Malgré le virus, la course aux armements se poursuit (Nicolas Barotte – Le Figaro)

Les dépenses militaires ont continué d’augmenter en 2020, pour atteindre 2,08 % du PIB mondial.

Le virus n’a pas enrayé la course aux armements, il a à peine ralenti sa progression. Plus d’un an après le déclenchement de la crise du coronavirus, les dépenses militaires ont continué d’augmenter pour atteindre 2,08 % du PIB mondial en 2020, contre 1,85 % en 2019, selon la dernière édition du Military Balance de l’International Institute for Strategic Studies (IISS), qui chaque année compile les données mondiales disponibles. En 2020, 1 830 milliards de dollars ont été consacrés à des dépenses militaires, soit une augmentation de 3,9 % par rapport à l’année précédente et un léger ralentissement: entre 2018 et 2019, hors crise économique mondiale, la progression avait été de 4,4 %. Pour l’IISS, il faudra attendre 2022-2023 pour mesurer les effets réels de la pandémie sur les budgets de défense mondiaux.

Compétition accrue en mer

En attendant, la compétition stratégique est largement dominée par les États-Unis, qui ont consacré 738 milliards de dollars à leur défense en 2020 (+ 6,3 %, contre une progression de 6,6 % en 2019), et la Chine, avec un budget de 193,3 milliards de dollars (+ 5,2 % en 2020, contre + 5,9 % en 2019). Les deux puissances sont responsables des deux tiers de l’augmentation des dépenses mondiales d’armement. L’IISS décrit aussi une compétition accrue en mer, où l’Europe risque de perdre sa suprématie. La Chine continue de développer des capacités de projection et de maîtrise des mers. La montée en puissance de nouveaux missiles antinavires et de nouvelles capacités sous-marines risque de remettre en cause l’équilibre des puissances maritimes, met en garde le rapport.

La concurrence entre les deux est aussi technologique, souligne le rapport en citant plusieurs secteurs d’innovation critiques: intelligence artificielle, quantique, big data, systèmes autonomes, hypervélocité, armes à énergie dirigée, biotechnologie. L’IISS rapporte l’inquiétude américaine face au système de coopération civilo-militaire chinois (MCF), qui pourrait se révéler potentiellement plus performant – car plus directif – que l’écosystème américain.

Stagnation russe

La multiplication des points de tension a aussi conduit les autres puissances mondiales à se réarmer. L’Inde arrive en troisième position du panorama dressé par l’IISS, avec 64,1 milliards de dollars, et la Russie en cinquième, avec 60,6 milliards de dollars. Les dépenses russes devraient cependant stagner, compte tenu de la crise économique. Mais, en ayant démontré sa volonté d’utiliser sa puissance militaire, la Russie demeure un acteur préoccupant pour les observateurs occidentaux. À l’inverse de la tendance mondiale, les dépenses militaires se sont contractées au Moyen-Orient, pour tomber à 150 milliards de dollars, suivant la chute des cours du pétrole.

En Europe, le Royaume-Uni (61,5 milliards de dollars), la France (55 milliards de dollars) et l’Allemagne (51,3 milliards de dollars) ont maintenu leurs efforts militaires. Au sein des pays européens membres de l’Otan, la moyenne des dépenses militaires est passée de 1,25 % du PIB en 2014 à 1,64 % du PIB en 2020. Neuf pays de l’Alliance sur les trente respectent l’engagement pris en 2014 de consacrer au moins 2 % de leur PIB à leur défense. «L’Europe est en train de mettre les bouchées doubles, voire triples, pour éviter un déclassement stratégique», veut-on croire au ministère des Armées. En temps de crise, les budgets de défense ont aussi servi à soutenir l’activité économique.

En mettant à l’épreuve la résilience des sociétés et en révélant leurs failles, la pandémie a joué un rôle d’électrochoc. «Si les effets de long terme de la crise actuelle demeurent incertains, les effets de la pandémie sur les politiques de sécurité et de défense, contrairement aux scénarios les plus pessimistes, sont demeurés, pour le moment, d’une ampleur relativement limitée», souligne de son côté une étude de l’institut français Ifri sur les politiques de dix pays européens. Les leçons de la crise de 2008, qui avait entraîné de sévères coupes dans les budgets de défense, ont été retenues.