Les discrètes protestations des Européens vis-à-vis d’Israël (Isabelle Lasserre – Le Figaro)

Divisée, l’Union européenne ne peut guère que constater que l’espoir de parvenir à une paix globale au Proche-Orient n’a jamais paru aussi éloigné.

Sur la question de l’annexion d’une partie de la Cisjordanie, l’Europe est restée jusqu’à présent assez discrète, se contentant d’une offensive diplomatique pour rappeler son opposition au plan imaginé par l’Administration américaine pour «ramener la paix» au Proche-Orient. Josep Borrell, le haut représentant pour les Affaires étrangères, a demandé «instamment» à Israël de renoncer à une décision qui va, selon lui, à l’encontre de tous les principes de l’Union européenne. La France, qui considère qu’une telle décision ne serait ni dans l’intérêt des Palestiniens, ni dans celui des Israéliens, a, elle aussi, fait part de ses vives préoccupations. L’annexion serait «une grave atteinte au droit international, en violant de manière flagrante le principe de non-acquisition de territoires par la force inscrit dans la charte» a prévenu Nicolas de Rivière, le représentant de la France aux Nations unies. Elle porterait aussi «une atteinte irréversible du processus de paix à la solution à deux États». Enfin, elle «fragiliserait plus encore la stabilité d’une région minée par les crises et la relation d’Israël avec ses voisins arabes». Même le premier ministre britannique, Boris Johnson, a pris ses distances vis-à-vis de Nétanyahou en affirmant qu’une annexion serait «contraire» aux intérêts d’Israël.

Mais l’Union européenne, qui est le premier partenaire économique de l’État hébreu, ne peut guère faire plus que de constater que l’espoir de parvenir à une paix globale au Proche-Orient n’a jamais paru aussi éloigné. Elle peut refuser de reconnaître toute modification des lignes de juin 1967, à moins d’un accord entre les deux parties. Mais pas envisager de sanctions, qui exigent un consensus parmi les membres.

Pas de sanctions

Comme la plupart des crises internationales, le dossier israélo-palestinien ne fait pas l’unanimité au sein des Vingt-Sept. Parmi les pays d’Europe centrale et orientale, plus favorables à Israël que ceux du Sud, l’Autriche et la Hongrie ont déjà refusé de voter une résolution demandant au premier ministre Nétanyahou de renoncer à son projet. La Pologne et la République tchèque ne veulent pas non plus froisser Israël. Cette moitié de l’Europe, dont le poids politique grossit avec les années et qui veut gagner en influence à Bruxelles, est concentrée sur la menace russe et ne veut surtout pas distendre ses relations avec les États-Unis, toujours considérés, même depuis l’élection de Donald Trump, comme un parapluie militaire indispensable. «Pour des raisons historiques évidentes, il serait également impossible pour l’Allemagne de voter des sanctions contre Israël», explique un haut diplomate allemand.

Le dossier israélo-palestinien sera en tout cas un test important de la nouvelle Commission européenne…

En l’absence d’accord entre les Vingt-Sept, certains pays européens pourraient néanmoins prendre leurs distances vis-à-vis d’Israël et remettre en cause, de manière individuelle, certains partenariats. «Il y aura des conséquences. Il faudra sans doute réviser les paramètres de la relation entre l’Union européenne et Israël. Il ne peut pas y avoir de décision unilatérale sur ce sujet», indique-t-on à l’Élysée. Paris, qui comme les autres capitales européennes attend de voir quelle ampleur prendra l’annexion, si elle a lieu, avant de réagir, s’inquiète surtout du fait qu’elle pourrait constituer un pas peut-être irréversible «dans la direction de l’État unique».

Le dossier israélo-palestinien sera en tout cas un test important de la nouvelle Commission européenne, présidée par Ursula von der Leyen, qui se veut «géopolitique». L’objectif énoncé par le ministre des Affaires étrangères de l’UE, Josep Borrell, est de faire passer l’Europe d’une période où elle subissait les crises les unes après les autres à une époque où elle reprend l’initiative pour les anticiper et aider à leur règlement. Dans un monde marqué par le duel de plus en plus menaçant entre Washington et Pékin, l’Europe voudrait retrouver son influence pour peser de tout son poids et ne plus être un pion utilisé par les puissances prédatrices, qu’il s’agisse de la Chine, de la Turquie ou de la Russie. «Face à un acte qui va à l’encontre des principes de l’Europe, elle se déconsidérerait si elle ne réagissait pas» prévient un diplomate. Mais avec Benyamin Nétanyahou et Donald Trump aux commandes, elle n’a guère de cartes à jouer à part son offensive diplomatique. Les jours suivants diront si les mises en garde ont été suffisantes.