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Le paradoxe du Mémorandum États-Unis – Iran

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Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez revenir sur le mémorandum d’entente entre les États-Unis et l’Iran.

Bonjour Ilana,

Il y a un paradoxe douloureux au cœur de ce conflit. Israël et les États-Unis ont écrasé militairement la République islamique d’Iran – succès tactiques et opérationnels incontestables, infrastructures détruites, capacités balistiques dégradées, chaîne de commandement sévèrement touchée. Et pourtant, le mémorandum signé pour y mettre fin ressemble à bien des égards à une défaite stratégique.

Pourquoi ? Parce que l’administration américaine a commis deux erreurs fondamentales. Elle a sous-estimé la résilience idéologique d’un régime qu’elle pensait pouvoir mettre à genoux en quelques semaines par une campagne de frappes. Et elle a cru pouvoir négocier avec la République islamique comme des hommes d’affaires négocient un contrat, en agitant la carotte de la prospérité économique. Mais face à un régime révolutionnaire prêt à tout pour anéantir Israël et l’Occident, cette approche ne fonctionne pas.

Le régime ne veut pas prospérer en se reniant. Il veut tenir. Et tenir, il a réussi. Car en se refusant à engager des forces terrestres qui auraient pu achever le travail, les États-Unis se sont retrouvés piégés dans une guerre d’usure. Trump lui-même a reconnu avoir mis fin aux opérations pour éviter une catastrophe économique et l’épuisement des réserves pétrolières. La pression domestique – l’inflation, les prix à la pompe, la chute dans les sondages – a finalement pesé plus lourd que les objectifs stratégiques.

Arié, en quoi le contenu de ce mémorandum est-il si problématique ?

Parce que l’Iran a obtenu l’essentiel, et immédiatement.

Sur le volet économique, le mémorandum prévoit des exemptions de sanctions pour toute la durée des négociations. Ce n’est pas seulement la libération des 150 millions de barils déjà en mer, c’est un flux continu d’exportations autorisées. Les États-Unis se sont privés de leur principal levier économique avant même que les négociations sur le fond aient commencé. Négocier sans levier, c’est supplier.

Sur Ormuz ensuite. Le détroit ne reviendra pas au statu quo d’avant-guerre. L’Iran continuera de gérer le trafic aux côtés d’Oman, percevra des frais, et exercera une souveraineté de facto sur l’une des artères les plus vitales du commerce mondial.

Et enfin le nucléaire – pourtant l’objectif central de toute cette opération. Le mémorandum reporte la discussion à une phase de soixante jours de négociations supplémentaires. Soixante jours, alors qu’il en a fallu six cents pour négocier le JCPOA – dans un contexte désormais bien moins favorable, puisque l’Iran n’a jamais été aussi peu sous pression et que Trump cherche à tout prix une sortie. Ce qui est inscrit dans le texte sur l’enrichissement est si vague qu’on ne sait pas, entre autres, ce qu’il adviendra des centrifugeuses avancées, ni quel sera l’avenir des 440kg d’uranium enrichi à 60%.

Nous avons donc une trêve achetée à crédit, sans garanties réelles.

Arié, quelles seraient les conséquences pour Israël si la guerre prenait fin sur ces termes ?

Elles seraient nombreuses, et certaines très préoccupantes.

Sur le plan régional, l’Iran réussirait à imposer un lien entre la situation au Liban et la progression des négociations nucléaires. Cette architecture donnerait à Téhéran un levier permanent pour bloquer les discussions chaque fois que cela l’arrange – tout en maintenant sur le nord d’Israël une pression sécuritaire continue via un Hezbollah certes affaibli mais toujours présent et armé, et potentiellement protégé par un parapluie diplomatique.

Sur la relation américano-israélienne, les succès militaires ont été réels et inédits, portés par une coopération d’une profondeur rare. Mais en parallèle, l’opinion publique américaine continue de se dégrader vis-à-vis de l’État juif, tandis que gagne du terrain le récit fallacieux selon lequel Israël aurait entraîné les États-Unis dans cette guerre. L’érosion du soutien bipartisan est une menace stratégique à long terme qui réduit la marge de manœuvre des Israéliens dans la région.

Et cette situation est d’autant plus critique qu’à Téhéran émerge une direction encore plus dure, plus nationaliste et plus revancharde, dominée par les Gardiens de la Révolution, encore moins prompte à faire la moindre concession à l’avenir à moins d’y être contrainte par la force.

Cela dit, gardons-nous d’une lecture trop simpliste : la République islamique n’est pas le grand vainqueur que certains s’empressent de célébrer. Le régime en sort profondément affaibli. Les destructions se chiffrent en centaines de milliards de dollars… Et surtout, le pays reste embourbé dans des crises internes et structurelles qui ne vont faire que s’aggraver.

Mais face à cette fragilité, l’agenda américain impose une désescalade, rythmée par la Coupe du monde de football cet été et les élections de mi-mandat en novembre. Une fois ces échéances passées, la question iranienne sera toujours là, entière, portée par un régime qui aura mis ce répit à profit pour reprendre son souffle.

Cette guerre n’est peut-être pas finie. Et compte tenu des termes de ce mémorandum, on peut espérer que tout ceci n’est qu’une pause.