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Le Hezbollah lance un jeu vidéo sur la guerre en Syrie

Le dernier jeu vidéo du mouvement politico-militaire chiite, intitulé Défense sacrée, protéger la patrie et les sanctuaires, recrée plusieurs batailles récentes en Syrie et au Liban contre l’Etat Islamique.

Après une victoire militaire, le Hezbollah, parti politique libanais doté d’une puissante milice, aime marquer le coup avec un nouveau jeu vidéo. C’est ce qu’il a fait quelques années après le retrait israélien du sud Liban en 2000, avec Special Force 1, et à la suite de la guerre de juillet 2006 contre Israël, avec Special Force 2. Mercredi, le mouvement chiite a inauguré Défense sacrée, protéger la patrie et les sanctuaires, dans son fief de la banlieue sud de Beyrouth. Le jeu en 3D met en scène Ahmad, un civil à l’accent libanais. En visite à Sayeda Zeinab, haut lieu de pèlerinage chiite près de Damas, en Syrie, il se transforme en combattant lorsque le mausolée se fait bombarder par l’État islamique. Dans la vraie vie, Sayeda Zeinab a plusieurs fois été visée par des attentats sanglants de djihadistes sunnites. Le Hezbollah, ainsi que des milices chiites irakiennes, l’ont défendue dès 2013.

Ahmad se bat contre l’État islamique à al-Hujeira, près de Sayeda Zeinab, avant de se rendre à Qoussair, ville où le Hezbollah a marqué son entrée dans la guerre en Syrie aux côtés de Bachar el-Assad. Le combattant virtuel doit ensuite assassiner le principal suspect derrière le double attentat suicide de novembre 2015 qui a visé la banlieue sud de Beyrouth et tué plus de 40 personnes. Selon la chaîne de télévision du Hezbollah, al-Manar, le réel suspect a été liquidé fin novembre en Syrie au cours d’une opération conjointe entre l’armée syrienne et la milice libanaise. Ahmad termine sa course à Ras Baalbek, au Liban, à la frontière syrienne. L’été dernier, le Hezbollah et l’armée libanaise ont chassé l’État islamique de la région.

La bannière jaune du Hezbollah en évidence

Les créateurs de Défense sacrée ont pris la peine de mettre en évidence le drapeau libanais aux côtés de la bannière jaune du Hezbollah. Depuis ces combats, le mouvement chiite affiche son soutien à l’armée libanaise de manière ostentatoire. Un zèle qui met l’armée, dépendante de l’aide américaine, mal à l’aise. Le Hezbollah est classé comme organisation terroriste par les États-Unis.

Pour ses créateurs, Défense sacrée tire sa légitimité du fait qu’il s’inspire de batailles réelles et récentes. «Nous avons recréé les scènes grâce à des photos prises sur le terrain après les combats. Cela nous a pris six mois. Puis nous avons développé le jeu pendant un an et demi», explique Hassan Allam, à la tête de la petite équipe rattachée à l’unité des médias électronique du mouvement qui a conçu le jeu. Disponible dans deux points de vente au Liban, Défense sacrée s’achète en format DVD pour 5 dollars. Mais le Hezbollah ambitionne de le traduire en anglais et en persan, pour le distribuer à terme en Afghanistan et au Pakistan, indique Moustapha Khazem, du site d’informations du Hezbollah, al-Ahed. Sa cible? «Toute personne de plus de 14 ans», selon lui.

Explicitement créé pour contrer les jeux américains, assimilés dans un fascicule d’accompagnement à «une culture sauvage qui envahit nos marchés à travers des jeux dénués de sensibilité et de sentiment d’appartenance», Défense sacrée n’en reproduit pas moins les codes: héros masculin, bande-son guerrière, combats urbains, musique héroïque. «Nous nous servons d’un outil international, le jeu vidéo, comme soft power», c’est-à-dire la capacité d’influence hors moyens militaires, précise Moustapha Khazem.

Mise en scène

«La résistance (terme utilisé par le Hezbollah pour se décrire) n’utilise pas seulement la force pour faire face à l’ennemi, a déclaré le ministre Hezbollah de la Jeunesse et des Sports, Mohammed Fneich, dans un discours lors du lancement du jeu. La résistance, c’est la culture, un sentiment d’appartenance et d’identité», a continué le ministre, qui n’a pas hésité à souligner l’importance «de la technologie pour influencer les jeunes».

La mise en scène de batailles représente une tradition enracinée dans la culture du Hezbollah, souligne le sociologue Waddah Charara. Ouvert en 2010, le parc de Mlita, dans le Sud Liban, propose par exemple aux visiteurs d’emprunter les mêmes passages souterrains utilisés par les combattants du Hezbollah, tout en contemplant des répliques de leurs salles de prière et de leur cuisine. «Ce type de production a un rôle didactique: montrer ce que le Hezbollah peut faire, tout en appelant un public essentiellement jeune à faire de même», indique Waddah Charara. Environ 1200 combattants du Hezbollah sont morts en Syrie. Mais d’après le chercheur, ce chiffre pourrait être deux fois plus important.