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L’Edito hebdomadaire du 30 Août 2021

Retrait américain d’Afghanistan : une opportunité pour les Européens et Israël

Depuis l’annonce du retrait américain d’Afghanistan et la prise du pouvoir par les talibans, les images de l’aéroport bondé de Kaboul, des personnes désespérées qui s’accrochent aux ailes des avions ne cessent de défiler sur nos écrans, tout comme les témoignages de femmes qui redoutent la répression de ces fous d’Allah.

Qui n’a pas été habité par un sentiment de colère, de honte et d’impuissance après la chute brutale de Kaboul, tombée sans résistance ?

Pour l’Afghanistan, le retour au pouvoir des talibans, qui promettent un «  gouvernement ouvert et inclusif » (interdit de rire) implique de fait, pour 40 millions d’Afghans, le retour à la terreur des années 1996 à 2001. Nul doute que le pays redeviendra un foyer de l’islam radical et du terrorisme international.

L’effondrement rapide des forces gouvernementales afghanes et la prise du pouvoir par les talibans ont choqué l’Europe et suscité un débat intense sur la politique qu’elle doit mener. Alors que les États-Unis étaient le principal moteur et décidaient de la stratégie d’intervention occidentale en Afghanistan, plusieurs pays européens, dont la France, ont eux aussi investi des troupes et des ressources. Maintenant que ces efforts sont réduits à néant, plusieurs questions inévitables se posent sur les leçons à tirer de l’expérience afghane en matière de sécurité, de stabilité régionale, et de relations avec les États-Unis et les autres puissances régionales, et sur les conséquences de cette crise, notamment migratoires – on peut redouter un flot massif de réfugiés – mais aussi sur la dissémination de l’idéologie islamiste.

Ce qui se passe en Afghanistan actuellement renforce le sentiment parmi les gouvernements arabes qu’ils ne peuvent plus compter sur les États-Unis pour assurer leur protection comme ils le faisaient auparavant mais qu’ils ont un voisin qui, contrairement à l’Iran ou à la Turquie, ne représente aucune menace pour eux, et qui affiche continuellement une ferme volonté d’utiliser la puissance militaire contre ses ennemis. Ce voisin, c’est Israël. Israël est la superpuissance militaire régionale. C’est aussi une puissance technologique redoutable qui entretient non seulement une alliance étroite avec les États-Unis, mais aussi des relations avec la Russie et la Chine, et qui pourrait contribuer à la stabilité, au développement et à l’unité du Moyen-Orient.

Le retrait américain d’Afghanistan constitue donc aussi une aubaine pour Israël. Mardi dernier, deux hauts responsables de l’administration Biden ont déclaré qu’il permettra de libérer des ressources qui pourront ensuite être réutilisées par d’autres alliés régionaux tels qu’Israël. S’exprimant sous couvert d’anonymat, les responsables ont déclaré que Joe Biden profiterait de l’occasion pour renforcer son engagement envers l’Etat hébreu et les autres alliés des États-Unis dans la région. Les responsables ont rejeté l’idée fréquemment répétée par les analystes depuis la dernière campagne électorale présidentielle selon laquelle Biden chercherait à « ne plus faire du Moyen-Orient une priorité » afin de se concentrer davantage sur la lutte contre l’influence croissante de la Chine. Les Américains ne veulent pas renoncer mais se redéployer.

Dans ce chaos généralisé, se dessine une opportunité pour les Européens qui pourraient profiter du discrédit porté sur les Etats-Unis et l’Administration Biden pour prendre le leadership politique, diplomatique et militaire dans la région, en s’appuyant sur leur allié israélien et les Etats arabes signataires des Accords d’Abraham. Le temps est propice pour former une alliance stratégique qui garantirait la stabilité du Moyen-Orient en tenant à distance les Iraniens, les Turcs et leurs alliés russe et chinois.

Si l’Europe ne s’engage pas à stabiliser son voisinage, l’instabilité viendra chez elle. Il y a pour la France, qui dispose de moyens militaires importants et d’une vraie force de projection, une opportunité à ne pas manquer. Nous suivrons avec attention l’évolution de la situation et nous ferons aussi des propositions pour favoriser ce rapprochement.