Israël: Nétanyahou contesté dans la rue pour sa gestion du Covid (Marc Henry – Le Figaro)

Le premier ministre israélien est en chute libre dans les sondages et critiqué au sein du Likoud.

Benyamin Nétanyahou livre des batailles tous azimuts dans la rue, devant la justice, au sein de son gouvernement et du Likoud, son parti. Sur le front judiciaire, la deuxième session de son procès pour corruption, abus de confiance et fraude ouvert au mois de mai a eu lieu dimanche. Les juges ont décidé que la comparution des témoins débutera en janvier. Un des avocats du premier ministre, qui se présente comme l’innocente victime d’un complot de la gauche, des médias, de la police et du procureur général, a expliqué qu’un tel report était nécessaire car il est difficile de savoir si un «témoin portant un masque dit la vérité».

La contestation dans les rues ne connaît en revanche aucun répit. Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés ce week-end à Jérusalem et Tel-Aviv. Certains mènent le combat contre Benyamin Nétanyahou qu’ils surnomment, avec un jeu de mots en anglais de «crime minister» au lieu de «prime minister», d’autres pour exprimer la détresse des secteurs les plus sinistrés du fait de l’épidémie. Une deuxième vague de Covid-19 encore plus brutale que la première laisse en effet peu de place à l’espoir d’un retour rapide à la «normale» alors qu’entre 1500 et 2000 personnes supplémentaires sont contaminées chaque jour et que le nombre de malades gravement atteints recommence à grimper dangereusement.

Début de fronde au Likoud

Face à cette situation, Benyamin Nétanyahou donne l’impression de ne plus savoir où donner de la tête. Sa cote de popularité est en chute libre alors qu’au début de l’épidémie, il est apparu comme maître du jeu. Confronté à une révolte des patrons de restaurants qui menaçaient de défier les ordres de fermeture du gouvernement, le premier ministre a fait machine arrière et permis qu’ils restent provisoirement ouverts. Au sein même du Likoud, son parti, qu’il contrôlait jusqu’à présent d’une poigne de fer, un début de fronde est perceptible. Comme le proclamait à la radio un «bibiste», c’est-à-dire un partisan inconditionnel du premier ministre, «peu m’importe s’il lave ses tapis avec du champagne, l’essentiel pour moi c’est que mon gagne-pain ne soit pas menacé».

Carnet de chèques

Pour tenter de ramener le calme, Benyamin Nétanyahou a sorti le carnet de chèques afin de doper la consommation et la création d’emplois. Il a annoncé que tous les Israéliens de plus de 18 ans allaient toucher 190 euros et 770 euros pour les familles avec trois enfants. Cette mesure très onéreuse (1,5 milliard d’euros) s’est retrouvée aussitôt taillée en pièces, car elle ne fait aucune distinction entre ceux dont le niveau de vie est en chute libre et ceux qui s’en sortent indemnes.

Résultat: des ministres, le gouverneur de la Banque d’Israël, la directrice générale du ministère des Finances n’ont pas ménagé leurs critiques. Une députée du Likoud, Yifat Shasha-Biton, présidente de la commission du Parlement en charge de la lutte contre le Covid-19, a même infligé un camouflet au premier ministre en bloquant une partie de ses décisions.