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«L’inspecteur Clouseau iranien» et les espionnes quinquagénaires : la drôle d’affaire qui secoue Israël (Ronan Tesorière – Le Parisien)

En Israël, la réalité rejoint parfois la fiction, et la fiction parfois la réalité. C’est le cas depuis mercredi et l’arrestation de cinq citoyens israéliens, quatre femmes et un homme, accusés d’espionnage au profit de l’Iran par le Shin Bet, le service de sécurité intérieure israélien, dans une histoire au faux air de scénario hollywoodien. Ces personnes quinquagénaires étaient toutes d’origines iraniennes. Elles étaient en contact avec un agent des services secrets iraniens via les réseaux sociaux. Chose rare, quand il s’agit d’espionnage, les services de sécurité israéliens ont révélé l’identité numérique de ce dernier : il se faisait appeler « Rambod Namdar », et recrutait pour le compte du régime de Téhéran.

Les suspects, vivant dans le centre du pays, ont « rencontré » Namdar sur Facebook. Il se présentait alors comme un juif vivant en Iran. Ce « Rambod » iranien était en contact avec certaines de ses interlocutrices depuis plusieurs années, selon le Shabak, l’autre nom de l’agence gouvernementale de sécurité intérieure.

D’après le bureau du procureur qui instruit l’affaire, les femmes, dont une est même grand-mère, se doutaient bien qu’il s’agissait d’une tentative de les enrôler comme espionnes, mais elles ont tout de même eu du mal à rompre le contact avec cet agent qui leur offrait pourtant des sommes modestes pour des missions parfois farfelues. Dans bien des cas, ces cibles n’ont pas accompli leur mission, ont eu du mal à la mener à bien ou lui ont tout simplement menti selon la presse locale.

Mission : jouer dans une série d’espionnage israélienne !

Car le plus étonnant reste le type de requêtes de cet agent provocateur. Si le mystérieux correspondant a pu demander de prendre des photos des urnes lors de l’élection à la Knesset ou de photographier l’ambassade américaine à Jérusalem, à l’une des accusées, il a souvent eu des demandes pour le moins incongrues.

L’une d’entre elles, masseuse dans le civil, avait un vague lien avec un député de l’arrière-ban du Likoud, Keti Shitrit, lorsque son parti était au pouvoir. L’espion lui a alors demandé de proposer un massage à Shitrit, puis de le photographier au cours du traitement. Selon l’acte d’accusation, Shitrit a « poliment refusé ».

De même, l’agent iranien, dans une quête étonnante aux moindres indices, a parfois demandé aux femmes qu’il a recrutées tout ce qui leur tombait sous la main : des croquis d’une mairie, des détails sur une compagnie d’assurances ou sur les unités des Forces de défense israéliennes. Ainsi l’une des espionnes de fortune lui a simplement envoyé l’image d’un insigne d’épaule de la brigade Givati, une brigade d’infanterie de Tsahal, l’armée israélienne, dans laquelle son frère avait servi.

La plus cocasse des situations, tient même de l’ironie. Le présumé « Namdar » a demandé à l’une des femmes de passer un casting pour être figurante dans la série télévisée israélienne « Téhéran », diffusée sur Apple + en France, et dans laquelle est racontée l’histoire d’une espionne israélienne d’origine iranienne pourchassée à Téhéran ! Même si la suspecte n’a pas réussi à participer au casting, le recruteur lui a tout de même demandé les numéros de téléphone des producteurs de la série, ou si elle pouvait « par hasard » connaître des gens au Shin Bet… « La défenderesse n°3 a alors répondu par la négative », note sèchement l’acte d’accusation explique d’ailleurs le quotidien Haaretz.

« Histoire tragi-comique »

« C’est une histoire tragi-comique. La presse israélienne parle d’inspecteur Clouseau iranien », ironise Michael Bar-Zohar spécialiste des services secrets israéliens joint par Le Parisien. « Il n’y a rien dans ces missions qui ne puissent nuire à la sécurité d’Israël. Mais cela dit que l’Iran essaie par tous les moyens, d’obtenir des informations. Comme ils n’ont pas réussi par le haut, ils essaient de le faire par la base en charmant des femmes d’un certain âge ! » analyse cet ancien député travailliste. « C’est même triste que les services iraniens en soient à ce niveau-là. Les demandes sont globalement ridicules et les cibles pas vraiment prioritaires. Elles n’ont pas eu plus d’infos que sur Google Map » constate aussi Alain Rodier, ancien du renseignement français, qui évoque une piste possible du côté du « VAJA », le Ministère du Renseignement de la République islamique d’Iran mais pas des Gardiens de la Révolution, plutôt habitués aux opérations de terrain.

En effet, il n’y a pas eu de pénétration en profondeur des services secrets iraniens, officiellement en tout état de cause. Notre spécialiste estime d’ailleurs que les faits commis sont anodins et ne devraient pas leur valoir de fortes condamnations. Pourtant l’affaire est prise au sérieux par les autorités israéliennes, qui indiquent que les informations auraient pu servir à des fins terroristes.

Les quatre femmes impliquées ont été inculpées pour avoir pris contact avec un agent étranger et risquent une peine maximale de 15 ans de prison. Selon Haaretz, les suspects, dont les noms ont été interdits de publication à la suite d’une décision de justice, sont en prison, deux d’entre eux depuis novembre dernier. Et l’affaire, permet en tout cas pouvoir de rappeler à sa population la nécessité d’une plus grande vigilance dans le combat que l’État israélien mène face à la patrie des Mollahs.

Augmentation des prises de contact iraniennes

« Israël est en campagne contre l’Iran », a déclaré le Premier ministre Naftali Bennett. « Nous voyons des efforts clairs et des tentatives incessantes du Corps des gardiens de la révolution iranienne pour recruter des citoyens israéliens », a-t-il déclaré publiquement. « L’Iran ne cherche pas seulement à attaquer Israël physiquement, mais s’en prend également aux civils et à la société israélienne, pour tenter de semer des divisions et de déstabiliser Israël politiquement », a encore averti le Premier ministre. « La personne qui se cache derrière les informations que vous consommez ou partagez en ligne peut être un Iranien. Qu’il n’y ait aucun doute, le long bras des forces de sécurité d’Israël atteindra quiconque tente de nuire à la sécurité d’Israël », a aussi martelé Bennett.

Le Shin Bet a par ailleurs confirmé qu’il y a bien eu une augmentation du nombre d’agents des services de renseignement iraniens qui ont pris contact avec des citoyens israéliens dans le but de recueillir des renseignements, à l’instar de l’homme de ménage de Benny Gantz récemment. « C’est un petit avertissement lancé aux Iraniens de confession juive de se tenir à carreau » s’aventure lui Alain Rodier, chercheur au Centre français du renseignement. (CF2R)