Lettre d’informations du Vendredi 10 Janvier 2020

Menaces, promesses de vengeance, appels à la désescalade… Le contexte au Moyen-Orient reste explosif après l’assassinat de Qassem Soleimani, l’un des hommes forts du régime iranien, tué dans la nuit du 2 au 3 janvier dans une attaque de drone menée par les Etats-Unis.

Si Washington et Téhéran ont pour l’heure choisi la retenue après la mort du général Soleimani, les ingrédients de l’épreuve de force sont toujours réunis. Après les frappes aériennes en Irak survenues dans la nuit de mardi à mercredi, le président américain s’est fait plutôt discret, se contentant d’un tweet rassurant. « Nous avons de loin les militaires les plus puissants et les mieux équipés du monde. Jusqu’ici tout va bien ». Comme il l’avait annoncé, le chef de l’État s’est finalement exprimé mercredi depuis la Maison-Blanche, entouré notamment du secrétaire d’État Mike Pompeo, du vice-président Mike Pence et de hauts responsables du Pentagone. Le Président américain a confirmé qu’aucun Américain n’avait été blessé par les tirs de missiles iraniens en Irak, vantant les précautions prises par l’armée américaine en vue d’une potentielle riposte du régime. «Tant que je serai président des Etats-Unis, on ne permettra jamais à l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire », a-t-il martelé.  Depuis 1979, les États ont toléré le comportement destructeur de l’Iran. Cette période est révolue. L’Iran a été le principal parrain du terrorisme dans la région. Nous ne permettrons jamais à l’Iran de représenter une menace», a-t-il ajouté, se félicitant de l’élimination de Soleimani. Donald Trump a invité les Européens à se retirer des « vestiges » de l’accord sur le nucléaire iranien et a demandé à l’Otan de s’impliquer « beaucoup plu s» au Moyen-Orient. Après une intervention blâmant les actions iraniennes, Donald Trump a terminé son discours par un appel à l’apaisement. «Les États-Unis sont prêts à la paix avec tous ceux qui la veulent », a-t-il déclaré, désireux de ne pas nuire au «super futur» des habitants.

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La Chambre des représentants américaine, contrôlée par les démocrates, a adopté jeudi 9 janvier une résolution destinée à limiter la capacité de Donald Trump à engager un conflit militaire contre l’Iran, six jours après que le président républicain a ordonné l’assassinat d’un haut responsable iranien. La présidente démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi, a affirmé qu’avec ce vote, le Congrès respectait « son devoir de protéger les Américains ». Si aucune « mesure parlementaire n’est prise » pour autoriser des opérations, le gouvernement de Donald Trump « doit cesser les hostilités militaires face à l’Iran », a-t-elle déclaré. La résolution a été adoptée par 224 voix pour et 194 contre, dans les lignes partisanes, mettant en évidence les divisions au sein du Congrès sur la question. Les démocrates accusent Donald Trump d’agir de manière irréfléchie et ont soutenu la résolution, tandis que les républicains, qui votent rarement contre le locataire de la Maison Blanche, ont rejeté le texte. Il appartient désormais au Sénat, où les républicains sont majoritaires, de se prononcer sur le texte. La mesure n’aura pas besoin d’être promulguée par Donald Trump pour entrer en vigueur si le Sénat venait à l’adopter, ce qui est incertain.

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En Iran,  une marée humaine était présente aux funérailles de Ghassem Soleimani à Kerman, sa ville natale, située dans le sud-est du pays. Selon l’agence de presse ISNA, le bilan de ce mouvement de foule s’établit à cinquante morts. L’agence semi-officielle Fars fait quant à elle fait état de 213 blessés. Ce même jour, l’Iran a à nouveau menacé les États-Unis de vengeance, précisant qu’elle pourrait « être un cauchemar historique pour tous les Américains ». « Les Américains doivent savoir que pour l’heure treize scénarios de vengeance ont été débattus au sein du conseil et même si le consensus se forme autour du scénario le plus faible, sa mise en oeuvre pourra être un cauchemar historique pour tous les Américains », a prévenu le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale Ali Shamkhani, cité par l’agence Fars. Présent à Kerman, où le slogan « Mort à l’Amérique » a été scandé, le général Hossein Salami, commandant des gardiens de la Révolution, a pour sa part prévenu que l’Iran prendrait « sa revanche, une revanche intense et décisive ». Javad Zarif, qui a participé aux négociations ayant abouti en 2015 à la conclusion de l’accord de Vienne sur le programme nucléaire iranien a une nouvelle fois dénoncé la décision annoncée en mai 2018 par Donald Trump d’en faire sortir les Etats-Unis. « Il faut que le régime Trump réalise que la situation s’améliorait dans cette région après le PAGC », a-t-il dit. La République islamique a commencé à se désengager en mai dernier de l’accord de Vienne en invoquant l’impuissance des Européens à le sauver et à protéger l’économie iranienne du rétablissement des sanctions américaines. Elle a annoncé dimanche dernier qu’elle s’en affranchirait davantage.

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Autre événement marquant de la semaine, le crash en Iran d’un Boeing 737-800 de la compagnie Ukraine International Airlines (UIA) peu après son décollage, faisant 176 morts, essentiellement des Iraniens et des Canadiens. La catastrophe est survenue peu après les tirs de missiles par Téhéran sur des bases utilisées par l’armée américaine en Irak. L’enquête a pris une ampleur internationale. L’agence américaine chargée de la sécurité des transports, la NTSB, a annoncé jeudi 9 janvier avoir reçu une notification des autorités aériennes civiles iraniennes pour participer aux investigations sur les causes de la catastrophe. Justin Trudeau a affirmé que l’avion avait été abattu par un missile iranien, rejoignant la thèse soutenue pas Boris Johnson. « Nous avons des informations de sources multiples, notamment de nos alliés et de nos propres services qui indiquent que l’avion a été abattu par un missile sol-air iranien. Ce n’était peut-être pas intentionnel », a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse à Ottawa. Le secrétaire du Conseil de sécurité et de défense ukrainien, Oleksiy Danilov, a indiqué jeudi que quatre pistes étaient à l’étude pour expliquer le crash: un tir de missile sol-air de type TOR, une collision avec un drone ou un objet volant, un accident dû à un incident technique, et une explosion terroriste due à une bombe à bord de l’appareil.