Israël ajuste ses attentes après les faveurs de Trump (Thierry Oberlé – Le Figaro)

DÉCRYPTAGE – Malgré le désaccord de l’État hébreu vis-à-vis de l’accord nucléaire iranien, le premier ministre Benyamin Netanyahou souhaite avant tout préserver les relations diplomatiques de son pays avec les États-Unis.

Israël réagit avec prudence aux pressions américaines pour une reprise des négociations avec l’Iran sur le nucléaire. Vendredi, le bureau de Benyamin Netanyahou a publié une brève déclaration réaffirmant son désaccord. «Israël reste engagé à empêcher l’Iran de se doter d’armes nucléaires, et sa position sur l’accord nucléaire n’a pas changé, indique le communiqué. Israël pense que revenir à l’ancien accord ouvrira la voie à l’Iran vers un arsenal nucléaire.»

Le premier ministre israélien cherche à éviter un clash d’emblée avec la nouvelle Administration américaine. Lors de l’ère Obama, marquée par l’accord de 2015, sa réaction avait été brutale. Le chef du gouvernement israélien avait dénoncé la position des États-Unis à la tribune du Congrès américain parlant d’une «erreur historique». Cela n’avait rien changé au «deal» et il s’était aliéné les démocrates. Joe Biden se chargeait alors de gérer Benyamin Netanyahou, dont les contacts avec Barack Obama étaient glaciaux.

Le nouveau président et le premier ministre, qui se connaissent depuis des dizaines d’années, ont tiré les enseignements de cette période et agissent aujourd’hui avec une grande précaution. Les divergences entre les deux alliés sont fortes. Durant des semaines après son entrée en fonction, le président américain n’a pas appelé son principal partenaire dans la région. Une mise en quarantaine comme une punition pour dénoncer le couple fusionnel que Benyamin Netanyahou formait avec Donald Trump. Puis ils ont échangé par téléphone la semaine dernière, des civilités diversement interprétées par les deux parties.

Deux écoles

Le Département d’État américain considère que la sortie de l’accord sur le nucléaire a été néfaste. Les Israéliens pensent au contraire que la politique de sanctions de Donald Trump a été stimulante. Ils hésitent cependant sur la conduite à tenir. Le premier ministre Netanyahou a réuni lundi ses principaux ministres d’un cabinet divisé pour aborder la question.

Deux écoles de pensée s’opposent dans l’establishment israélien de la sécurité. L’une préconise de travailler avec l’Administration Biden pour modifier des aspects plus larges du JCPoA en l’élargissant à la présence intrusive de Téhéran dans la région via des livraisons d’armes à l’Irak, au Yémen, au Liban, à la Syrie et à la bande de Gaza.

L’autre soutient qu’il est préférable de se concentrer sur la question nucléaire, au moins dans une première phase. Pour elle, le strict minimum serait que tout nouvel accord inclut des conditions ne permettant pas à l’Iran de progresser dans son programme nucléaire pendant des décennies. Les partisans de cette posture jugent que présenter des exigences supplémentaires affaiblirait une capacité d’influence en perte de vitesse depuis le départ de Donald Trump.

Le débat a des prolongements de politique intérieure en pleine campagne pour les législatives du 23 mars. «Benyamin Netanyahou veut rester en position dominante et garder l’exclusivité. Il veut se présenter comme le garant de la sécurité nationale, mais ne veut pas perdre le soutien américain», estime le chercheur Ofer Zalzberg.

Au-delà de l’Iran, Israël constate des changements par petites touches. Les États-Unis vont conserver leur ambassade à Jérusalem, dont le statut de capitale est contesté par les Nations unies depuis la guerre de 1967. Antony Blinken, le secrétaire d’État, s’est démarqué de la reconnaissance par Donald Trump de l’annexion israélienne du plateau du Golan, un territoire syrien sur le plan du droit international occupé et annexé par Israël. Cette région hautement stratégique devrait faire l’objet aux yeux des Américains d’une évaluation ultérieure, en fonction de l’évolution du régime syrien. Bref, il annonce un retour aux fondements de la diplomatie américaine.

La question palestinienne est également abordée avec des réserves. Antony Blinken a déclaré lundi à son homologue israélien, Gabi Ashkenazi, qu’une solution à deux États pour mettre fin au conflit israélo-palestinien «était la meilleure pour l’avenir d’Israël». Le plan Trump pour le Proche-Orient, le fameux «deal du siècle» qui était très favorable à l’État hébreu, est jeté aux oubliettes de l’histoire.

Huile sur le feu

De leur côté, les Palestiniens sont dans l’attente. Ils espèrent la fin de l’ostracisme qui les visait avec la réouverture du bureau de liaison de l’OLP à Washington, la reprise des aides financières américaines à l’UNRWA, l’office onusien pour les réfugiés palestiniens, et plus largement l’ouverture d’un dialogue. Ramallah, siège de l’Autorité Palestinienne, a annoncé des élections législatives en mai et une présidentielle cet été, scellant un rapprochement avec le Hamas et montrant une volonté de retour, en principe du moins, aux normes démocratiques.

L’ouverture par la Cour pénale Internationale (CPI) d’une enquête pour des crimes de guerre présumés d’Israël commis dans les territoires palestiniens pourrait cependant raviver les tensions. La CPI s’est déclarée territorialement compétente pour mener des investigations mais la procureur, la Gambienne Fatou Bensouda, qui doit être remplacée par le Britannique Karim Khan en juillet, n’a pas pris de décision. Les diplomaties américaine et européennes, allemande notamment, considèrent que des poursuites jetteraient de l’huile sur le feu d’un conflit sans fin.