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L’Edito hebdomadaire du 8 Novembre 2021

Israël – Iran : jeux de guerre autour du nucléaire

Alors que la République islamique a consenti à une reprise des discussions sur son programme nucléaire avec les puissances occidentales, elle a appelé samedi 6 novembre les États-Unis et les Européens à choisir une approche « réaliste » dans les négociations qui reprendront fin novembre, après cinq mois d’interruption. « La progression rapide des pourparlers oblige les parties européennes et américaines à adopter une approche réaliste et constructive en évitant les demandes excessives qui outrepassent les termes de l’accord sur le nucléaire » de 2015, a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, dans un communiqué publié sur le site de son ministère. Le chef de la diplomatie iranienne a tenu ses propos lors d’un entretien téléphonique avec son homologue russe Sergueï Lavrov.

Ces propos résonnent comme un ultimatum dans lequel, une fois encore, l’Iran veut imposer son tempo et ses conditions. Quasiment concomitamment, elle a entamé des exercices militaires près du détroit d’Ormuz, au coeur de tensions régionales depuis des décennies. Environ un cinquième des exportations de pétrole dans le monde y transite.

Les tensions dans le Golfe entre les Etats-Unis et l’Iran se sont exacerbées en 2018, date à laquelle Washington s’est retiré de l’accord de Vienne sous la houlette de l’ancien président américain Donald Trump, qui a réimposé des sanctions contre Téhéran. L’Iran s’en est alors progressivement affranchi à son tour, avant une reprise des discussions en avril dernier. Ces discussions ont été ajournées en juin après la victoire à l’élection présidentielle iranienne de l’ultra-conservateur Ebrahim Raïssi. Ali Bagheri Kani, le négociateur en chef de Téhéran sur le nucléaire, a déclaré le 3 novembre que les discussions reprendraient le 29 novembre.

Est-ce un nouveau coup de bluff ? Israël doit-il craindre pour sa sécurité ? L’Etat hébreu se trouve en dehors du jeu diplomatique. Il ne participe pas aux négociations et ne peut directement influer sur les clauses d’un éventuel accord. Le gouvernement Bennet-Lapid semble faire confiance aux Américains mais le risque d’obtenir un mauvais accord n’est pas exclu et les Israéliens le savent.

L’Iran ne cesse les démonstrations de force et multiplie les effets d’annonce en se targuant de disposer d’un grand nombre de flottilles d’avions sans pilotes par le biais desquels il pourra intervenir dans la majorité des installations pétrolières du Golfe, sans compter les quelque 130 000 missiles contrôlés par le Hezbollah libanais. Un rythme soutenu de 2000 attaques de missiles par jour à partir du Liban causerait des dégâts et des pertes humaines considérables. Le dôme de fer israélien ne suffirait pas et forcerait Israël à entreprendre des destructions massives des infrastructures libanaises.

Israël envisagerait sérieusement l’option d’une intervention. Benny Gantz, le ministre de la Défense a annoncé avoir obtenu une rallonge de 1,5 milliard de dollars pour préparer une attaque « potentielle » contre les sites nucléaires iraniens. Auparavant, il avait ordonné à l’armée d’accélérer la mise au point de « plans opérationnels ». En septembre, Naftali Bennett qui veut paraître aussi ferme sur le dossier iranien que Benyamin Netanyahou, son prédécesseur, a prévenu lors de son discours à l’ONU que « les mots ne peuvent pas arrêter les centrifugeuses », les équipements utilisés pour enrichir l’uranium par un régime islamique qui ambitionne ouvertement « d’effacer » Israël de la carte. Autre signal important, le chef d’état-major le général Aviv Kochavi a donné son feu vert à la reprise d’exercices d’entraînement intensifs de l’armée de l’air.

D’autre part, pas une semaine ne passe sans que des raids israéliens (non revendiqués) visant des convois d’armes iraniennes ne s’abattent sur le territoire syrien. L’objectif est clair : éviter qu’un deuxième front s’ouvre au Liban ou en Syrie au cas où l’État hébreu serait confronté à des représailles iraniennes. Israël veut empêcher l’Iran d’armer le Hezbollah dont les missiles de haute précision pourraient atteindre le territoire israélien à partir du Liban ou de la partie syrienne du plateau du Golan dans le nord d’Israël.