmés pour inscrire la lutte contre le racisme au niveau constitutionnel ou grâce à des initiatives institutionnelles (musées de l’esclavage entre autres, divers instruments à l’échelle régionale) a ainsi été mise en exergue.

Une désignation indirecte de l’Occident coupable

L’omission des mesures et des politiques à l’œuvre en Occident, pourtant lieu originel de la lutte antiraciste, des droits de l’homme et de l’universalisme, s’apparente à une désignation, en creux, des États-Unis et de l’Europe comme coupables. L’insistance sur le besoin de réparations (« justice réparative ») à l’égard des populations des anciennes colonies, a clairement montré une différenciation entre pays victimes et pays oppresseurs. Les discriminations résultant de la pandémie de la Covid-19, avec le « nationalisme vaccinal » et le racisme à l’égard des personnes d’origine asiatique, est aussi venu à l’appui de cette condamnation indirecte des absents. Deux mentions faites à la lutte nécessaire contre l’antisémitisme et à l’utilité de la journée mondiale de la Shoah (en parallèle de l’esclavage comme crime contre l’humanité), ont sûrement tenté de désamorcer certaines critiques, mais révèlent des comparaisons très approximatives voire douteuses. Les Palestiniens ont ainsi été mis sur le même plan que les Rohingyas comme minorité discriminée. L’origine des discriminations et des violations des droits des migrants et des femmes n’a bien sûr pas été évoquée, de peur sans doute de pointer du doigt la responsabilité des États experts dans ces domaines et présents dans l’hémicycle.

La lutte antiraciste au prisme de l’idéologie woke : le rejet de l’universalisme

Le biais de l’idéologie woke a révélé son influence dans les discours. Plusieurs concepts (l’intersectionnalité des discriminations, le racisme systémique, les discriminations de genre), les références (allusion à Black Lives Matter, à George Floyd ou aux peuples « indigènes ») et les idées (le racisme se propage dans tous les secteurs de la société, l‘approche doit être centrée sur les victimes) ont écarté délibérément la question des discriminations sexuelles, pourtant centrale dans cette grille de lecture.

Durban, loin de montrer son efficacité et sa légitimité dans la lutte antiraciste et contre toutes les formes de discrimination, a une fois de plus prouvé son rejet de l’universalisme et sa volonté de réécrire l’histoire. ELNET reste vigilant et mobilisé sur ces questions pour continuer à combattre toute démarche de délégitimation et promouvoir un véritable dialogue entre l’Europe et Israël, respectueux des valeurs universalistes, démocratiques et républicaines.

[1] En décembre 2013, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution 68/237, dans laquelle elle a proclamé la période 2015-2024 Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine, dont le thème est le suivant : « Personnes d’ascendance africaine : considération, justice et développement ».