L’Edito hebdomadaire du 21 Juin 2021

Que peut-on retenir du premier tour de ces élections régionales et départementales ?

Au lendemain du premier tour des élections régionales et départementales, un premier bilan s’impose.

Tout d’abord, la majorité des observateurs s’accordent sur un point essentiel : le grand vainqueur de ces élections n’a ni visage, ni couleur politique. Avec près de 67% d’abstention, l’électorat a boudé le scrutin. Un taux historiquement élevé, jamais atteint sous la Vème République pour une élection à deux tours, qui en dit long sur le désintérêt des Français. La tendance n’est pas nouvelle et s’est même accélérée puisque l’élection de 2015 n’avait déplacé que 50% des électeurs et encore moins lors des Européennes et des Municipales.

Plusieurs raisons pourraient expliquer ce manque d’engouement pour les urnes. Pas encore tout à fait sorti de la pandémie, le pays reprend néanmoins vie peu à peu. Après plus d’un an de restrictions anxiogènes, et autres confinements, il n’est pas surprenant que les Français aient tout simplement souhaité profiter de cette liberté retrouvée.

De plus, les élections locales sont généralement maltraitées en raison du fameux « mille-feuilles territorial ». En effet, les compétences des conseils régionaux et départementaux sont peu connues des électeurs, tout comme les élus eux-mêmes qui ne parviennent pas à faire émerger les véritables enjeux de ces scrutins. Les candidats ne sont pas en mesure de se faire entendre pour parler concrètement des problématiques qui concernent directement les Français. Cette année, c’est la désorganisation qui semble avoir dominé. Plusieurs candidats ont affirmé que leurs professions de foi n’étaient jamais arrivées dans les boîtes aux lettres, empêchant de fait la population de se familiariser avec les visages et les programmes.

Confus, les électeurs s’en remettent aux médias qui ne jurent que par le prisme national, oubliant totalement l’échelon départemental pour se consacrer à quelques régions-clés dont les têtes de listes sont pressenties ou déjà déclarées pour l’élection présidentielle de 2022. Considérés comme le quatrième pouvoir, les médias jouent un rôle essentiel dans cette démobilisation car ils ont été incapables d’éclairer le débat.

Mais contrairement aux scrutins précédents, l’abstention n’a pas profité aux extrêmes. Ici, ce sont les sortants qui ont obtenu les suffrages des votants. A droite, les candidats des régions des Hauts-de-France, d’Ile-de-France et d’Auvergne Rhône-Alpes arrivent largement en tête. En Bretagne, Bourgogne Franche-Comté et Occitanie, la gauche reprend des couleurs. Seule la région Sud affiche des résultats très serrés entre le candidat de droite et celui du Rassemblement National (RN). La mobilisation contre tous les extrêmes reste donc de mise.

Beaucoup et surtout au RN, espéraient faire de cette élection un test grandeur nature à moins d’un an de l’élection présidentielle. Sous cet angle, il semble que le parti d’extrême droite ne parvienne pas à convaincre de sa crédibilité compte tenu de son incompétence et de son programme, profondément nauséabond. Les représentants du RN affirment régulièrement qu’ils ne peuvent être jugés puisqu’ils n’ont jamais été au pouvoir. Un argument qu’il est facile de démentir si l’on se réfère à une période bien triste de notre histoire… Dans les années 1940, c’est bien l’extrême droite qui était au pouvoir et qui a façonné le Front National devenu Rassemblement National. Ainsi, il n’est pas étonnant que plusieurs candidats estampillés RN cette année, aient été suspendus pour leurs propos antisémites et xénophobes.

Le RN est donc encore moins le premier parti de France qu’il ne l’était hier, bien qu’il se plaise à le répéter un peu trop souvent. Une excellente nouvelle qui démontre que le corps électoral sait se montrer responsable et accorder sa confiance à ceux qui ont déjà prouvé leurs compétences et leur engagement, contrairement à Marine Le Pen et consorts. Ainsi, ceux qui prévoyaient d’ores et déjà un duel Emmanuel Macron / Marine Le Pen au second tour de la présidentielle ont abandonné la partie un peu trop rapidement… Au contraire, le jeu semble s’ouvrir de plus en plus, les Français ne souhaitant pas s’enfermer dans ce schéma à nouveau.

Les extrêmes restent donc en retrait, y compris la France insoumise et les écologistes qui avaient pourtant réalisé une percée significative lors des élections municipales. Le paysage politique se réorganise puisque les résultats de ce premier tour sont également décevants pour la majorité présidentielle qui manque d’implantation locale. La gauche républicaine continue à bénéficier de son ancrage territorial qui peut lui permettre de rebondir. Quant aux Républicains qu’on disait perdus, ils sont en tête avec près de 30% des voix au niveau national.

Il reste quelques jours aux forces politiques pour se mobiliser afin d’encourager les électeurs à revenir aux urnes pour le second tour, en particulier en région Sud où le RN reste fort. Et l’enjeu est de taille : faire barrage à tous les extrêmes dès maintenant et poursuivre cette lutte jusqu’au prochain scrutin. La montée du Rassemblement National n’est pas une fatalité. Au contraire, les partis sortis en tête de ce premier tour incarnent la recomposition politique qui pourra s’organiser non plus autour d’un Front républicain inefficace mais autour d’une coalition de gouvernement qui redonnera à la France sa place parmi les grandes puissances économiques et politiques dans le monde. Nous avons les moyens de sortir de l’impasse et savons sur qui nous appuyer pour y arriver. Les Français peuvent faire triompher les valeurs démocratiques et républicaines et ainsi relever les défis qui restent devant nous.