Bonjour Arié. Merci d’être avec nous. Vous avez vu ces images spectaculaires à l’intérieur de l’avion, les réactions également des passagers. Aujourd’hui, des responsables israéliens affirment que l’incident pourrait être une tentative d’attaque terroriste, peut-être venant de l’Iran. Est-ce que c’est une thèse crédible, selon vous ?
Arié Bensemhoun : Écoutez, comme l’a dit Daniel Haïk tout à l’heure, à ce stade, aucune piste, évidemment, ne peut être écartée. On sait que les zones d’ombre restent immenses. Qui tire les ficelles ? L’Iran manœuvre-t-il en coulisses ? S’agit-il d’un acte isolé ? Que cherchait réellement le copilote en prenant ainsi les commandes et en essayant d’assassiner le pilote de l’avion ? Et surtout, c’est la question qui prédomine, comment une telle faille de sécurité a-t-elle pu survenir aux Émirats arabes unis sur un vol vers Israël dans un contexte sécuritaire aussi brûlant ? Et on sait que les Émirats arabes unis ne plaisantent pas avec la sécurité.
Alors oui, comme vous l’avez dit, on a frôlé la tragédie, le drame a été évité, le sang-froid du pilote, la réactivité de l’équipage et la bravoure des passagers, ça nous fait penser au 11-Septembre. Mais ça pose une autre question, parce que le 11-Septembre, les terroristes ont pris d’assaut le cockpit. Là, le terroriste aurait été dans le cockpit.
Et la question se pose : est-ce que les mesures de sécurité qui avaient été prises après le 11-Septembre vont être maintenues ? Parce que, heureusement, le pilote a réussi à débloquer le cockpit pour que les Israéliens à l’intérieur de l’avion puissent intervenir sur le terroriste. Beaucoup de questions se posent et le traumatisme de cette tentative d’attentat va être extrêmement important pour les mois et les semaines à venir.
Effectivement, le Shin Bet avait prévenu, en tout cas avait lancé des alertes de sécurité concernant les vols vers les Émirats arabes unis. Est-ce qu’on peut s’attendre en tout cas à une riposte d’Israël s’il s’avérait que c’était bien l’Iran qui avait frappé ?
Arié Bensemhoun : Alors, pour cette affaire comme pour d’autres, d’abord il faut regarder ce qui est avéré, quels sont les faits, quelles sont les preuves dont nous allons disposer à partir du moment où l’enquête sera conduite. Et puis, je fais confiance aux Israéliens pour prendre les mesures qui s’imposent, mesures de représailles s’il y a eu un attentat commandité par telle ou telle organisation terroriste ou même par l’Iran, mais surtout pour prévenir les prochains risques d’attentats.
Est-ce que cela veut dire qu’à chaque fois qu’il y aura un pilote susceptible d’être radicalisé dans un avion ou dans une compagnie aérienne d’un pays arabe — pas seulement d’ailleurs —, quelles sont les mesures qui devront être prises ? Et ça pose énormément de questions. Là, nous avons eu un miracle, mais nous aurions pu avoir une catastrophe et malheureusement, on peut imaginer que ça donne des idées à d’autres terroristes.
Alors, le reste de l’actualité, Arié, c’est important aussi que vous réagissiez là-dessus. C’est Amichai Chikli, le ministre israélien de la Diaspora, qui a pris la défense de Jordan Bardella, le président du RN, en accusant Mediapart. Comment expliquez-vous aujourd’hui cette position d’Israël qui va à l’encontre, finalement, de la position historique de l’État hébreu face au Front national, face au Rassemblement national ?
Arié Bensemhoun : Écoutez, d’abord, il faut dire que Jordan Bardella et Marion Maréchal-Le Pen avaient été invités par le gouvernement israélien l’année dernière à participer à la Conférence internationale sur l’antisémitisme.
Le gouvernement israélien a levé, d’une certaine manière, les sanctions contre le Rassemblement national et contre d’autres partis également de la droite européenne, souverainistes et nationalistes, qui soutiennent Israël. Alors, aujourd’hui, Bardella et Marine Le Pen ne sont plus officiellement personae non gratae en Israël.
Je pense même qu’il est probable que Marine Le Pen, dans le cadre de la campagne présidentielle, décide de se rendre en Israël, et certainement qu’elle attendra une invitation du gouvernement israélien pour le faire. Et ce sera, je crois, un signe fort.
Alors après, cette accusation, vous savez, c’est toujours pareil. Mediapart, d’abord, c’est une officine d’extrême gauche qui ne recule devant aucune outrance, devant aucune manipulation et devant aucun mensonge.
Mais ça ne veut pas dire que c’est faux…
Arié Bensemhoun : Ça ne veut pas dire que c’est faux, mais ça ne veut surtout pas dire que c’est vrai. Si Mediapart a des preuves, il faut qu’il les produise, parce que, encore une fois, j’entends des réactions de gens qui commencent par dire « si les faits sont avérés », mais s’ils ne sont pas avérés, le commentaire est inutile.
Il faut d’abord qu’il y ait des preuves. Et pour ma part, j’attends de savoir ce qui s’est vraiment passé, ce que Bardella a vraiment dit ou n’a pas dit, dans quel contexte, dans quelles circonstances, pour pouvoir porter un regard critique sur cette situation. Évidemment, nous sommes absolument et définitivement intransigeants avec toute forme d’antisémitisme. Il faut d’abord analyser les événements.
Et puis, moi, je vois bien, Ilana, la manœuvre d’enfumage, la manœuvre de diversion qui est opérée pour faire oublier la vraie haine des Juifs, celle qui se manifeste au quotidien dans notre pays, partout en Europe, qui est la haine d’Israël, la volonté de certains États, de certains groupes politiques, de certains activistes, soi-disant pro-palestiniens, de faire d’Israël un État paria qui doit disparaître, qu’il faut boycotter, qu’il faut isoler, qu’il faut rendre plus vulnérable. C’est là la véritable question qui doit être posée.
Et on se posera la question, à propos de Jordan Bardella, de savoir s’il fait partie des brebis galeuses que le Rassemblement national a décidé d’exclure, ou s’il est là, au cœur d’une manipulation qui a été montée de toutes pièces, comme Plenel et Mediapart savent le faire.
De notre côté, nous en savons quelque chose, puisque nous avons fait l’objet d’attaques de la part de Mediapart qui sont absolument honteuses et surtout mensongères.
Et bien, merci beaucoup, Arié Bensemhoun
