L’édito hebdomadaire du 3 Mai 2021

A moins d’un mois des législatives palestiniennes, prévues le 22 mai et qui devaient être suivies d’une présidentielle fin juillet, le Président palestinien Mahmoud Abbas a décrété sans surprise, dans la nuit de jeudi à vendredi le report sine die des scrutins.

Voilà maintenant plus de 15 ans que le chef de l’Autorité palestinienne, âgé de 86 ans, s’oppose à la tenue de nouvelles élections, par peur de les perdre, se dédouanant une fois encore en accusant Israël qui ne s’y est d’ailleurs jamais opposé. Le Hamas et d’autres factions palestiniennes ont qualifié de « coup d’État » la déclaration d’Abbas, qui met à mal la réconciliation entamée ces derniers mois avec le Fatah pour conduire à des élections, puis possiblement à un gouvernement d’union après le scrutin. Cette énième « démission démocratique » pose la question de l’auto-détermination et du « projet » palestinien.

Le vieux raïs continue de jouer sur l’ambiguïté, tantôt en s’engageant à promouvoir une « culture de paix et un rejet de la violence » dans les instances internationales, tantôt en encourageant les actes de violence et de terrorisme en récompensant les auteurs d’attentats et leurs familles.

La question fondamentale qui se pose est la suivante : comment tenir des élections démocratiques dans un Etat virtuel ? Depuis 2007, Mahmoud Abbas ne maîtrise plus la situation dans la bande de Gaza, dirigée par le régime du Hamas.  Il n’est plus populaire dans la rue palestinienne pour qui le Hamas présente une menace et une alternance. Persona non grata à Gaza, le chef palestinien redoute de voir le parti islamiste s’installer dans ses bureaux de Ramallah.

Le Fatah est aujourd’hui morcelé et Mahmoud Abbas doit faire face à des listes dissidentes, dont celle de soutenu par son ancien Premier ministre, Salam Fayyad et celle de Mohamme Dahlan, l’ancien chef de la sécurité intérieure à Gaza. En exil à Abu Dhabi et proche du prince Mohammed ben Zayed, il est persona non gratta dans les territoires palestiniens. Enfin, le neveu de Yasser Arafat, Nasser al-Kidwa, a monté sa propre liste. Exclu du Fatah, il est appuyé par le très populaire Marouane Barghouti, emprisonné en Israël depuis 2002 en lien avec des attentats commis contre Israël durant la seconde Intifada.

Depuis plusieurs décennies, les Palestiniens absorbent près de 40% de l’aide humanitaire mondiale, pour quel résultat ? Elle provient de plusieurs sources : les Etats-Unis, l’Union européenne, plusieurs centaines d’ONG et des organismes qui émanent de l’ONU. Ainsi l’UNRWA, l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient, créé à la suite de la première guerre israélo-arabe de 1948, a décrété que les bénéficiaires de l’aide ne devaient pas être uniquement les réfugiés palestiniens de 1948, mais également leur descendants. Une situation sans équivalent et sans précédent dans l’histoire. Un véritable scandale au regard du sort des dizaines de millions de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale qui n’ont pu bénéficier d’un tel traitement de faveur.

Si Mahmoud Abbas et les autres leaders arabes souhaitent faire avancer réellement le processus de paix, ils devraient davantage s’attacher à résoudre les causes fondamentales de ce conflit : l’éducation haineuse prodiguée aux jeunes générations dans le monde arabe envers les juifs et les chrétiens ; le refus d’envisager l’existence d’un Etat juif au sein d’une terre qu’ils considèrent comme leur appartenant ; la dénonciation d’Israël comme responsable de leurs défaillances internes ; la corruption endémique qui prive les Palestiniens de perspectives de développement et qui entretient cette région dans la misère et le sous-développement malgré les milliards qui sont injectés par la communauté internationale.

L’Union européenne commence timidement à comprendre que la haine qui nourrit le discours politique palestinien compromet le processus de paix. Ce discours victimaire ne convainc plus aujourd’hui, particulièrement dans le contexte des nouvelles alliances stratégiques avec les pays arabes du Golfe.

C’est pourquoi la question même d’une solution à deux Etats, qu’ELNET appelle de ses vœux, doit tenir compte de toutes les différences fondamentales qui subsistent entre les parties et qui ne peuvent être discutées que dans le cadre de négociations sincères.