Erdogan se cherche de nouveaux alliés (Delphine Minoui – Le Figaro)

La pression de Washington et la crise économique poussent Ankara à se rapprocher de Moscou et à faire des gestes d’apaisement envers l’Union européenne.

Parole tenue. En plein bras de fer avec son homologue américain, à l’origine d’un renforcement de la crise économique turque, le président Recep Tayyip Erdogan avait prévenu, le week-end passé, qu’il se chercherait «de nouveaux amis, de nouveaux alliés». Dès mercredi, l’émir du Qatar, Cheikh Tamim Ben Hamad al-Thani, s’est empressé de sortir son carnet de chèques en promettant 15 milliards de dollars d’investissements directs à la Turquie, dont la monnaie locale a perdu 40 % de sa valeur en un an.

La pression de Washington, sur fond de sanctions et d’augmentation de taxes en riposte au maintien en détention d’un pasteur américain, pousse aussi Ankara à se rapprocher de Moscou. Les deux pays, déjà en pleines discussions sur le sort de la Syrie et de l’enclave rebelle d’Idlib, démultiplient les échanges sur des questions d’ordre économique. La semaine dernière, Vladimir Poutine s’était entretenu directement par téléphone avec Erdogan sur le sujet. Ce mercredi, à l’issue de deux jours de visites en Turquie du ministre russe des Affaires étrangères, Ankara a également annoncé que les deux pays avaient trouvé un accord de principe pour la levée des visas russes pour les entrepreneurs turcs. Ce nouveau geste de détente met symboliquement fin à la crise qu’avait suscitée en 2016 l’abattement d’un jet militaire russe par l’aviation turque au-dessus de la frontière syro-turque.

En quête de soutien, la Turquie se montre également soucieuse de renouer avec son partenaire européen, avec qui les relations s’étaient aussi dégradées ces deux dernières années. Mardi soir, dans un geste inattendu, un tribunal turc a libéré deux soldats grecs arrêtés en mars à la frontière et dont la détention avait fortement tendu les rapports entre Ankara et Athènes. Le lendemain, c’était au tour du représentant d’Amnesty International en Turquie d’être libéré, après plus d’un an derrière les barreaux. Ces deux gestes de clémence ont été suivis, ce jeudi, d’un entretien téléphonique entre Recep Tayyip Erdogan et Emmanuel Macron.

Rassurer les investisseurs

«Les deux dirigeants ont souligné l’importance de renforcer davantage les relations économiques et commerciales, et les investissements réciproques entre la France et la Turquie», déclare une source au sein de la présidence. Les spécialistes de la Turquie y voient une «tactique» typique d’Ankara, enclin à renouer avec l’Europe, dès que ses relations se corsent avec l’Amérique. Mais Erdogan est également sous pression des hommes d’affaires, inquiets pour l’avenir du pays. Dans un communiqué publié mardi, plusieurs associations, dont la Tusiad (l’équivalent turc du Medef) ont appelé ouvertement à une politique monétaire plus rigide et à une «amélioration des relations avec l’Union européenne, notre principal partenaire économique».

Ankara tente également de rassurer les investisseurs étrangers. «Nous émergerons encore plus forts de ces turbulences», a promis ce jeudi Berat Albayrak, le ministre turc des Finances et gendre d’Erdogan, dans une téléconférence télévisée avec des centaines d’investisseurs étrangers. Un discours accueilli positivement par les marchés: en fin d’après-midi, la livre turque gagnait plus de 3 % face au dollar.