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A propos de la libération de Ramy Shaath

Samedi 8 janvier, l’activiste égypto-palestinien Ramy Shaath est arrivé à Paris après plus de 900 jours de détention pour « atteinte à la sécurité de l’état et collusion avec des organisations terroristes proches des frères musulmans » selon les autorités égyptiennes. Son engagement au sein du mouvement BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions) – dont il est le fondateur en Egypte – a été largement décrié par un grand nombre de personnalités politiques en Israël et militants anti-boycott dans le monde. En effet, l’appel au boycott d’Israël, à sa disparition et à la discrimination du peuple juif  qui en découle, n’est pas une opinion politique, mais un crime qui doit être condamné avec la plus grande sévérité. Rappelons que le Boycott est interdit en France de même que toute discrimination en fonction de la nationalité ou de l’origine ethnique ou religieuse l’est également. C’est pourquoi le Tweet du Président de la République saluant la libération et l’arrivée en France de Ramy Shaath n’a pas été compris par tout le monde. Car, si on peut comprendre le « soulagement » de voir libérer quelqu’un qui était incarcéré sans véritable jugement dans des conditions déplorables, nul ne doit oublier que nous n’avons pas à faire à un militant des droits de l’Homme, mais bien à un activiste dont nous combattons les idées et les moyens d’action.

Dans la sphère palestinienne, Ramy Shaath n’est pas exactement un modéré, loin s’en faut. Il a toujours été ouvertement et violemment anti-israélien. Son combat est délictueux mais comme tout homme, – et nous le voyons actuellement avec le procès du 13 novembre contre les terroristes du Bataclan – il a le droit d’être jugé de manière équitable et ne peut être détenu de façon arbitraire, comme il l’a été dans les geôles égyptiennes et dans des conditions dont chacun peut imaginer la rudesse. Il n’était donc pas anormal que la France, patrie des droits de l’homme, se préoccupe aussi de son sort d’autant qu’il est marié à une française, Cécile Lebrun. Tout homme, quelque soit son délit, mérite le traitement auquel a droit tout être humain. Ce principe n’est évidemment pas négociable et c’est ce qui fait la grandeur et la dignité de nos démocraties.

Ramy Shaat, 48 ans était détenu depuis juillet 2019 pour avoir voulu fomenter des « troubles contre l’État ». Il a déclaré avoir « passé les deux dernières années et demi entre des prisons, des lieux de disparition forcée, certains sous terre, d’autres à l’isolement, d’autres encore où il était avec énormément de monde soumis à un traitement particulièrement inhumain ». L’Egypte, qui n’est évidemment pas un modèle de démocratie, compte plus de 60 000 détenus d’opinion, selon plusieurs ONG. Bien sûr nous ne sommes ni dupes, ni naïfs. L’Egypte n’est pas la France et est confrontée à des défis d’une ampleur qu’il ne nous est pas permis de juger depuis la situation qui est la nôtre. C’est un pays ami et allié et cela ne doit pas nous empêcher de continuer à défendre nos principes et nos valeurs. C’est aussi cela, la realpolitik.

Mardi dernier, la députée LREM Mireille Clapot s’est félicitée du « rapatriement du militant » et a interpellé Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, dont la réponse résume le fond de cette décision. Il a ainsi déclaré, avec justesse, me semble-t-il : « La situation de Monsieur Shaath est pour nous une question relevant des droits de l’homme. Nous l’avons traitée comme telle, indépendamment et de manière totalement distincte de ses engagements partisans. »

Quand les choses sont dites, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître. La France ne confond pas la maltraitante dont il a pu faire l’objet et qui est inacceptable avec les délits qu’il peut avoir commis ou pourrait être amené à commettre et qui doivent être réprimés avec la plus grande sévérité.

Même pour nos ennemis, nous devons réclamer justice. Pas pour les absoudre de leurs responsabilités, mais pour qu’ils répondent de leurs actes et de leurs crimes. Ramy Shaat n’est pas un Héros parce qu’il a été maltraité et ne doit bénéficier d’aucune immunité sur le territoire de la république. Son arrivée en France au titre des droits de l’Homme doit être assortie d’une interdiction absolue de participer à des actions interdites par la loi, aux cotés des groupes BDS et pro-palestiniens proches des organisations terroristes, qu’il serait grand temps de dissoudre.

ELNET s’efforce de lutter contre la stigmatisation permanente d’Israël (justement promue par le mouvement BDS) en diffusant de l’information et en plaidant auprès des décideurs politiques pour une vision plus juste, plus équilibrée, moins partiale et manichéenne du conflit israélo-palestinien. Mais notre action s’inscrit, et s’inscrira toujours dans le cadre des valeurs démocratiques et républicaines qui nous sont chères. Il ne s’agit pas là de sombrer dans un discours droit de l’hommiste mais de recourir aux outils légaux que nous offre notre société pour accéder à la justice et à la vérité.