L’armée syrienne de retour dans le Golan, face aux troupes israéliennes (Benjamin Barthe – Le Monde)

Après plusieurs jours de bombardements, les rebelles de la province de Kuneitra ont accepté de déposer les armes.

L’armée syrienne va se redéployer dans les prochains jours sur le plateau du Golan, dans la province de Kuneitra, dans le sud-ouest du pays, en vis-à-vis de l’armée israélienne, qui occupe une partie de cette région depuis 1967. Les groupes armés rebelles, qui contrôlaient ce territoire depuis une demi-dizaine d’années, se sont résolus, jeudi 19 juillet, à déposer les armes, après avoir subi plusieurs jours de violents bombardements.

Cet accord de reddition, imposé par la Russie, alliée de Damas, survient deux semaines après un arrangement du même genre, conclu avec les insurgés de la province voisine de Deraa, berceau du soulèvement contre Bachar Al-Assad. Un mois après le lancement de l’offensive des loyalistes dans le Sud syrien, la quasi-totalité de l’ex-bastion rebelle a hissé le drapeau blanc, la seule poche qui résiste encore étant le bassin du fleuve Yarmouk, aux mains d’une faction affiliée à l’organisation Etat islamique (EI).

A Kuneitra comme à Deraa, les opposants sont convenus d’abandonner leurs armes lourdes et moyennes et de laisser les institutions étatiques reprendre place, en échange d’un cessez-le-feu et d’une d’amnistie. Ceux qui, malgré ces promesses, redoutent d’être arrêtés ou qui veulent poursuivre le combat, seront transférés vers la province d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, l’ultime possession des anti-Assad.

Dimanche 15 juillet, près de 500 combattants et civils de la ville de Deraa avaient été évacués vers cette destination, qui a accueilli depuis deux ans des milliers de naufragés de l’insurrection syrienne. Fief de groupes extrémistes, comme Hayat Tahrir Al-Cham, l’ex-branche syrienne d’Al-Qaida, Idlib pourrait être la prochaine cible des forces gouvernementales, qui sont déterminées à reconquérir la totalité du territoire syrien.

Retour au statu quo

Dans le Golan, à la suite de la capitulation des rebelles, deux brigades de l’armée syrienne devraient prendre position le long de la ligne de démarcation, héritée de la guerre israélo-arabe d’octobre 1973. Cet axe nord-sud scinde le plateau en deux parties : une de 1 200 kilomètres carrés occupée et annexée par Israël, en violation du droit international, et une autre de 510 km2, restée sous souveraineté syrienne.

Ce retour au statu quo en vigueur avant 2011 – année du déclenchement de la révolte anti-Assad – a reçu la bénédiction d’Israël. Jeudi 12 juillet, à l’issue d’une rencontre avec le président russe, Vladimir Poutine, qui a servi d’intermédiaire entre l’Etat hébreu et la Syrie, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, s’était félicité du calme régnant dans cette zone entre la guerre de 1973 et 2011. « Nous n’avons pas eu de problèmes avec le régime Assad, en quarante ans, pas une seule balle n’a été tirée sur le plateau du Golan », avait déclaré M. Nétanyahou.

Israël s’inquiète en revanche de la présence, dans le Sud syrien, de milices chiites pro-iraniennes, comme le mouvement libanais Hezbollah. De l’avis des observateurs du conflit syrien, Moscou semble ne pas être parvenu, comme l’espérait M. Netanyahou, à convaincre Damas d’éloigner tous ces éléments du Golan.

Bombardement d’un site du Hezbollah

Jeudi 12 juillet, quelques heures avant la déclaration du chef du gouvernement israélien, l’aviation israélienne avait bombardé trois positions militaires loyalistes dans le sud de la Syrie, dont un site du Hezbollah. Une opération menée en représailles à l’infiltration dans l’espace aérien israélien, la veille, d’un drone venu de Syrie, qui a été abattu par un missile.

Le cessez-le-feu conclu entre les rebelles et l’armée régulière devrait permettre aux dizaines de milliers de Syriens qui s’étaient massés ces dernières semaines près de la ligne de démarcation, dans l’espoir d’échapper aux combats, de regagner leur domicile. La population qui avait afflué simultanément, et pour la même raison, à la frontière jordanienne, a quitté les lieux après la reddition des rebelles de Deraa, le 6 juillet.

Jeudi, parallèlement à l’accord de Kuneitra, les 7 000 derniers habitants de deux localités chiites des environs d’Idlib, Foua et Kefraya, assiégés depuis 2015 par les rebelles, ont été évacués vers des zones gouvernementales. Ce transfert a été mené en vertu d’un accord conclu, mardi, entre la Russie et la Turquie, soutien des rebelles, qui prévoit en échange la libération par le régime de 1 500 prisonniers. En avril 2017, un premier groupe de résidents de Foua et de Kefraya avait été évacué, en même temps que des milliers d’habitants de Madaya et Zabadani, deux villes proches de Damas, encerclées, elles, par des troupes pro-Assad.