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Au Liban, l’adoption d’une nouvelle loi électorale consacre la puissance du Hezbollah

LE MONDE | Par Laure Stephan (journaliste, Beyrouth, correspondance)

Après des mois de débats houleux entre formations politiques, le feuilleton a pris fin : une nouvelle loi électorale a été adoptée au Liban. Approuvé par le gouvernement, le texte a été ratifié, vendredi 16 juin, par le Parlement. L’accord est censé ouvrir la voie à la tenue d’élections législatives, annoncées pour le printemps 2018. Si le vote se concrétise, cela remettra le pays multi confessionnel sur les rails du processus électoral : des municipales ont certes eu lieu il y a un an, mais aucun scrutin pour choisir les députés n’a plus été organisé depuis huit ans, le Parlement ayant prolongé son mandat, d’une durée initiale de quatre ans.

C’est sur la base de la proportionnelle, une première dans l’histoire du Liban indépendant, que se dérouleront les prochaines élections. Un changement qualifié d’« historique » par plusieurs leaders politiques. La  loi, qui découpe le pays en quinze circonscriptions, ne devrait pourtant pas entraîner de bouleversements majeurs sur l’échiquier national, les principaux partis s’étant assurés de conserver une nette représentativité.


Entrée de quelques outsiders

La proportionnelle pourrait toutefois faciliter l’entrée de quelques outsiders à la Chambre des députés, dont les 128 sièges sont répartis à parité entre chrétiens et musulmans. « Ce compromis délicat devrait se traduire, à court terme, par un meilleur fonctionnement des institutions », estime Ali Mourad, enseignant en droit public à l’Université arabe de Beyrouth.

L’adoption de ce système sanctionne, une nouvelle fois, le rapport de forces dans le pays, dominé par le puissant Hezbollah. Le mouvement chiite armé avait déjà obtenu que le candidat qu’il soutenait – le chrétien Michel Aoun – soit élu à la présidence, en octobre 2016. Il est désormais parvenu, patiemment, à imposer la proportionnelle intégrale.

Ceux parmi ses adversaires, comme le premier ministre Saad Hariri, qui s’y opposaient à l’origine, ont dû plier. Considérablement affaibli par ses déboires financiers, sa chute de popularité et la détérioration de sa relation avec Riyad, le leader sunnite « est dans le management. Il n’est plus dans une politique d’opposition régionale, au Hezbollah ou au régime syrien : c’est une période révolue », commente Ali Mourad.

Le Hezbollah n’a toutefois pas été le seul à militer pour la proportionnelle : dans les rangs chrétiens, son allié, le Courant patriotique libre (CPL), dirigé par Gebran Bassil, le gendre de Michel Aoun, y était favorable de longue date. D’autres formations, ainsi que la société civile, appuyaient également ce mode de scrutin et les Forces libanaises de Samir Geagea, qui ont scellé une entente électorale avec le CPL, devraient tirer profit de la nouvelle donne.


Quelques militants dans la rue

En votant la loi électorale, les parlementaires ont de nouveau prolongé leur mandat, qui devait prendre fin le 20 juin. Les précédentes prorogations – en 2013 et 2014 – avaient eu lieu pour des raisons politiques, et à un moment où les développements de la guerre, dans la Syrie voisine, étaient très incertains. L’ultime reconduction, pour une durée de onze mois, est présentée comme technique, le temps de préparer le vote. Une poignée de militants de la société civile ont contesté dans la rue, vendredi, cette décision. Plusieurs ont été roués de coups par des soldats, aux portes du Parlement.

Avec cet accord, le Liban espère maintenir une forme de stabilité alors que la fracture entre sunnites et chiites – les deux principales communautés du pays – pèse et que la région traverse une crise profonde. « Personne ne veut d’un conflit au Liban. Ni les chiites, d’autant que le Hezbollah combat en Syrie [aux côtés du régime]. Ni les sunnites, qui n’ont pas les moyens de faire la guerre, analyse Sarkis Naoum, chroniqueur réputé du quotidien An-Nahar. Le vide est un scénario menaçant. Il y a besoin d’un Etat au moins en apparence fonctionnel, et donc d’un président, d’un gouvernement et d’un Parlement. »