Lettre d’information du Jeudi 28 Mai 2020

Au sommaire cette semaine, le procès de Benyamin Netanyahou, le déconfinement en Israël se poursuit, l’Iran soutient la lutte palestinienne et la question de l’annexion agite la diplomatie européenne.

Inculpé pour corruption, abus de confiance et fraudes, Benyamin Netanyahou s’est présenté à l’ouverture de son procès, le 24 mai à Jérusalem. Derrière lui, une douzaine de ministres rassemblés pour proclamer leur soutien indéfectible au Premier ministre et leader de la droite. Dans la garde rapprochée de l’inculpé, présente sur place, figuraient Miri Reguev, la ministre des Transports, et Amir Ohana, le ministre de la Sécurité. Ils réclamaient dans les couloirs du tribunal un « procès équitable ». Benyamin Netanyahou a quant à lui dénoncé les accusations « ridicules » de la justice. L’ouverture du procès a été ajournée au 19 juillet après une heure d’audience au tribunal du district de Jérusalem. Lors de cette audience, les avocats du Premier ministre avaient requis un report d’audience de plusieurs mois afin d’étudier les éléments de preuve retenus contre lui. Le parti de droite Yamina a annoncé lundi dans un communiqué avoir déposé un projet de loi auprès du Parlement israélien visant à interdire toute enquête pénale à l’encontre d’un Premier ministre en fonction, sauf en cas d’infraction grave. « Comme nous le voyons ces jours-ci, les enquêtes et les procès se multiplient à l’encontre du Premier ministre Benyamin Netanyahou, ce qui nuit gravement à sa capacité à gouverner, en plus de donner trop de pouvoirs au procureur général », a expliqué le parti Yamina. « La séparation des pouvoirs doit pouvoir empêcher une situation dans laquelle il est possible de menacer la légitimité d’un Premier ministre, élu dans le cadre d’un vote démocratique », poursuit le communiqué.

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Peu frappé par le coronavirus, Israël a rapidement mis en place des mesures de déconfinement pour soutenir l’économie du pays. Dès le début de la crise, les autorités israéliennes avaient imposé la fermeture des frontières, le port du masque en cas de sortie et le traçage des téléphones portables, ce qui explique en partie aujourd’hui un faible bilan d’un peu plus de 275 morts pour neuf millions d’habitants avec environ 2.000 cas toujours actifs. Mais le chômage, lui, a explosé, passant de 3,4% à 27%. Et les vols presque entièrement arrêtés.  Lundi, le nouveau ministre de l’Économie a annoncé un plan de 500 millions de shekels, soit près de 130 millions d’euros, pour financer une allocation chômage pour les travailleurs indépendants. Ceux-ci ont manifesté à plusieurs reprises ces dernières semaines pour réclamer un soutien accru du gouvernement. Mais ils ne sont pas les seuls à demander une aide publique : les patrons des grandes chaînes aussi. Au total, les différentes mesures annoncées par l’exécutif représentent une enveloppe de près de 26 milliards d’euros. Mais le gouverneur de la Banque centrale estime que les autorités ont agi en retard et il appelle à l’application rapide de ces mesures d’aide à l’économie. Dans une période de crise, juge-t-il, il ne faut pas attendre de pouvoir élaborer le plan parfait.

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En Iran, la diabolisation d’Israël se poursuit. Lutter pour « la libération de la Palestine » est un « devoir islamique », a déclaré l’ayatollah Ali Khamenei. « Le but de cette lutte est la libération de toutes les terres palestiniennes » et « le retour de tous les Palestiniens dans leur pays », a-t-il poursuivi, dans son tout premier discours marquant la « Journée d’Al-Qods ». Depuis la Révolution islamique de 1979, cette journée a lieu tous les ans lors du dernier vendredi du ramadan, le mois de jeûne musulman, en solidarité avec les Palestiniens. La lutte pour la cause palestinienne est « le principal problème du monde musulman », a-t-il affirmé Ali Khamenei, dans son discours diffusé en direct à la télévision d’Etat. « Un jour, nous avons réalisé que le seul problème du combattant palestinien (…) était le manque d’armes (…) nous avions prévu» de résoudre ce problème, a ajouté l’ayatollah, semblant indiquer par là que Téhéran s’est impliqué directement dans le conflit israélo-palestinien. Aujourd’hui, (l’enclave palestinienne) Gaza peut résister à l’agression militaire de l’ennemi sioniste et gagner », a-t-il poursuivi. Ses propos sont intervenus au lendemain de déclarations belliqueuses sur Twitter, où le guide suprême iranien a affirmé que son pays allait « soutenir et prêter assistance à toute nation ou tout groupe qui s’oppose à et combat le régime sioniste ». Ali Khamenei « devrait savoir que tout régime qui menace Israël d’extermination fera face au même danger », a alors rétorqué Benyamin Netanyahou. Vendredi dernier, le guide suprême a également accusé des pays arabes d’avoir joué les « marionnettes américaines » et aidé à normaliser les relations avec l’Etat hébreu.

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La France a appelé, mardi, le nouveau gouvernement israélien à renoncer à ses plans d’annexion de territoires en Cisjordanie et a promis qu’une telle décision ne serait pas sans conséquence. « Nous appelons le gouvernement israélien à s’abstenir de toute mesure unilatérale, en particulier l’annexion », a déclaré le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, à l’Assemblée nationale. « Une telle décision ne pourrait rester sans réponse », a-t-il ajouté, sans plus de précisions. Le ministre était interpellé par un député communiste, Jean-Paul Lecoq, qui l’a exhorté à agir  immédiatement insistant sur sa « responsabilité historique ». « Arrêtons d’être forts avec les faibles et faibles avec les forts » a lancé le député du Havre. « Vous avez condamné avec des mots (ce projet d’annexion, ndlr), il est temps de le faire avec des actes. » Dans le même temps, plusieurs dirigeants européens auraient envoyé des lettres au Premier ministre Benyamin Netanyahou ces derniers jours, lui demandant de ne pas annexer la Cisjordanie ni la vallée du Jourdain cet été, a rapporté mardi Channel 13, qui mentionne la France, le Royaume-Uni et l’Espagne. Parallèlement, Les dirigeants de certains Etats arabes, comme la Jordanie, l’Egypte, l’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe, auraient accepté les projets d’annexion de certains pans de la Cisjordanie par Israël cet été, a affirmé mercredi Israel Hayom.

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