L’Iran, vainqueur de la guerre en Syrie ?

Alors qu’Israël ne cesse depuis des mois de mettre en garde l’opinion internationale sur les ambitions de l’Iran d’établir une implantation militaire durable en Syrie qui viendrait le menacer, son Premier ministre Benyamin Netanyahou a promis qu’il était déterminé à agir pour l’empêcher. Par ailleurs, un responsable russe, dont l’identité n’a pas été révélée, aurait déclaré : « Si l’Iran et le Hezbollah s’emballent dans leur implication en Syrie, nous les contiendrons », selon un article publié mardi 12 septembre par le Yedioth Aharonoth.

Les victoires récentes de Bachar el-Assad ont en effet permis à Téhéran et au Hezbollah d’avoir une certaine assise en Syrie, une situation que l’état-major israélien redoute au plus au point. Lundi dernier, lors d’une conférence sur la lutte contre le terrorisme, le ministre du Renseignement Israel Katz a affirmé que Téhéran s’établissait militairement en Syrie, et est toujours en voie de devenir une puissance nucléaire. Selon l’ONU, l’Iran aurait dépensé plusieurs milliards de dollars en aides financières pour la Syrie et déployé des milliers de miliciens et de militaires sur le terrain, même si Téhéran affirme officiellement n’y envoyer que des « conseillers » membres des Gardiens de la révolution, ainsi que des « volontaires » iraniens, irakiens et afghans, aux côtés de ses proxys du Hezbollah.

Du fait de son implication en Syrie, le Hezbollah a acquis une nouvelle dimension politique, sur la scène libanaise. Son rôle de véritable bouclier face à la menace jihadistes sunnite, a rendu la milice chiite assez populaire dans l’opinion publique libanaise, aussi bien chez les musulmans que chez les chrétiens – dont certains (une centaine environ) avaient rejoint leurs compatriotes chiites en Syrie afin de combattre et soutenir les forces loyalistes au régime de Damas. Le Hezbollah a grandement renforcé son arsenal militaire ces dernières années. D’un groupe terroriste, il a muté en une véritable armée organisée et structurée. Ses troupes sont estimées à environ 45 000 soldats. Au Sud-Liban, le Hezbollah disposerait de 100 000 missiles et obus (contre 12 000 en 2006) et a renforcé ses positions. Les combats en Syrie ont permis à ses troupes d’acquérir une expertise opérationnelle et de se familiariser avec les dernières technologies des armes russes (drones, armes antichars…), grâce aux Russes et aux forces spéciales iraniennes.

Toutefois, le Hezbollah a subi des pertes humaines et financières conséquentes depuis le début de la guerre et aurait perdu entre 1 500 et plus de 2 000 combattants. D’autre part, conscient de la menace qui pèse sur Israël et « hanté » par la guerre de 2006, Tsahal multiplie les exercices militaires à la frontière nord tandis que de nombreux abris ont été construits et des plans d’évacuation de grande ampleur sont prévus. Les généraux redoutent une pluie de missiles tirés à partir du Sud-Liban et qui pourrait atteindre Tel Aviv, selon certains experts. Malgré l’exploitation de systèmes très sophistiqués tels que Iron Dome ou David’s Sling, le risque est colossal pour Israël qui ne pourra sans doute pas neutraliser l’arsenal du Hezbollah même s’il est clair, qu’en cas de conflit, la riposte (ou une attaque préventive) israélienne serait plus dévastatrice qu’il y a 11 ans.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.