Le gouvernement israélien face à un premier test (Thierry Oberlé – Le Figaro)

RÉCIT – Plusieurs milliers de militants juifs extrémistes et de colons ont participé mardi à une parade dans la partie palestinienne de Jérusalem, un événement qui avait été reporté en raison des tensions avec le Hamas.

Ils ont déferlé en fin d’après-midi sur un court parcours balisé dans Jérusalem-Est. Les manifestants ont jailli sur la place de Damas dans le vacarme, le tumulte et les bousculades comme s’ils sortaient d’une boîte dans laquelle ils étaient enfermés. Ils ont porté en triomphe leurs leaders de l’extrême droite messianique et raciste, comme le député kahaniste Itamar Ben Gvir. Il y avait beaucoup de jeunes issus des écoles religieuses mais aussi des familles de colons. Ils étaient des milliers.

Le nouveau gouvernement du premier ministre, Naftali Bennett, et son ministre de la Sécurité intérieure, Omer Bar-Lev, ont subi ce mardi leur première épreuve sécuritaire avec la «marche des drapeaux». La police avait déployé de grands moyens avec des commandos cagoulés de la police des frontières lourdement armés et des hommes dans les créneaux de la muraille médiévale d’une place de Damas transformée en fortin.

Chauffés à blanc

Cette parade rassemble chaque année des militants juifs extrémistes, des colons de Cisjordanie et des partisans du Grand Israël dans la partie palestinienne de la Ville sainte, un secteur sous tension depuis des semaines. Elle célèbre «la journée de Jérusalem», c’est-à-dire, pour les Israéliens, l’anniversaire de la prise de la partie orientale de leur «capitale» durant la guerre des Six-Jours de 1967, une occupation et une annexion non reconnues par le droit international.

Le défilé devait initialement se tenir le 10 mai. Il avait dû être reporté. Ce jour-là, la police israélienne avait investi dans la matinée l’esplanade des Mosquées, le troisième lieu saint de l’islam. Les affrontements avaient fait des centaines de blessés parmi les fidèles. L’intrusion avait attisé la colère des résidents palestiniens chauffés à blanc par des projets d’expulsion de leur logement de familles au profit de colons. De son côté, le Hamas avait engagé depuis Gaza une escalade militaire avec Israël. À l’heure où les marcheurs avaient prévu de parcourir les ruelles de la Vieille Ville, le mouvement islamo-nationaliste tirait une salve de missiles en direction de Jérusalem, déclenchant les sirènes d’alarme. Il s’était ensuivi une guerre à distance de onze jours.

La crainte était, ce mardi, de voir le scénario se reproduire. Le mouvement islamiste avait mis en garde Israël contre des représailles si la marche s’approchait du quartier musulman de la Vieille Ville, et notamment de l’esplanade des Mosquées. Mais en début de soirée, il semblait se contenter de lancer des ballons incendiaires en territoire israélien.

Le nouveau ministre de la Sécurité intérieure, Omer Bar-Lev, avait décidé de maintenir la manifestation. «Le droit de manifester est un droit pour tous en démocratie», avait déclaré cet homme de gauche, membre du Parti travailliste. Ancien colonel du Sayeret Matkal, une unité des forces spéciales israéliennes, il a mobilisé pour l’occasion un fort contingent de membres des forces de l’ordre pour éviter des heurts directs entre les deux camps, donnant à l’événement des allures de parade de la police. Il a également modifié l’itinéraire du défilé afin de l’empêcher de passer dans la partie musulmane de la Vieille Ville. Quelques centaines de jeunes manifestants palestiniens avaient été chassés des environs par des charges de policiers à cheval avant qu’une marée de drapeaux frappés de l’étoile de David submerge des lieux hautement symboliques. Ils protestaient contre ce qu’ils considèrent comme une provocation. Les heurts ont fait vingt-sept blessés, selon le Croissant-Rouge palestinien.