Le Hamas prêt à se réconcilier avec le Fatah

Par Cyrille Louis – Le Figaro

L’incapacité des deux mouvements rivaux à accepter un véritable partage du pouvoir a tour à tour fait capoter les
tentatives de rapprochement. Le processus démocratique est au point mort depuis dix ans.
Simple concession tactique ou premier pas vers une authentique réconciliation?
Le Mouvement de résistance islamique (Hamas) a annoncé tôt dimanche matin la dissolution du «comité administratif» qu’il avait créé en mars dernier pour gérer les affaires dans la bande de Gaza. Cette instance avait été fortement critiquée par le président de l’Autorité palestinienne (AP) au pouvoir à Ramallah,  Mahmoud Abbas, qui y avait vu un outil destiné à saper l’autorité du gouvernement de «consensus» constitué sous ses ordres au printemps 2014.

Le Hamas a aussi appelé dimanche le premier ministre Rami Hamdallah et l’ensemble de son équipe à reprendre sans délai leurs activités dans l’enclave
côtière. Il a enfin «donné son accord pour entamer des discussions sur la réconciliation ainsi que pour organiser des élections générales».
Cette concession, dont les conséquences pratiques sont à ce stade difficiles à prédire, intervient alors que le Hamas subit depuis quelques mois de fortes pressions. Coupée du monde extérieur par le blocus israélien ainsi que par la destruction des tunnels de contrebande vers le Sinaï égyptien à l’été 2013, la bande de Gaza est de surcroît confrontée à diverses mesures de rétorsion ordonnées par Mahmoud Abbas dans l’espoir de faire plier le
mouvement islamiste. À la veille de l’été, l’AP a tour à tour supprimé les primes versées à plusieurs dizaines de milliers de fonctionnaires placés sous son autorité
puis menacé de les mettre à la retraite anticipée. Ces décisions ont entraîné la paralysie d’une économie déjà plombée par un taux de chômage supérieur à 40 %. Les dirigeants de l’Autorité ont aussi cessé de payer l’approvisionnement en électricité fourni par Israël, suspendu les livraisons de médicaments et bloqué le transfert vers l’extérieur de patients nécessitant des soins qui ne peuvent être prodigués dans la bande de Gaza.

C’est dans ce contexte extrêmement délicat que le bureau politique du Hamas, renouvelé au début de l’année, s’est réuni pour la première fois la semaine dernière au Caire. Les services de renseignements égyptiens, qui en ont profité pour tenir plusieurs réunions avec les chefs du mouvement islamiste, les ont visiblement encouragés à faire un pas en direction de Ramallah. L’issue favorable de ces discussions semble confirmer que Yiahya Sinwar, le nouveau chef du mouvement dans la bande de Gaza, est prêt à certaines concessions pour renouer avec les généraux égyptiens. Mais il faudra attendre pour savoir si celles-ci constituent le prélude à un rapprochement qui se fait attendre depuis une décennie.

Ce n’est pas la première fois, en effet, que le Fatah du président Abbas et le Hamas disent être prêts à avancer sur le chemin de la réconciliation. Dans la foulée de la guerre fratricide qui vit les islamistes prendre le contrôle de la bande de Gaza par les armes en juin 2007, plusieurs accords furent successivement  signés en ce sens au Caire, à Doha ou dans le camp de réfugiés de Shati. Mais l’incapacité des deux mouvements rivaux à accepter un véritable partage du pouvoir les a tour à tour fait capoter – si bien que le processus démocratique est depuis dix ans au point mort.

Le «réengagement» amorcé par l’Égypte vise apparemment à changer la donne. Le régime du président Sissi, qui avait commencé par s’attaquer directement au Hamas après le renversement du président islamiste Mohammed Morsi (2013), a récemment intensifié ses discussions avec les dirigeants gaziotes. Il a ravitaillé le territoire en fuel au début de l’été afin de permettre la remise en route de l’unique centrale électrique – et d’empêcher ainsi un black-out total. Des travaux ont aussi été lancés en vue de la réouverture annoncée du terminal de Rafah. Le Hamas, à la demande du Caire, a en contrepartie accepté de couper les ponts avec les Frères musulmans et de renforcer les contrôles à ses frontières pour empêcher les djihadistes du Sinaï de trouver refuge à Gaza.

Les véritables intentions du régime égyptien demeurent cependant obscures.
Parallèlement aux efforts de réconciliation avec le Fatah, il semble en effet que les moukhabarat (services de renseignements) aient encouragé le Hamas à nouer le
dialogue avec Mohammed Dahlan. Cet ancien chef des forces de sécurité palestiniennes, qui mena en 2007 une lutte à mort contre les islamistes gaziotes, est fréquemment présenté comme un candidat à la succession de Mahmoud Abbas. Supportant mal l’émergence d’un rival potentiel, celui-ci a fait déclarer Dahlan persona non grata en Cisjordanie. On imagine donc qu’il observe avec méfiance les efforts du Caire pour tenter de le réinjecter sur l’échiquier palestinien.

Plusieurs dirigeants du Fatah, quoi qu’il en soit, ont semblé accueillir favorablement l’ouverture du Hamas. «Si cette déclaration est exacte, alors il s’agit d’un signe positif», a commenté Mahmoud Aloul. Il est vraisemblable que le président de l’AP attendra pour sa part avant de réagir publiquement. Il doit en effet rencontrer Donald Trump mercredi en marge de l’Assemblée générale des Nations unies et préférera sans doute éviter d’avoir à s’expliquer sur un éventuel
rapprochement avec un mouvement que le président américain met dans le même sac que l’État islamique et al-Qaida.