L’Iran résistera à la «guerre psychologique» de Donald Trump (Georges Malbrunot – Le Figaro)

Le ton monte dangereusement entre Téhéran et Washington après un tweet rageur du président américain en réponse à des déclarations de son homologue iranien.

Réagissant aux menaces de Donald Trump, un des hauts commandants des gardiens de la révolution a dénoncé lundi «la guerre psychologique» que le président américain s’emploie à mener, tout en assurant que l’Iran continuerait de résister à ses ennemis.

«Nous ne renoncerons jamais à notre idéal révolutionnaire, nous résistons à la pression de nos ennemis», a déclaré Gholamhossein Gheybparvar. «L’Amérique ne veut rien de moins que la destruction de l’Iran, mais Trump ne peut rien faire contre l’Iran», a-t-il ajouté dans des propos relayés par une agence de presse.

«L’Amérique devrait savoir que la paix avec l’Iran est la mère de toutes les paix et que la guerre avec l’Iran est la mère de toutes les guerres»

Hassan Rohani, président de la République islamique d’Iran

Avant même que Donald Trump mette clairement en garde Téhéran, le président de la République islamique, Hassan Rohani, avait lui-même lancé, dimanche devant des diplomates iraniens, un ferme avertissement au chef de la Maison-Blanche: «M. Trump, ne jouez pas avec la queue du lion, cela ne produira que des regrets.» «L’Amérique, a poursuivi le président modéré, devrait savoir que la paix avec l’Iran est la mère de toutes les paix et que la guerre avec l’Iran est la mère de toutes les guerres.» Il faisait allusion à la capacité de nuisance de l’Iran hors de ses frontières, que l’Administration Trump entend réduire, en Syrie et en Irak, notamment.

«Vous n’êtes pas en position d’inciter le peuple iranien à se soulever contre les intérêts et la sécurité de l’Iran», a encore ajouté Rohani, allusion aux propos de Donald Trump et de son secrétaire d’État, Mike Pompeo, appelant de leurs vœux un soulèvement du peuple iranien contre la République islamique.

Trump à l’Iran: « Ne menacez jamais plus les Etats-Unis » – Regarder sur Figaro Live

Bref, alors que l’Iran est sous la pression des sanctions que les États-Unis ont décidé de réinstaurer, la guerre des mots bat son plein entre Washington et le régime iranien.

Samedi, le guide suprême et numéro un du régime, l’ayatollah Ali Khamenei, avait ostensiblement appuyé Rohani à propos des mesures de rétorsion que Téhéran pourrait prendre au cas où les États-Unis décideraient, comme ils en brandissent la menace, de pénaliser les pays qui importeraient encore du pétrole iranien. En riposte, Rohani avait menacé, début juillet, de fermer le détroit d’Ormuz, par où transite un tiers du commerce mondial de pétrole.

«Nous ne pouvons pas faire confiance aux États-Unis pour leurs propos et leur signature, donc des négociations avec les États-Unis sont inutiles»

Ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution iranienne

Selon le site Internet de la guidance, l’ayatollah Khamenei «a déclaré que les remarques du président […] selon lesquelles si le pétrole iranien ne pouvait plus être exporté, aucun pétrole de la région ne le pourrait, étaient des remarques importantes qui reflètent la politique iranienne». Alors que la position de Hassan Rohani a été affaiblie par le retrait américain de l’accord nucléaire, dont le président avait fait un pilier de sa politique d’ouverture, les déclarations du guide le confortent grandement.

Dans son intervention devant des diplomates, Ali Khamenei en a profité pour tordre le cou à une idée répandue par certains cercles en Iran sur l’opportunité d’ouvrir des négociations directes avec les États-Unis, pour régler leur différend. «Comme je l’ai déjà dit, nous ne pouvons pas faire confiance aux États-Unis pour leurs propos et leur signature, donc des négociations avec les États-Unis sont inutiles», a déclaré le principal responsable politique iranien, ajoutant que «c’est une erreur majeure» de croire que «les problèmes peuvent être résolus par des négociations ou des relations avec les États-Unis».

En revanche, Ali Khamenei a appelé de ses vœux la poursuite des pourparlers avec les Européens, qui cherchent à sauver l’accord nucléaire. «Les négociations avec les Européens doivent continuer, selon Khamenei, mais nous ne devons pas attendre leur offre indéfiniment.» L’Union européenne travaille sur «un paquet» de mesures qui permettraient d’atténuer les effets des sanctions américaines contre l’Iran.