Gaza, microcosme de la puissance iranienne ?

Depuis l’été 2006, le Hamas a largement amélioré et consolidé ses capacités militaires grâce au soutien logistique et financier de l’Iran. Au mois de mai, les factions palestiniennes ont tiré jusqu’à 470 roquettes en vingt-quatre heures, soit le double de ce qu’elles avaient été en mesure de faire en 2012 et 2014. Selon les services israéliens, elles disposaient d’un stock de 13 000 roquettes au début du conflit, dont des centaines de moyenne et longue portée (plus de 50 kilomètres) de modèle iranien ou dérivées de modèles fabriqués par l’Iran. Le Hamas et le Jihad islamique, dont les frappes ont tué 10 Israéliens, s’emploient également à contourner le « dôme de fer », en saturant le système de défense antibalistique israélien et en ciblant les même localités depuis plusieurs positions pour engendrer un maximum de dommages.

Cette démonstration de force inédite, qui a surpris bon nombre d’observateurs, a provoqué une certaine ferveur au sein de l’axe chiite. Sur la chaîne al-Manar, organe du Hezbollah, Sayyed Hachem Safieddine, représentant du conseil exécutif du parti chiite, s’est félicité que « les chutes de roquettes sur Tel-Aviv confirment à l’ennemi que la résistance est bien plus forte que leur estimation », ajoutant que « Jérusalem brille aujourd’hui par ses martyrs tombés au combat ». Malgré l’étroitesse du territoire gazaouï, ces 11 jours d’hostilités ont constitué un test préliminaire avant une éventuelle confrontation sur le front nord.

Depuis 2014, année de l’opération « Plomb durci », le Hezbollah analyse méticuleusement les guerres du Hamas. Ibrahim Al-Amine, rédacteur en chef du quotidien libanais pro-Hezbollah Al-Akhbar, a déclaré fin mai à la chaîne Al-Manar du Hezbollah que, pendant toute la durée du conflit dans la bande de Gaza dirigée par le Hamas, des officiers de l’IRGC (le corps des Gardiens de la Révolution islamique), du Hamas et du Hezbollah, ont mis en place un centre d’opérations militaires conjoint à Beyrouth. Selon lui, le commandant des forces Quds à l’étranger, Esmail Ghaani, s’est rendu deux fois au centre d’opérations pendant les hostilités militaires. Le rédacteur en chef du journal a affirmé que le Hezbollah avait envoyé des armes et des munitions à Gaza et « déplacé un certain nombre d’officiers de la résistance palestinienne hors de la bande pendant l’agression ».

Du point de vue palestinien, les récents affrontements entre le Hamas et Israël ont démontré  que Tsahal pouvait être déstabilisé. En fait, la dernière victoire militaire d’Israël remonte à 1982, ce qui a finalement abouti au retrait du sud du Liban en mai 2000 sous les pressions du Hezbollah. Le résultat de la guerre de 2006 a été considéré comme une victoire du Hezbollah, tandis que l’opération « Plomb durci » a démontré qu’Israël se retenait d’initier une offensive terrestre massive dans la bande de Gaza. Grâce au « Dôme de fer », Israël peut attaquer le Hamas sans franchir la frontière. Le mouvement islamiste a perçu l’absence d’offensive terrestre d’Israël comme un signe d’affaiblissement, la crainte de perdre des soldats sur le champ de bataille.

D’autre part, le rejet populaire de l’Autorité palestinienne, qui a une fois encore annulé les élections qui devaient se tenir le 22 mai, et son discrédit au sein même du monde arabe, ont inévitablement conduit au renforcement du Hamas.

La dernière Opération à Gaza pose donc la question de la doctrine militaire d’Israël vis-à-vis des fronts nord et sud. Pour ses ennemis, la retenue n’est qu’un signe de faiblesse.

Quant à l’Iran, il utilise la doctrine de milices combattantes pour satisfaire ses ambitions  hégémoniques et le Hamas s’inscrit parfaitement dans cette ambition.

Ainsi, sans changement tactique et stratégique de la part d’Israël, l’Iran et le Hezbollah seront encouragés à renforcer leur arsenal militaire et à poursuivre leurs plans opérationnels pour surprendre l’Etat hébreu sur plusieurs fronts.