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Covid-19: en Israël, grâce à la vaccination, «la vie redevient normale» (Cécile Thibert – Le Figaro)

ENTRETIEN – Président du Conseil scientifique israélien, le Pr Ran Balicer décrypte le succès de son pays face au Covid.

LE FIGARO. – Où en est l’épidémie en Israël?

Pr Ran BALICER. – Israël sort de sa troisième vague, la plus dure. Elle a commencé à peu près au lancement de la campagne vaccinale fin décembre et un confinement a été mis en place pour gagner du temps. Après plusieurs semaines, nous avions un nombre de reproduction (R, nombre moyen de personnes infectées par un malade, NDLR) de 1 mais avons allégé les mesures car nous étions confiants sur le fait que la vaccination allait commencer à faire effet. C’était audacieux mais, comme nous nous y attendions, le R a continué à baisser. À la seconde étape de déconfinement, il y a un mois, l’épidémie a cessé de ralentir mais, il y a deux semaines, décision a été prise d’entrer dans la 3e phase afin d’ouvrir l’économie de manière très substantielle.

Le lien entre baisse de l’épidémie et vaccination est-il établi?

Nous sommes assez loin du confinement de janvier pour dire que ce que nous observons n’est pas le fruit d’éventuels effets résiduels. La saisonnalité est à prendre en compte, mais nous avons considérablement ouvert l’économie, on ne devrait donc théoriquement pas voir une diminution continue des chiffres de l’épidémie. Nous avons montré dans le New England Journal of Medicine que le programme de vaccination fonctionne extrêmement bien en réduisant le nombre de cas symptomatiques, mais aussi d’hospitalisations, de formes graves et de décès. Enfin, le déclin très prononcé dans le nombre de formes graves a d’abord concerné les plus de 60 ans, vaccinés en premier. Si la saisonnalité était en cause, nous aurions vu cette diminution dans toutes les tranches d’âge.

Les mesures de distanciation physique et de port du masque sont toujours en vigueur. Pourquoi?

Nous ne savons pas dans quelle mesure la vaccination réduit le nombre de cas asymptomatiques et la transmissibilité. Plusieurs études sont en cours, et nous continuerons à utiliser le masque jusqu’à ce que nous en sachions plus. Nous avons vacciné plus de 80 % des adultes, mais environ un tiers n’est pas pleinement protégé, seulement 3,7 millions de personnes ont eu leur seconde dose depuis une semaine ou plus. Et nous ne voulons pas voir la maladie se disséminer.

Nous ne sommes pas complètement sortis d’affaire et si nous ne continuons pas à suivre les recommandations, le scénario d’un autre confinement pourrait se produire

Quel est l’objectif, atteindre l’immunité de groupe ou soulager les hôpitaux?

Les deux. Nous étions presque à saturation de nos capacités hospitalières mi-janvier, et ne voulons pas nous retrouver de nouveau dans cette situation. Le deuxième objectif, plus difficile, est de protéger de l’infection et de réduire le nombre de reproduction via un effet indirect de la vaccination. Pour atteindre une immunité de groupe, il faudra du temps, au moins plusieurs mois car, d’après nos calculs, il faudrait vacciner les enfants.

Début mars, il a été dit qu’un quatrième confinement n’était pas exclu. Comment l’expliquez-vous?

La possibilité d’un autre confinement est faible et s’éloigne de jour en jour. Mais il existe un risque qu’une vague de transmission touche les populations pas encore protégées, ou qu’un nouveau variant problématique émerge. Nous ne sommes pas complètement sortis d’affaire et si nous ne continuons pas à suivre les recommandations, ce scénario pourrait se produire. Mais, dans quelques semaines, nous pourrons relâcher ces mesures.

Quand pensez-vous revenir à une vie normale en Israël?

C’est ce qui est en train de se produire. Théâtres, concerts, salles de mariage sont de nouveaux accessibles. Bien sûr, il y a encore des restrictions, mais la vie redevient normale! Mais nous devons être sûrs de ne pas aller trop vite. Le Conseil scientifique que je préside a préconisé d’alléger les mesures progressivement, étape par étape, en espaçant de deux semaines chaque décision. Et de geler ce processus si le nombre de reproduction repasse au-dessus de 1. Lors de cette vague, le gouvernement a suivi exactement nos recommandations et elles se sont révélées assez efficaces.

Vous avez mis en place un certificat de vaccination qui donne accès à certains lieux…

Un badge vert vous est remis une semaine après la seconde injection de vaccin ou si vous avez déjà eu le Covid-19. Toutes les activités en intérieur nécessitent d’avoir ce certificat. Au restaurant, si vous n’êtes pas vacciné, vous pouvez prendre une table à l’extérieur en gardant les distances habituelles entre les tables. Si vous êtes vacciné, vous pouvez aussi manger à l’intérieur. Tous les six mois, nous évaluerons le degré de protection liée à la vaccination et prolongerons le certificat en fonction. Pour les voyageurs, la politique n’est pas encore définie.

Avez-vous rencontré des réticences à la vaccination?

Oui, bien sûr. Le défi de l’hésitation vaccinale est universel, il y aura toujours des groupes idéologiquement opposés à la vaccination. Nous avons réalisé un gros travail de diffusion des informations scientifiques, en essayant d’être très transparents. Nous avons clairement dit: «Voilà ce que nous savons, voilà ce que nous ignorons pour le moment», tout en expliquant l’intérêt de la vaccination. Je pense que le public a apprécié cette ouverture et cette transparence. Nous avons aussi travaillé avec certaines communautés, comme les orthodoxes et les arabophones, rencontré leurs représentants, les figures locales… Lors d’une formation destinée aux professionnels de santé orthodoxes, j’ai passé deux heures et demie à répondre à leurs questions. À la fin, ils étaient convaincus et ont publié un verdict rabbinique pour dire à leur communauté qu’il fallait se faire vacciner. Peu de temps après, la vaccination a augmenté de façon conséquente chez les ultraorthodoxes, en Israël et ailleurs.

Qu’en est-il des professionnels de santé qui refusent d’être vaccinés?

Les soignants non vaccinés ou n’ayant pas eu le Covid-19 ne peuvent pas directement prodiguer de soins. La politique actuelle n’est pas très différente de la loi en Israël qui dit que si vous êtes chirurgien et ne voulez pas vous vacciner ou vous faire tester pour l’hépatite B, vous ne pouvez pas opérer à cause du risque que cela fait courir aux patients. Mais plus de 80 % des soignants sont déjà vaccinés et je pense que cela va dépasser les 90 %.$