Corée du Nord, climat et Syrie au menu de l’assemblée des Nations unies

LE MONDE | Par Marc Semo (journaliste, envoyé spécial à New York)  


Ce sera pour tous les trois leur baptême du feu devant les Nations unies. Le président français, Emmanuel Macron, son homologue américain, Donald Trump, et le nouveau secrétaire général de l’organisation, Antonio Guterres, s’adresseront en effet pour la première fois aux chefs d’Etat – ou de gouvernement – ou aux ministres des affaires étrangères des 194 pays venus à New York, pour ce traditionnel grand rendez-vous annuel.

Les mots qu’ils prononceront à la tribune seront scrutés avec d’autant plus d’attention que la 72e Assemblée générale s’ouvre sur fond de tensions majeures autour de la Corée du Nord, d’impuissance face à la guerre en Syrie – qui perdure depuis six ans – et d’inquiétudes autour de l’accord sur le nucléaire iranien, que Donald Trump menace de remettre en cause. Huit mois après son installation à la Maison Blanche, la politique américaine reste pour le moins illisible, créant encore un peu plus d’incertitudes sur une situation internationale déjà chaotique.


Crainte de « l’Amérique d’abord » 

S’il a, comme annoncé, quitté l’accord de Paris sur le climat, le locataire de la Maison Blanche est revenu sur bon nombre de ses déclarations les plus fracassantes, y compris sur l’ONU, qu’il pourfendait dans un de ses tweets comme « un club où les gens se rassemblent pour bavarder ». Il n’en continue pas moins à presser pour une réforme du système afin de le rendre « plus efficace et performant » et surtout moins coûteux. Sa volonté toujours plus clairement affichée d’agir unilatéralement au nom de « l’Amérique d’abord » inquiète ses alliés, à commencer par la France.
Il y a eu de sérieux grincements ces derniers mois avec la délégation américaine auprès des Nations unies concernant la prolongation ou le financement d’opérations de maintien de la paix. Un véritable bras de fer a opposé Paris et Washington cet été concernant la mise en place de la force antiterroriste des pays du G5 Sahel. En raison de ces désaccords, celle-ci n’a pas reçu de mandat de l’ONU et ne disposera donc pas dans l’immédiat de fonds supplémentaires de la communauté internationale. Une réunion au sommet se tiendra dès lundi avec les chefs d’Etat du Tchad, du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie et du Niger.
Dès son arrivée à New York, lundi à la mi-journée, le président français devrait rencontrer son homologue américain, qui, depuis sa visite à Paris pour le 14 Juillet, clame haut et fort son « amitié » pour Emmanuel Macron. D’où l’espoir, à Paris, d’arriver à influencer et modérer le locataire de la Maison-Blanche.


Importance du multiculturalisme
Mais le chef de l’Etat français est surtout décidé à utiliser la tribune pour rappeler l’importance du multilatéralisme. « Face à cette petite musique lancinante que l’on entend sur l’affaiblissement et la paralysie des Nations unies, il s’agit de montrer au contraire que ce système n’a jamais été aussi important qu’aujourd’hui et la nécessité d’en réinventer les objectifs comme le fonctionnement », explique-t-on à l’Elysée.
Des thèmes déjà évoqués lors de son discours aux ambassadeurs, le 29 août, où, fixant les grands caps de la politique française, il soulignait que l’indépendance de la France et son affirmation comme puissance grâce à l’Europe « impliquait d’être pleinement actif dans les instances multilatérales à commencer par l’ONU ».

A New York, il insistera à nouveau sur les « biens communs », dont l’Europe est porteuse, la démocratie, les Lumières, le droit, mais aussi la lutte contre le réchauffement climatique. Il annoncera à cette occasion « un plan mondial pour l’environnement ». De nombreux pays soutiennent l’initiative et Paris espère que cela pourra déboucher sur la création d’une charte onusienne sur le sujet.
« Si nous ne sommes pas au rendez-vous du multilatéralisme, d’autres grandes puissances se saisiront de ces instruments », avait averti le président français dans son discours aux ambassadeurs. Il est d’autant plus décidé à jouer cette carte de l’ONU que cette organisation reste celle où la France dispose du poids relatif le plus important. Membre permanent du Conseil de sécurité, elle sera, après le Brexit, le seul membre de l’Union européenne (UE) à disposer d’un tel
siège.
Elle sera alors aussi le seul membre de l’UE à disposer de l’arme nucléaire et d’une armée ayant des capacités de projection et d’intervention. Le poste de responsable des opérations de maintien de la paix au sein des Nations unies est traditionnellement occupé par un Français. Mais d’autres pays, à commencer par la Chine, tentent s’affirmer sur ce terrain. Une réunion au sommet sera consacrée mercredi à une réforme de ces opérations souvent aussi dispendieuses que peu
efficaces.


Menace sur l’accord nucléaire avec l’Iran
De nombreuses rencontres sont aussi organisées en marge de l’Assemblée. C’est un véritable marathon de trois jours pour Emmanuel Macron, venu avec le ministre des affaires étrangères,  Jean-Yves Le Drian et le ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot.
Juste après Donald Trump, le président doit s’entretenir avec son homologue iranien, Hassan Rohani. Washington accuse la République islamique d’avoir un « comportement déstabilisateur » dans la région et fait planer le suspense sur son intention de « certifier » les engagements pris par Téhéran dans le cadre de l’accord sur le nucléaire du 14 juillet 2015 – et donc ne pas poursuivre la levée des sanctions. Paris, au contraire, comme les autres signataires, affirme son attachement à cet accord passé entre l’Iran et les 5 + 1 – les membres permanents du Conseil de sécurité, plus l’Allemagne.
Toutes les autres grandes questions du moment seront au cœur des discussions à New York, à commencer par la Corée du Nord. Washington continue de durcir le ton après le sixième essai nucléaire de Pyongyang, suivi une semaine plus tard par un nouveau tir de missile à longue portée.
Les nouvelles sanctions votées par le Conseil de sécurité, y compris par la Russie et la Chine, restreignent pour la première fois les exportations de pétrole. Le projet original de résolution, porté par l’administration américaine, exigeait notamment un total embargo pétrolier et gazier.

« Nous savons tous que si la Corée du Nord garde ce comportement agressif et que si les Etats- unis doivent se défendre ou défendre leurs alliés, la Corée du Nord sera détruite », a menacé dimanche l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley . Le Conseil de sécurité doit se réunir jeudi pour discuter à nouveau du sujet.


La Syrie, dossier-clé
Si sur le cas nord-coréen les possibilités d’action de la diplomatie française restent très limitées, Paris compte bien, en revanche, peser à New York sur deux dossiers-clés : la Libye et surtout la Syrie, en concrétisant la création d’un « groupe de contact » regroupant les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, qui devraient se réunir mercredi au niveau des ministres des affaires étrangères.
« Il s’agit de créer une structure resserrée qui puisse agir efficacement », explique-t-on à Paris, où l’on veut « pousser à une solution politique afin d’arriver à une négociation vraiment active à Genève ». L’idée originelle était aussi d’y associer les pays de la région directement engagés sur le terrain, l’Arabie saoudite, la Turquie, la Jordanie, mais aussi l’Iran, ce que Washington a refusé. Les négociations entre le régime et l’opposition achoppent toujours sur la question du sort de Bachar Al-Assad. Le président français devrait aussi rencontrer une figure clef de l’opposition au régime, Riad Hijab, le coordinateur du Haut Comité des négociations. Un signal fort vis-à-vis des adversaires de Bachar Al-Assad, inquiets des premières prises de position d’Emmanuel Macron, qui, au nom du réalisme, semblait enclin à s’accommoder du maintien au pouvoir de ce dernier.