Lettre d’information du 17 Janvier 2020

Cette semaine a été marquée par la contestation du régime en Iran, la menace nucléaire et les pressions exercées par Donald Trump sur les Européens.

Alors que la mort du général Qassem Soleimani, dans la nuit du 2 au 3 janvier, avait brièvement donné l’illusion d’une unité nationale retrouvée autour de sa personnalité, la découverte du mensonge des autorités sur le crash d’un avion ukrainien, une semaine plus tard, l’a brisée. Mercredi, l’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International a publié un rapport, rédigé sur la base de documents mis en ligne et de témoignages, faisant état de tirs de grenailles à l’arme de chasse ayant blessé de nombreux manifestants pacifiques, les 11 et 12 janvier. Selon Amnesty, les forces de l’ordre ont aussi roué de coups les participants à des cérémonies de deuil, rapidement transformées en rassemblement de contestation, et fait usage de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. D’après l’ONG, des membres des milices du Bassidj, affilées aux gardiens de la révolution, ont participé à la répression. Le mouvement de protestation, moins important que les manifestations massives de novembre, s’est interrompu mercredi soir. Deux mois après la mort de centaines de personnes face aux forces de l’ordre, le retour de la police et des miliciens dans les rues a pu se montrer dissuasif. 

Lire aussi : Iran: le guide suprême doit présider la grande prière hebdomadaire

Alors que le président iranien Hassan Rohani a défendu jeudi sa politique d’ouverture internationale, l’ayatollah Khamenei répète régulièrement que les Occidentaux ne sont pas dignes de confiance et a interdit tout dialogue avec l’administration du président américain Donald Trump. Dans un discours jeudi à la banque centrale, Hassan Rohani a affirmé vouloir éviter la guerre, après que Téhéran et Washington ont paru proches de l’affrontement militaire direct début janvier, pour la deuxième fois en moins d’un an. A l’approche des élections législatives du 21 février, annoncées comme difficiles pour le camp de Rohani, et dans un contexte de tensions croissantes entre Téhéran et les Occidentaux sur le programme nucléaire iranien, Berlin, Londres et Paris, les trois capitales européennes signataires de l’accord de Vienne, ont annoncé mardi avoir déclenché le mécanisme de règlement des différends (MRD) prévu par ce texte afin, selon elles, de contraindre Téhéran à revenir au respect de tous ses engagements. Mais Berlin a confirmé jeudi une information du Washington Post selon laquelle les Etats-Unis avaient secrètement menacé d’imposer des taxes de 25% sur les automobiles européennes pour les forcer à activer le MRD. Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif a accusé les Européens d’avoir cédé au chantage d’un Donald Trump qu’il a qualifié de « tyran de cour de récréation ».

Lire aussi : Nucléaire iranien: Trump a menacé les Européens, selon le Washington Post

Selon des responsables israéliens, cités par des médias locaux, l’Iran aura suffisamment d’uranium enrichi d’ici la fin de l’année 2020 pour disposer du matériel nécessaire à la confection de l’arme nucléaire. Selon les estimations des autorités israéliennes, citées par ces mêmes responsables, la République islamique enrichit à un taux de 4 % entre 100 et 180 kilos d’uranium par mois, ce qui, à ce rythme, permettra à Téhéran d’avoir d’ici la fin de l’année en sa possession près de 25 kilogrammes d’uranium hautement enrichi, seuil requis pour confectionner une bombe nucléaire. Les Iraniens auront besoin d’un peu plus de six mois pour arriver à ce niveau, et auraient encore besoin d’environ deux ans supplémentaires pour développer des missiles capables de transporter une éventuelle bombe, selon des informations des médias israéliens qui citaient mardi soir le rapport 2020 de la direction des renseignements militaires de l’armée israélienne. Selon des éléments de ce rapport, l’Iran ne se hâtera pas pour fabriquer concrètement une bombe, car Téhéran ne souhaite pas une guerre bien qu’une escalade militaire demeure possible. « Nous savons exactement ce qui se passe dans le programme nucléaire iranien. L’Iran pense être en mesure de parvenir à l’arme nucléaire. Je le dis à nouveau : Israël ne permettra pas à l’Iran de parvenir à la bombe », a déclaré mardi soir dans un communiqué le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. « L’Iran est à deux ou trois ans d’avoir des capacités nucléaires », a commenté l’ancien chef de l’armée Benny Gantz et grand rival de Benjamin Netanyahu pour les élections parlementaires du 2 mars.

Lire aussi : L’Iran vu par des Israéliens qui l’ont quitté

Plusieurs chefs d’État, dont le président français Emmanuel Macron, seront présents en Israël la semaine prochaine à l’occasion du 5e Forum international de la Shoah au mémorial et musée de la Shoah Yad Vashem à Jérusalem.  Au moins 47 dirigeants internationaux, dont 26 présidents, quatre rois (d’Espagne, des Pays-Bas, de Belgique et du Luxembourg) et quatre Premiers ministres seront dans la capitale jeudi pour l’événement, ont annoncé les officiels. La veille, mercredi, les dirigeants se réuniront à la résidence de Reuven Rivlin pour un dîner officiel et des discussions. Le roi d’Espagne Felipe II prononcera un discours au nom de tous les hauts responsables mondiaux. Le forum de cette année marque le 75e anniversaire de la libération du camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau en 1945. Le ministère des Affaires étrangères a qualifié l’événement de troisième plus grand rassemblement de dirigeants internationaux dans l’histoire d’Israël, après les funérailles d’Yitzhak Rabin et de Shimon Peres.

Lire aussi : Le vice-président US Mike Pence assistera à une conférence sur la Shoah en Israël