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L’Edito hebdomadaire du 23 Mai 2022

Près d’un mois après sa réélection, Emmanuel Macron a achevé de former son nouveau gouvernement, annoncé par Alexis Kohler sur le perron de l’Élysée vendredi 20 mai. Pour la première fois depuis 1992, il sera dirigé par une femme : Élisabeth Borne, 61 ans, ancienne ministre des Transports, du Travail, et de la Transition écologique. Elle succède à Jean Castex, qui se dit désormais prêt à faire «un pas de côté, en sortant de la politique nationale». Si l’ancien gouvernement comportait 42 membres, celui-ci en compte 27 : 17 ministres, 6 ministres délégués ainsi que 4 secrétaires d’État.

Lors du dernier quinquennat, la relation bilatérale France – Israël a montré une évolution plutôt encourageante mais la crise sanitaire et la guerre en Ukraine n’ont pas permis de voir se déployer une véritable stratégie diplomatique. De nombreux sujets restent encore en suspens. Que change la réélection d’Emmanuel Macron ? Quels sont les principaux défis du quinquennat qui s’ouvre en matière de politique étrangère ? Comment peut-il consolider les liens entre la France et Israël ? Quelle place va-t-il donner à la France dans les accords d’Abraham ?

Après Jean-Yves Le Drian, le Président français a choisi Catherine Colonna comme Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Ancienne ministre déléguée aux Affaires européennes (2005-2007) dans le gouvernement de Dominique de Villepin, porte-parole de l’Élysée de 1995 à 2004 sous la présidence de Jacques Chirac, elle a ensuite été représentante permanente de la France auprès de l’UNESCO (2008-2010) et de l’OCDE (2017-2019), puis ambassadrice en Italie (2014-2017) et enfin au Royaume-Uni depuis le septembre 2019, poste qu’elle occupait jusqu’à sa nomination.

Diplomate chevronnée, la nouvelle cheffe de la diplomatie arrive au moment où une fronde se prépare au Quai d’Orsay après le changement du statut des diplomates et de la fin du corps diplomatique. Mais la guerre en Ukraine, même si elle ne concerne pas directement le Moyen-Orient, a un impact sur les chancelleries européennes qui prennent conscience du danger potentiel que peut représenter une puissance non démocratique dotée de l’arme atomique comme la Russie, c’est pourquoi le dossier iranien inquiète de plus en plus et devrait être une priorité pour la France dans les jours qui viennent, d’autant que deux ressortissants français ont été arrêtés et pourraient être utilisés comme moyen de pression dans les négociations. La position française sur le dossier du nucléaire iranien demeure ferme et ne changera pas. En 2019 déjà, la France se disait « préoccupée » par les activités nucléaires de Téhéran. Depuis, l’enrichissement d’uranium atteint des niveaux particulièrement dangereux. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), le régime des Mollahs a commencé le processus d’enrichissement de l’uranium de 20% avec des centrifugeuses avancées sur son installation de Fordo.

En déplacement dans les États du Golfe début décembre 2021, le Président Macron avait suggéré qu’Israël soit à son tour partie prenante des discussions qui se déroulent à Vienne. Une avancée non négligeable qui démontre une véritable prise de conscience des enjeux de la région sur laquelle il s’agira de capitaliser dans les mois à venir.

La France comme les Émirats arabes unis avaient souligné l’importance des Accords d’Abraham, un an après la signature de ceux-ci en septembre 2021, lors de la visite du Cheikh Mohammed Bin Zayed Al Nahyan à Paris. L’engagement de la France est à ce stade encore très timide, et nous attendons qu’elle promeuve davantage ces accords qui contribuent indéniablement à pacifier le Moyen-Orient, ce qui a et qui aura, naturellement, des effets positifs pour l’Europe et les pays du bassin méditerranéen.

Autre dossier épineux attendu : le rôle de la France au sein des instances internationales. Membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies qui incarne les droits de l’homme, elle doit cesser de voter presque automatiquement en faveur des résolutions onusiennes ciblant Israël comme ce fut le cas encore dernièrement sur le statut de Jérusalem. Au contraire, il est indispensable que Paris dénonce le traitement indigne subi par l’État hébreu, pays ami et allié nécessaire, en particulier dans la région Méditerranée –  Moyen-Orient.

Les semaines qui viennent devraient rapidement nous donner la tonalité du mandat et les priorités internationales du Président.

L’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement en Israël en juin 2021 a marqué un tournant dans les relations entre les deux pays, en raison des liens d’amitié noués entre le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid et Emmanuel Macron lors de sa venue en Israël en 2015 et depuis. Mais le gouvernement de coalition étant fragile, comme l’ont montré les derniers revirements à la Knesset, il faudra miser sur les valeurs partagées et les intérêts stratégiques communs entre les deux pays pour transcender les dissonances et bâtir de nouvelles coopérations.