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L’Edito hebdomadaire du 20 Juin 2022

Au soir du second tour des élections législatives, le président de la République n’est pas parvenu à rassembler la majorité « solide » qu’il appelait de ses vœux. Ensemble! est loin de la barre des 289 députés nécessaires pour faire voter des lois puisque le parti ne dispose que de 245 députés. De son côté, la gauche radicale entre en force au Parlement, tout comme le Rassemblement national qui compte à lui seul 89 élus. Avec une abstention de 53,77 %, le second tour marque un nouveau record. Et vient ajouter à la crise démocratique qui parcourt le pays.

Jean-Luc Mélenchon aura beau fanfaronner et crier victoire, celle-ci n’est qu’en demi-teinte. Grâce à une dédiabolisation qui a déjà fait ses preuves à la présidentielle et l’effondrement du « front républicain » censé faire barrage aux extrêmes, le Rassemblement national a plus que réussi son pari. Sa candidate à l’Elysée Marine Le Pen, qui avait déjà obtenu un score jamais vu au second tour de la présidentielle, avec 41,5% des voix, a fait part elle-même lundi de sa « surprise » alors qu’elle espérait une soixantaine de députés. Sans scrutin proportionnel et sans alliances, elle obtient un groupe presque trois fois plus nombreux que celui qu’avait présidé son père de 1986 à 1988 avec 35 députés. Le RN revendique désormais d’être le premier « parti » d’opposition à l’Assemblée nationale devant la France insoumise, qui devrait compter entre 70 et 80 députés, et les Républicains (61 députés). Ce résultat, loin des projections des instituts de sondage qui créditaient le RN de 20 à 50 sièges, s’explique notamment par les reports de voix, qui peuvent d’un coup apporter 30 élus supplémentaires

Le résultat du groupe de Jean-Luc Mélenchon apparaît bien en deçà de sa campagne tonitruante, avec 131 députés. De quoi peser à l’Assemblée nationale toutefois puisque le leader Insoumis et sa Nupes s’emparent du titre de premier groupe d’opposition. Il peut donc revendiquer la présidence de la commission des finances pour ses troupes, mais pas Matignon pour lui. Certes, l’hypothèse était improbable. Mais elle apporte un éclairage négatif sur la performance de la Nupes.

La question qui se pose désormais à Emmanuel Macron dans les jours qui viennent est la suivante : comment gouverner l’ingouvernable? Un accord de coalition avec la droite pourrait-il sauver les meubles ?

La rébellion est déjà en marche à l’extrême gauche. L’alliance de gauche Nupes qui a envoyé 131 députés à l’Assemblée nationale a d’ores et déjà déposé une motion de censure contre le gouvernement le 5 juillet, a-t-elle annoncé sur Twitter. Celle-ci est supposée permettre aux députés d’exprimer leur désapprobation face à un gouvernement et peut amener à le renverser. Pour déposer une motion, les députés doivent former un groupe d’opposition d’au moins 58 députés. Ce type de démarche n’a cependant que rarement abouti et paraît compliquée aujourd’hui. Elle nécessite une majorité absolue et donc une alliance, qui improbable dans ce cas précis, entre toutes les forces d’opposition. Or, les autres partis de la Nupes s’y sont déjà opposés.

Avec une majorité absolue envolée, deux partis contestataires consacrés comme premiers groupes d’opposition, un président de l’Assemblée nationale défait…, la logique du scrutin majoritaire a craqué de toute part sous la pression de l’abstention et d’une campagne erratique entre coups d’éclat et invectives. Chose inédite sous la Ve République et encore davantage depuis 2002 et la réforme du calendrier électoral, l’Hémicycle va incarner la complexité d’un paysage politique fragmenté.

Pour autant, ces élections législatives n’ont finalement pas été la débâcle qui était annoncée, néanmoins, les défis qui s’annoncent sont majeurs  et appellent à la constitution d’un gouvernement d’unité républicaine. Le Président Emmanuel Macron doit saisir cette occasion pour isoler les extrêmes que constituent la Nupes et le Rassemblement national et tendre la main à tous les républicains.