Israël encore en route vers des élections (Thierry Oberlé – Le Figaro)

La zizanie gouvernementale et la paralysie de l’État pourraient conduire à un quatrième scrutin en deux ans.

Un premier ministre parti pour une escapade nocturne chez le prince héritier d’Arabie saoudite sans prévenir ses ministres de la Défense et des Affaires étrangères. Un ministre de la Défense qui lance une commission d’enquête pour faire remonter à la surface une affaire de sous-marins allemands dans laquelle le chef du gouvernement a été soupçonné de corruption. Rien ne va plus entre Benyamin Nétanyahou et Benny Gantz, alors que le gouvernement d’union installé dans la douleur en mai n’a jamais aussi peu mérité son nom. Ses jours semblent comptés. Paralysé par la zizanie et la défiance, il n’est pas parvenu à s’accorder sur un budget pour l’année en cours. Il a jusqu’à la date butoir du 23 décembre pour obtenir un vote devant les députés de la Knesset. Dans le cas contraire, le Parlement sera automatiquement dissous et des élections législatives anticipées – les quatrièmes en deux ans – se tiendront au début du printemps prochain.

Six mois après sa formation, la cohabitation entre le leader du Likoud et le patron de Bleu et Blanc est moribonde. Benyamin Nétanyahou entend se maintenir le plus longtemps possible au pouvoir et éviter les écueils de ses ennuis judiciaires. Une dissolution aurait à ses yeux l’avantage de mettre fin au pacte qui l’oblige, à la suite d’un accord de rotation, à céder son poste à son rival en novembre 2021. Quant à l’ex-chef d’état-major de l’armée, il ne parvient pas à exercer son autorité au sein du gouvernement, comme dans son propre camp en proie aux divisions.

L’affaire des sous-marins

À en croire le ministre de l’Intérieur ultraorthodoxe Aryé Dery et allié de longue date de «Bibi», Benny Gantz a franchi une «ligne rouge» en réactivant le dossier de la vente de sous-marins militaires de l’industriel allemand ThyssenKrupp. Les navires avaient été acquis pour un montant d’environ 1,6 milliard d’euros avec à la clé des dessous-de-table présumés. Plusieurs collaborateurs du premier ministre, dont son avocat David Shimron, sont inculpés, mais Benyamin Nétanyahou n’a pas été inquiété par le procureur général. En mars 2019, lors de la dernière campagne électorale, Benny Gantz avait directement accusé le premier ministre, mis sur le banc des prévenus dans trois autres affaires, d’avoir touché quelque 4 millions d’euros grâce à la vente de ces sous-marins. Il dit aujourd’hui vouloir «mettre en lumière» les marchandages qui ont conduit aux transactions. La commission d’enquête émettra à l’issue de ses travaux des avis à la valeur purement consultative. Pour le Likoud, Benny Gantz cherche juste à salir à des fins électorales l’image de son premier ministre qu’il sait hors de cause.

Postes en jachère

Dans ce climat de défiance, le gouvernement est dans l’incapacité d’adopter les budgets 2020 et 2021, ou de s’accorder sur les postes à pourvoir dans les hautes sphères de l’État. «L’absence de stabilité politique avec des élections sans majorité a conduit au report des échéances, puis le gouvernement d’union n’a pas tenu ses promesses. Nétanyahou a manœuvré pour inclure le budget 2022 dans le vote de la Knesset, alors qu’il est censé avoir passé le témoin à cette date à Gantz. Il a essuyé, comme prévu, un refus au Parlement. Le budget est devenu une arme pour une dissolution», explique l’économiste Jacques Bendelac.

L’immobilisme a également pour conséquence de repousser aux calendes grecques les nominations dans la haute administration. «Les cas de postes en jachère sont de plus en plus nombreux, notamment au ministère des Finances, décapité après une cascade de démissions, mais on en trouve dans presque tous les ministères, y compris au sommet de l’État. Quant à la police, elle n’a pas de directeur depuis septembre 2018. Il s’agit de désignations indispensables à la bonne tenue des institutions, mais elles sont repoussées en raison de désaccords», poursuit l’économiste.

Lors de sa présentation, le nouveau gouvernement, qui s’était doté sur le papier d’un cabinet de «réconciliation», se définissait comme un «gouvernement d’urgence nationale».