Lettre d’informations du Vendredi 15 Mai 2020

A l’actualité cette semaine, la visite du Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo en Israël, l’Europe en quête d’une réponse en cas d’annexion des territoires, et la formation d’un nouveau gouvernement israélien.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo est arrivé mercredi en Israël pour son premier déplacement en deux mois et en pleine pandémie de coronavirus. Au programme : des discussions sur le projet d’annexion de pans de la Cisjordanie par le nouveau gouvernement israélien, mais aussi l’Iran. Peu après son arrivée en début de matinée à l’aéroport Ben Gourion près de Tel-Aviv, les déclarations du secrétaire d’Etat américain ne se sont pas fait attendre. Il accuse notamment l’Iran de continuer à « fomenter la terreur », en dépit de la crise du nouveau coronavirus qui a affecté plus de 110.000 personnes en Iran. « Même durant cette pandémie, les Iraniens utilisent les ressources du régime des ayatollahs pour fomenter la terreur à travers le monde et ce, alors même que le peuple iranien souffre énormément, ce qui en dit long sur l’âme de ceux qui dirigent ce pays », a déclaré Pompeo lors d’un point de presse avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. L’Iran « n’a pas arrêté une seule minute ses plans et ses actions violentes contre les Américains, les Israéliens et tous les autres dans la région », a ajouté Netanyahou, disant vouloir « combattre et confronter les agressions de l’Iran en Syrie » et ailleurs. S’agissant d’une éventuelle annexion d’une partie de la Cisjordanie, le nouveau gouvernement israélien a « le droit et le devoir » de décider si et comment il veut appliquer sa souveraineté a déclaré le secrétaire d’État américain. « Nous avons eu une bonne conversation sur la façon d’aller de l’avant. Ils devront trouver ensemble un moyen de procéder », a-t-il commenté dans une interview accordée au quotidien Israel Hayom, faisant référence au Premier ministre Benyamin Netanyahou et au nouveau ministre de la Défense et Premier ministre d’alternance Benny Gantz. La rencontre américano-israélienne a aussi été l’occasion d’aborder les relations entre l’État hébreu et la Chine. Le rapprochement économique qui s’est opéré ces dernières années n’est pas du goût de la Maison-Blanche. « Nous ne voulons pas que le Parti communiste chinois ait accès aux infrastructures israéliennes, aux systèmes de communication, à tout ce qui peut mettre en danger les citoyens israéliens et de ce fait mettre en danger les capacités des États-Unis et à œuvrer avec Israël pour de nouveaux projets» a déclaré Mike Pompeo à la première chaîne de télévision israélienne. Face aux critiques de son principal allié, Israël envisage de reconsidérer la participation chinoise à un appel d’offres pour une usine de dessalement mais de toute évidence, ce recul n’a pas apaisé les Américains. Pékin a investi 25 milliards de dollars ces dernières années en Israël. Un groupe public chinois a pris le contrôle de Tnuva, le principal groupe alimentaire israélien. Des entreprises chinoises ont également remporté des appels d’offres pour la gestion pendant 25 ans des deux principaux ports, ceux d’Haïfa et d’Ashdod.

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Ce vendredi, les ministres des Affaires étrangères européens se réunissent par vidéoconférence pour discuter de la réponse que doit apporter l’Union à une éventuelle annexion israélienne d’une partie de la Cisjordanie. Parmi les contre-mesures envisagées, des sanctions pourraient être évoquées, le gel d’accords bilatéraux, la suspension de la coopération, l’étiquetage. D’autres pays pourraient rappeler leurs ambassadeurs pour consultation, œuvrer pour une résolution de l’ONU ou la reconnaissance d’un État palestinien. Mais sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres, le manque d’unanimité entre les 27 devrait limiter la réponse de l’UE. Cette difficulté à faire consensus semble mettre Israël à l’abri de toute mesure de rétorsion forte. C’est ce qui apparaît dans un document interne du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), comme le rapporte le journal Le Monde. Signé par Susanna Terstal, la représentante spéciale de l’Union européenne pour le Moyen-Orient, ce texte de trois pages s’inscrit dans la continuité des consultations informelles entre diplomates chargés de cette région, tenues à quatre reprises en février. Le plan Trump présenté fin janvier et « ne peut constituer une base pour une solution viable au conflit » israélo-palestinien, souligne le rapport. Pourtant, les discussions ont aussi fait apparaître une chose : « Malgré l’exemple de la Crimée, il n’existe pas de volonté chez les Etats membres de sanctionner Israël en cas d’annexion ». Le document souligne toutes les limites du dialogue actuel entre Européens : « Des différences demeurent sur la façon dont l’UE peut répondre, de nombreux Etats membres soulignant que cela dépendrait de la façon dont Israël mettrait en œuvre l’annexion et comment elle serait analysée par rapport au droit international. » Sur ce dernier point, il n’y a pas d’ambiguïté possible. Mais c’est une façon pour la Hongrie, premier avocat d’Israël dans l’UE, ou encore pour la République tchèque, la Bulgarie ou la Pologne de freiner de tout leur poids les partisans d’une ligne plus dure, comme la Belgique, la France ou le Luxembourg. De nombreux membres de l’UE, explique le document, aimeraient que les Palestiniens présentent « une contre-proposition élaborée [au plan Trump] qui pourrait être utilisée dans les discussions diplomatiques ». Le texte mentionne la nécessité d’une politique d’incitations et de mises en garde auprès des deux parties.

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Pour la première fois en 18 mois, Israël devait se doter jeudi 14 mai d’un gouvernement de plein exercice. Après trois élections législatives successives, les deux rivaux Benyamin Netanyahou et Benny Gantz ont signé un accord de partage du pouvoir. Mais à la dernière minute, Benyamin Netanyahou a demandé un report de trois jours. Il se retrouve confronté à une petite rébellion au sein de son parti, le Likoud. Jamais Israël n’a eu de gouvernement aussi large que celui qui est en préparation : 36 ministres devraient être désignés. Mais contraint de partager le pouvoir, Benyamin Netanyahou doit tout de même gérer une raréfaction des postes : la moitié des ministères revient d’office à Bleu-Blanc et ses alliés. Plusieurs cadres du Likoud ont ainsi exprimé leur mécontentement. Certaines figures du parti du chef du gouvernement se retrouvent sans portefeuille. D’autres héritent de ministères moins importants que ceux qu’elles occupaient. Et deux députés du Likoud avaient été jusqu’à annoncer qu’ils boycotteraient le vote de confiance.  Benyamin Netanyahou a finalement décidé d’appeler Benny Gantz et de lui demander de reporter la prestation de serment jusqu’à dimanche. Officiellement, le temps de remettre de l’ordre dans son parti. Le chef de file de Bleu-Blanc a accepté. Mais signe de la méfiance qui règne entre les deux hommes, il a retiré sa démission de la présidence du Parlement. Le poste lui donne une marge de manœuvre sur l’agenda des députés et des textes débattus. Et il entend le conserver jusqu’à la mise en place du nouveau gouvernement. La loi israélienne accorde à Benyamin Netanyahou jusqu’à jeudi prochain pour que son gouvernement prête serment. Au-delà de cette date, de nouvelles élections seront automatiquement convoquées.

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