Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez expliquer en quoi la guerre contre l’Iran est un test majeur pour l’unité de l’Occident.
Chers auditeurs,
Le conflit contre le régime iranien représente un test historique de cohésion et de crédibilité du monde libre face à une guerre globale menée par le bloc autoritaire décomplexé, structuré autour de la Chine, la Russie, l’Iran et de la Corée du Nord.
Pendant que les Européens et les Américains se disputent, ce bloc continue de gagner du terrain par son fonctionnement d’une redoutable efficacité : celui d’être un réseau d’externalisation réciproque, purement transactionnel, uni par l’objectif commun de détruire l’ordre occidental.
L’Iran fournit à la Russie les drones Shahed et les missiles balistiques qui massacrent des civils ukrainiens. La Russie couvre l’Iran au Conseil de sécurité, paralysant toute sanction multilatérale. La Chine achète le pétrole iranien sous embargo en yuan, immunisant Téhéran contre l’asphyxie économique que l’Occident croit lui infliger. Et la Corée du Nord alimente l’ensemble en munitions conventionnelles, libérant des capacités pour les autres membres du bloc.
Cette complémentarité crée une résilience collective que l’Occident peine encore à contrer. Chaque assouplissement accordé à l’un de ces régimes, par fatigue, intérêt économique ou crainte de l’escalade, profite immédiatement à tous les autres.
Tout est interconnecté. Pourtant, l’Europe continue d’aborder ces crises séparément. Cet aveuglement stratégique a déjà un coût en Ukraine, en mer Rouge, dans le détroit d’Ormuz ; et demain peut-être ailleurs…
Pourtant, Arié, l’Europe a su jouer un rôle sur le dossier iranien par le passé…
Absolument – et l’histoire du JCPOA, l’accord sur le nucléaire de 2015, est précisément pleine de leçons.
Cet accord a été rendu possible grâce à une décennie de pressions méthodiques et coordonnées entre Européens et Américains. En acceptant de sacrifier ses importations de pétrole iranien pour s’aligner sur les sanctions de Washington, l’Europe a donné une vraie crédibilité à la coercition économique. L’Iran a négocié parce qu’il était acculé.
Mais le JCPOA portait en lui ses propres limites. Les clauses de caducité transformaient l’accord en simple sursis, tandis que les missiles balistiques, les réseaux de proxys et le financement du Hezbollah restaient hors du champ des négociations. Téhéran a ainsi pu utiliser l‘argent de la levée des sanctions pour renforcer précisément tout ce que l’accord avait ignoré.
Quand Donald Trump a claqué la porte en 2018, l’Europe, au lieu de corriger ces failles et de rebâtir un front occidental uni, a voulu sauver l’accord à tout prix, tentant même de contourner les sanctions américaines. Ce faisant, elle a offert au monde le spectacle d’un Occident divisé. Et Téhéran a tiré la conclusion qui s’imposait, et a repris son enrichissement.
Alors, Arié, que doit faire l’Europe maintenant ?
Rompre avec ses mauvais réflexes pour arrêter de subir la crise.
Premier impératif : l’unité transatlantique. Sans la puissance américaine, l’Europe est ignorée par Téhéran. Sans l’appui diplomatique et économique européen, la stratégie américaine est incomplète. Ces deux réalités sont vraies simultanément. L’Europe doit parler d’égal à égal avec Washington, avec des livrables de sécurité stricts. Les divergences de méthodes se règlent en coulisse, jamais en public. Sans unité stratégique, toute tentative de négociation est perçue en Iran comme une opportunité de contournement et d’escalade.
Deuxième impératif : passer des sanctions symboliques aux sanctions offensives. Il ne faut plus seulement cibler les entités iraniennes, mais punir les intermédiaires, notamment les banques et les raffineries chinoises qui achètent le pétrole sous embargo. Il faut aussi poser une condition claire : aucune négociation possible avec l’Iran tant qu’il soutiendra militairement la Russie. On ne peut pas financer la reconstruction de l’Ukraine d’un côté, et tolérer de l’autre le pays qui alimente la machine de guerre qui la détruit.
Troisième impératif : passer d’une posture navale défensive à une posture d’interdiction. En mer Rouge ou en Méditerranée, l’Europe se contente de protéger ses navires. C’est insuffisant. Il faut intercepter systématiquement les flux d’armes iraniens vers les Houthis et le Hezbollah, et assumer l’usage de la force en haute mer pour asphyxier ces groupes terroristesqui pourrissent la région et menacent nos intérêts.
Un accord durable, capable de stopper la bombe des mollahs et de stabiliser le Moyen-Orient, n’arrivera que si l’Occident présente un front uni et inflexible.
L’Histoire dira si cette crise aura été un moment de bascule ou pas. Soit l’occasion d’une refondation de l’unité occidentale sur des bases enfin solides. Soit la confirmation que le monde libre n’est plus qu’un club de discussion en déclin.
Pour une Europe qui représente un cinquième du PIB mondial et qui borde directement trois théâtres de crise majeurs, la passivité n’est plus une option. Il s’agit désormais de sécurité, de souveraineté et, à terme, de survie stratégique.
