Entre le Front national et Israël, les relations restent électriques

Si l’éviction de Jean-Marie Le Pen et l’absence de saillies antisémites des dirigeants actuels du FN sont appréciées par les autorités israéliennes, les propos polémiques de Marine Le Pen sur la non-responsabilité de la France dans la rafle du Vel d’Hiv’ renforcent le trouble.

Des tensions subsistent entre le Front national et Israël. Pour prendre ses distances avec son père, Marine Le Pen avait expliqué dès son arrivée aux commandes du FN en 2011 que les camps de la mort étaient bien «le summum de la barbarie ». Cela n’avait pas suffi à dissiper le passé antisémite du parti. Fin 2011, une brève rencontre de la présidente du FN à New York avec Ron Prosor, ambassadeur d’Israël à l’ONU, avait été qualifiée de «malentendu» par le gouvernement israélien et une «visite privée» de Louis Aliot, qui revendique ses origines juives pieds-noires, à Jérusalem n’avait guère donné de résultats.

Ces derniers mois, la candidate à la présidentielle a tenté de renouer des fils afin de préparer une visite qu’elle souhaite faire en Israël. Fin janvier, le secrétaire général du parti, Nicolas Bay, s’est rendu sur place où il a été reçu par le ministre de la Santé, Yaakov Litzman, un juif ultraorthodoxe, avec l’accord du premier ministre Benyamin Netanyahou. Début février, Louis Aliot, Gilbert Collard et d’autres responsables frontistes ont tenu des propos rassurants devant un petit cénacle réuni à Paris par la Confédération des Juifs de France et des amis d’Israël (CJFAI), présidée par Richard Abitbol.

Gilbert Collard a précisé qu’il avait œuvré toute sa vie pour l’Etat hébreu. «Je n’a jamais caché mes opinions», précise ce dernier, qui envisage un prochain voyage en Israël avec Louis Aliot.

L’éviction de Jean-Marie Le Pen et l’absence de propos antisémites des dirigeants actuels du FN sont visiblement appréciées par les autorités israéliennes. Mais l’héritage idéologique du parti vaut toujours à ses représentants d’être proscrits  des dîners annuels du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). De plus, la présence, dans l’entourage de Marine Le Pen, de certains activistes proarabes comme Frédéric Chatillon, et les propos polémiques de Marine Le Pen, le 9 avril, sur la non-responsabilité de la France dans la rafle du Vel d’Hiv’  renforcent le trouble. La victoire de Marine

Le Pen provoquerait un «sérieux doute» au sein de la communauté juive française, a déclaré, le 16 janvier, Pinchas Goldschmidt, président du Conseil des rabbins d’Europe. A propos de la présidente du FN, il a ajouté: «Peut-être n’est- elle pas impliquée dans des slogans antisémites, mais certains membres de sa famille n’ont pas de bonnes références au sujet du racisme et de la xénophobie…»